18 mars 2009
Dix jours et un millefeuille
Faut se mettre dans le bain !
Au Fort Rouge de Delhi, et dans la rue...
On ne s'attendait pas à ça ! A chaque seconde l'Inde interpelle nos sens !
Pour tout vous dire on a eu beaucoup de mal à écrire cette note tant nos émotions et nos sentiments sont sur des montagnes russes. Tout se mêle, tout s'entrecroise, tout s'entrechoque, rien n'est sûr. