histoires de voir

Chemins en Amérique du sud...et ailleurs

23 février 2007

Tranquilo

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     Au nord de Chiloé, sur le continent, on trouve Puerto Montt. C'est un port et l'ultime ville d'importance du Chili, à l'exception de Punta Arenas à l'extrême sud du pays.

     A Puerto Montt débute véritablement un autre monde, celui du Grand Sud. Passée la ville, on entre dans la mythique et légendaire Patagonie. La géographie n'a que faire des frontières fabriquées par l'histoire. Aussi, la Patagonie s'étend-elle aussi bien au Chili qu'en Argentine. C'est un pays fait de steppes et de montagnes, de vent, de pluie et de glaciers, territoire de peuples indiens aujourd'hui disparus qui sillonnaient les fjords avec leur famille à bord de leur demeure et unique bien, leur pirogue. D'eux, il ne subsiste aujourd'hui plus grand chose d'autre que leurs noms,  Tehuelche, Onas ou Alacalufes et un dictionnaire Yaghan-Anglais.

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     Côté chilien, au delà de Puerto Montt, on ne peut donc plus guère parler de villes. Juste de villages, quelques dizaines en tout, certains plus gros que les autres, et le plus souvent des hameaux ou des fermes isolées. Ces régions, à l'accès et au climat difficiles n'ont été colonisées que tardivement et la plupart des agglomérations, pendant longtemps simples comptoirs, n'ont que quatre-vingt ou cent ans d'âge.

     C'est donc là que commence la Carretera Austral, la Route du Sud, piste taillée dans les montagnes et les forêts à partir des années soixante-dix/quatre-vingt pour développer le sud et exploiter ses richesses naturelles. L'idée en revient officiellement au sinistre Pinochet. Dans les années trente, Hitler avait créé le réseau d'autoroutes en Allemagne : les dictateurs auraient-ils un faible pour le développement des voies de communication ? Quoi qu'il en soit, la Carretera Austral permet de rendre accessibles par voie terrestre des localités qui, jusque là, ne l'étaient que par la mer, les airs... ou l'Argentine !

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     Une bizarrerie quand même, le Parc Pumalin, vaste propriété privée qui s'étend de l'océan à la frontière argentine. Il appartient à un milliardaire américain (du Nord !), Douglas Tompkins, qui, depuis les années soixante achète des hectares de nature dans un souci de préservation de l'environnement et d'éducation à l'écologie. De fait, les espèces sont protégées à l'intérieur de Pumalin. Tompkins clame qu'il compte donner au parc un statut de "Sanctuaire naturel" et en faire don à une ONG chilienne. Mais évidemment, un pays coupé en deux par une propriété privée, même pour de louables raisons... le débat fait rage ! D'autant que la Carretera Austral s'interrompt à l'entrée du parc (il faut prendre un ferry pour le contourner) et que Tompkins et l'état chilien doivent encore se mettre d'accord pour la construction du tronçon manquant.

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  Chaiten, la place, un soir d'été.

     De Chiloé, sur un océan Pacifique plat comme la Hollande ce jour là, nous avons pris le ferry pour rejoindre Chaiten et la fameuse route. Jusqu'à la dernière agglomération, Villa O'Higgins, il y a 1200 km de forêts, de montagnes, de plantes géantes, de glaciers, de fjords (nos premiers fjords !), de cascades, de torrents, de maisons en bois, de rivières et de lacs, véritables paradis des pêcheurs de truite et de saumon. Un paysage somptueux de nature brute, presque sans blessure, où on se sent minuscule et apaisé.

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Arbres calcinés par d'incontrôlables incendies.

Le plus long, dans les années quarante, a duré trois ans.

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Le calafate, miam!

     Au delà de Villa O'Higgins la route s'arrête. Ça ne passe plus. Le Campo de Hielo (le Champ de glace), gigantesque étendue de montagnes couvertes de glaciers coupe le Chili en deux. Etrange destin que celui de ce pays étroit.

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IMG_1257_2    De Chaiten, où nous avons dormi chez "Violeta" , les bus "Daniela" nous font franchir la première étape jusqu'à Coyhaique. Seize heures tressautantes pour 350 km.

     Coyhaique est une ville sans grand intérêt dont la principale curiosité est sa Plaza de Armas, pour une fois pas carrée mais en forme de pentagone. Du coup, comme une partie des rues reste parallèle aux côtés de la place, on se prend un peu le chou quand on cherche à s'y retrouver... surtout pour qui s'est habitué à l'austère mais pratique quadrillage des villes sud-américaines !

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Très tranquille, Tranquilo...

