histoires de voir

Chemins en Amérique du sud...et ailleurs

24 décembre 2007

Histoires vues

     Histoire de voir, histoire de voir...

     On était partis "histoire de voir".

     Alors, qu'est-ce qu'on a vu ?

     La première chose, la plus importante pour nous, c'est qu'il y a quelque chose de solide dans la relation qui nous unit.  Parce que vivre ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre, partager le quotidien pendant sept mois, c'est pas rien. Surtout pour nous qui vivons habituellement chacun de notre côté, chacun dans notre ville. En fait, passer un si long temps ensemble, ça ne nous était jamais arrivé. Rassurez-vous ! Cela ne veut pas dire qu'il n'y a eu ni tensions, ni disputes, ni bouderies... Il y en a eu. A un certain moment, nous avons même envisagé de faire un bout de chemin séparément avant de se retrouver. Puis, les choses se sont apaisées. Mais peut-être aussi que c'est plus facile de partager un quotidien quand on est sans cesse confronté à de la découverte, à de l'inconnu, à de la nouveauté. Et puis, il est vrai aussi que nous n'avons pas eu de grosses galères : pas de maladies, pas d'accident, pas de vol. On s'est juste rendus compte qu'il y avait de faux billets parmi les dollars que nous nous étions procurés en France avant le départ. Auprès de notre banque, s'il vous plaît ! Donc, vigilance, parce que selon les coins et les circonstances, ce sont des choses qui peuvent mal tourner. Et puis aussi, le radar principal des aéroports de Buenos Aires en panne, et quatre heures de retard pour les avions que nous avons pris entre Ushuaïa et Iguazu. C'est tout comme galère. Et c'est peu (Ah non, on oubliait une patte de poulet qui trempait dans le "caldo de gallina" à Nazca, histoire de lui donner du goût. Beurk ! )

     Nous avons vu aussi (ou plutôt, vu se confirmer) que nos limites, comme celles de chacun, sont plus loin que nous ne le pensions. En quelques mois, par exemple, il est possible d'apprendre une langue étrangère, même en partant de zéro. Oh, bien sûr nous ne pourrions pas écrire Don Quichote ! Mais nous avons réussi à communiquer correctement dans des situations de la vie courante. Même chose pour la résistance physique. Nous sommes allés plus loin dans l'effort que dans nos randos en France. Et nous l'avons fait à des altitudes parfois élevées. Le voyage nous a aussi permis d'expérimenter des choses pour lesquelles nous nous sentions peu préparés, ou même peu disposés à les faire : marcher sur un glacier, descendre dans une mine, grimper sur un volcan, ou se confronter à un temps glacial. Evidemment, tout cela coûte davantage à 50 ans qu'à 30 et les temps de récupération sont plus longs. Que de fois nous avons croisé et sympathisé avec des voyageurs plus jeunes que nous avions envie de retrouver un peu plus loin. Mais c'était impossible. Ils allaient trop vite pour nous !

    Nous avons vu que voyager, ce n'est pas seulement explorer ses limites, c'est aussi ce confronter à un choc culturel et social, par exemple voir des enfants attendre à la sortie du resto avec un sac en plastique pour récupérer les restes. Quelle attitude avoir, comment se comporter face à la mendicité systématique des enfants ?

     Nous avons vu que le monde, quand il est en paix, n'est pas si difficile à parcourir. En Amérique du sud, les infrastructures touristiques sont nombreuses, en général efficaces et il y en a pour tous les prix. Bien sûr, le Détroit de Magellan, ça fait rêver, et ça a "un parfum d'aventure". Mais les choses sont en réalité bien balisées. Et ce qui semblait compliqué, incertain depuis la maison, devient en fait très simple une fois sur place. L'Amazonie se visite, avec ou sans agence (mais toujours avec un guide, pas de blagues ! ), on peut se baigner dans des rivières "à piranhas" et il y a des liaisons régulières toute l'année entre Punta Arenas et l'île Navarino. Pour le lac Titicaca, il suffit de prendre le bus. Parfois, bien sûr, il faut accepter un peu d'inconfort, et d'autres fois on se laisse surprendre par une dépense plus forte que prévu... ou carrément imprévue !