    Après Coyhaique, nous faisons halte à Puerto Rio Tranquilo, au bord du lac General Carrera (beaucoup de noms de militaires dans le coin : la colonisation, encore et toujours) le second lac en étendue d'Amérique du sud après le Titicaca.

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Le lendemain...

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Tout ça, c'est du marbre, du vrai !

      Après la visite de la "Cathédrale de marbre", nous avons l'intention de faire une excursion sur le Glaciar de los Exploradores (à deux cents mètres d'altitude !). Pour le rejoindre il faut s'éloigner de la Carretera Austral et prendre une autre route qui part plein ouest, vers l'océan. Mais pour atteindre le glacier, il n'y a que des taxis... très chers. Ou alors une combinaison d'auto-stop et de marche à pied !

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     A vrai dire la marche fonctionne mieux que le stop. Au bout de 25 km, quatre heures et quatre voitures de touristes passées devant nous sans s'arrêter (un camion et la camionette d'un éleveur de chevaux nous ont fait faire quelques kilomètres), un pick up s'arrête enfin. Au volant, il y a Thomas, un allemand qui a acheté plusieurs hectares de terrain, un "campo", et s'est installé ici. Avec sa femme, Catherine, et un artisan du coin ils ont construit un hôtel en pleine nature, à des kilomètres de toute habitation.

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     Le lendemain, Thomas nous conduit au glacier où nous rencontrons Francisco, le guide, qui a monté sa petite affaire de balades sur le glacier. En attendant l'arrivée des autres touristes avec qui nous allons constituer un groupe, Francisco, un ancien architecte de Santiago qui a craqué pour la Patagonie, nous emmène à travers son "campo", les hectares de forêt qu'il possède, jusqu'au bout de la route, qui s'arrête brusquement.

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     On est à environ 60 km de Puerto Rio Tranquilo et à 15 du Pacifique (enfin, du dédale de fjords et de canaux par lequel pénètre le Pacifique.) Une fois que la route sera terminée, l'accès à une des merveilles de la région, la Laguna San Rafael et ses glaciers sera infiniment plus facile. Mais depuis deux ans, le chantier est arrêté. Peut-être que ça ne plaît pas trop à la compagnie de navigation et aux compagnies aériennes qui ont un monopole de fait sur la lagune et y amènent les touristes à prix d'or depuis le Nord.

     En attendant, la terre n'est pas chère ici, d'autant que l'endroit est trop encaissé et le sol trop acide pour être cultivé.

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Interlude :

PETITE BALADE SUR GLACIER

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Sous les cailloux, la glace...

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(FIN DE L'INTERLUDE)

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     Quelques jours plus tôt, à Coyhaique, où l'on trouve les derniers cybercafés et distributeurs d'argent, les deux mamelles du voyage au vingt et unième siècle, nous nous étions rendu compte que les voyageurs qui descendent vers le sud ont un choix d'itinéraire à faire. La plupart passent en Argentine et continuent vers El Calafate et le glacier Perito Moreno. Les autres, ceux qui sont attirés par les "bouts de la route", les "fins du monde", les frontières en tous genres, restent sur la Carretera Austral. Evidemment, nous en sommes !

     Plus on va au sud et moins les bus sont fréquents. Deux ou trois par semaine, guère plus, par tronçon de 300 kilomètres environ.

     Ainsi se constitue une petite communauté de voyageurs, un petit village sur roues dont les habitants se perdent de vue et se retrouvent au gré des haltes, des décalages de bus et des cohabitations dans les peu nombreux "hospedajes". Après Puerto Rio Tranquillo, il y a Cochrane (un parc national, le 47ème degré de latitude sud, et c'est tout), Caleta Tortel, joli village de pêcheurs et de bûcherons au fond d'un fjord où il n'y a pas de rues mais uniquement des passerelles de bois, et enfin Villa O'Higgins. Le bout de la route.

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    Le petit village sur roues est un vrai village avec ses affinités et ses inimitiés, ses histoires d'amour fugitives, ses commérages, ses moments de convivialité, ses rumeurs. Nous y croisons Anouk et Pierre, des français qui vivent en Angleterre (encore !) et sont partis en voyage pour six mois, Maragarita l'italienne qui voyage seule, Andres et Johanna, doux suisses rêveurs, Alex, l'énergique infirmier allemand, Koen, le blondinet d'Anvers et Anita sa copine anglaise, Fred et Stéphane, montagnards du Champsaur partis pour randonner sur tout ce qui se parcourt et se grimpe entre Bariloche (Argentine) et Puerto Natales (Chili), Jan le polyglotte et Patricia la chilienne, un pique-assiette américain de l'Idaho dont nous sommes tellement tenus à l'écart que nous ne connaissons même pas son nom, Ferran, retraité espagnol à katogan, Thomas et Debbie, un couple anglais et leur ami Mike, prof de philo et de sciences sociales, qui sera chargé d'une mission de confiance par Annie.

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     Un beau jour, tout ce petit monde se retrouve en attente à Villa O'Higgins. Nous y sommes accueillis par un vrai temps patagon : du vent (et pas qu'un peu), de la pluie, du froid et de la neige. Bonne nouvelle, on est en été !

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     Sauf qu'en réalité Villa O'Higgins, ce n'est pas vraiment le bout de la route !

     Et tous ceux qui sont là ont le même projet en tête : passer en Argentine par un sentier et un petit col de montagne à pied, à cheval ou en vélo. C'est plus rigolo comme ça !

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     L'itinéraire est simple : droit vers le sud ! On prend le bateau qui, deux fois par semaine, traverse le lac O'Higgins, on fait les 25 kilomètres qui séparent les gendarmes chiliens de leurs collègues argentins, on reprend un bateau pour traverser un nouveau lac, la Laguna del Desierto, puis un bus et on arrive à El Chalten, au pied du Fitzroy.

     Nous ferons le parcours en deux jours en ajoutant une excursion en bateau au glacier O'Higgins qui se jette dans le lac plus à l'ouest. Le vent souffle fort et ça secoue dur, ce jour-là. Mais le spectacle du glacier et de ses teintes bleutées est à la hauteur et vaut toutes les douches glacées prises sur le pont du bateau !

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Avec Felipe.

Le whisky est offert par la compagnie et la glace vient du glacier lui-même !!

(C'est le commandant qui nous l'a dit, donc c'est vrai. Non ?)

     Après une nuit sur la rive chilienne, nous partons à pied tandis que nos sacs sont portés par des chevaux. Nous traversons une forêt aux lumières subtiles, remplie de lengas, de ñires, de coihues, tous de la famille des nothofagus. Ce bon vieux fayard ! Au milieu d'eux nous nous sentons bien, émus de retrouver ces silhouettes et ces sous-bois que nous aimons tant parcourir dans les Cévennes.

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     A l'arrivée, les flics argentins rigolent et nous chambrent en voyant nos passeports. Hier, il y a eu un match de foot à Paris : Argentine 1, France 0 !

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Posté par anniesteph à 19:31 - 9.Patagonie - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


20 février 2007

Une semaine à Chiloé

Le Blog, le retour ! Après quelques semaines de "vacances", photos et souvenirs s'accumulent. Petite sélection.

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L'île de Chiloé n'est pas réputée pour la douceur de son climat : 300 jours de pluie par an et le Pacifique souvent en fureur ! Chiloé, c'est cette espèce de rectangle qu'on aperçoit sur la carte du Chili, juste avant que la côte ne commence à s'effilocher en un entrelacs d'îles et de fjords.

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A l'Ouest de l'île, sur la plage interminable qui fait face au large, on trouve la nalca aux larges feuilles, une cousine de la rhubarbe. On y récolte aussi une algue, le cochayuyo, fréquemment utilisée dans la cuisine chilote, en particulier pour le délice local, le curanto : porc fumé, poulet (quelle surprise !), moules, palourdes, etc...

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Colé-Colé

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Du bois, du bois, du bois...

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Les "palafitos" à Castro, la capitale de l'île...

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...et l'église d'Achao. L'Unesco a inscrit une centaine d'églises en bois de Chiloé sur la liste du Patrimoine mondial.

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A Chiloé nous avons eu le sentiment de rencontrer un Chili plus authentique, en tous cas plus populaire et plus humain. Loin de Santiago, moderne, hyperactive et bureaucratique ou de Pucon, si agréable mais si touristique. Ici la population a le type indien, comme au Pérou et en Bolivie.

La culture aussi est indienne, bourrée de croyances, mythes et légendes de toutes sortes, auxquelles s'ajoutent des pratiques secrètes de sorcellerie. Les jésuites ont évangélisé l'île au 16ème siècle. Comme dans les missions amazoniennes d'Argentine, ils ont défendu les indiens surexploités et maltraités par les colons et l'armée espagnole, mais ils ne sont pas parvenus à éradiquer les croyances ancestrales.

Alors, à Chiloé, certaines nuits, ou certains jours de brouillard, les malchanceux peuvent encore croiser des créatures fabuleuses mais toujours méchantes !

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Posté par anniesteph à 21:32 - 8.Chili - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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