     Voyager ici n'est pas très difficile, surtout dans des pays comme l'Argentine ou le Chili qui, dans leur mode et leur niveau de vie ressemblent beaucoup à l'Europe. Les choses sont différentes au Pérou ou en Bolivie qui sont, eux, beaucoup plus andins, beaucoup plus "indiens". Ce qui ne veut pas dire qu'ils soient davantage préservés des effets du tourisme de masse dans les sites les plus visités : Machu Picchu, Salar de Uyuni, Cuzco ou Amazonie. Le Pérou, par exemple, a donné des boutons à plus d'un voyageur. Le grotesque est parfois au rendez-vous : on emmène les touristes dans des villages "authentiques", "en pleine forêt vierge", rencontrer des "chamanes" ou assister à de soi-disant danses indiennes. C'est peut-être ce qui a fait que nous n'avons finalement pas eu envie d'aller voir le carnaval de Rio, ni même dans un des nombreux endroits où il se déroule, alors qu'il était à portée de la main.

     Evidemment, on a vu des paysages, on a regardé tout notre saoûl ! On s'en est mis plein les mirettes ! Parce que ce continent est formidablement beau et le blog a essayé d'en rendre compte. Les paysages, le continent "physique", au sens où on parle de géographie physique, et la végétation, c'est vrai que c'était une de nos principales motivations pour ce voyage, et à cet égard, le Chili a été une véritable révélation.

     Restent les rencontres. Force est de reconnaître qu'elles ont été beaucoup plus nombreuses avec d'autres voyageurs européens, états-uniens, canadiens, australiens ou néo-zélandais qu'avec les autochtones. Il y a du monde sur ces "gringo trails", ces "pistes des gringos" qui sillonnent l'Amérique du Sud et le monde entier. Beaucoup de jeunes qui viennent de finir leurs études, ou un peu plus âgés, en couple ou non, mais pas (pas encore ?) parents, et des retraités qui se promènent trois mois par an comme ces français, six mois tous les deux ans, comme ces québecois, ou en permanence, comme ces allemands à bord de leur gros camion/camping-car. Tout celà compose une petite communauté souvent sympathique, mais peut-être d'autant plus sympathique que ces rencontres sont éphémères et que chacun le sait.

     Mais éphémère ne veut pas dire dépourvu d'intensité, au contraire. Parmi nos rencontres, il y en a quelques unes dont on sent bien qu'elles reposent sur des affinités plus profondes et dont nous espérons que, d'un côté comme de l'autre, nous saurons les faire durer.

     Quant aux habitants de ces pays, nous sommes heureux d'avoir rencontré Silvio au Brésil, Humberto au Pérou, Cecilia, Eduardo et Jaime au Chili, ou Javier en Uruguay. Et nous leur sommes reconnaissants pour tout ce qu'ils nous ont apporté et fait connaître avec tant de chaleur de leur pays et de la vie là-bas. Mais peut-être est-il illusoire d'espérer rencontrer beaucoup de gens quand on est dans cette position de touristes vagabonds qui, en sept mois, ne peuvent qu'effleurer des pays aussi vastes, des cultures aussi différentes. Il faut en réalité des années pour celà. Il y a aussi de tels décalages de langue, de culture, de niveau de vie, de préoccupations (comment pouvons-nous vraiment comprendre, en profondeur, les difficultés et la vie auxquelles se trouve confronté Humberto pour exercer son métier et faire vivre sa famille ?) que la communication est difficile. Mais peut-être aussi n'avons nous pas su, ou pas osé, aller suffisamment vers eux.

     Aujourd'hui, neuf mois après notre retour, les images restent fortes. Souvent elles resurgissent dans notre mémoire alimentées par le moindre prétexte, et l'émotion est intacte. Nous venons souvent revisiter ce blog, rêvasser sur les photos et nos souvenirs. Nous repensons souvent aux amis rencontrés là-bas, que font-ils, que deviennent-ils. De temps à autre des messages sont échangés. Et du coup, tout celà nourrit des envies et des projets d'autres départs, d'autres voyages, d'autres horizons à travers le monde. Des histoires pour demain...   

Posté par anniesteph à 12:36 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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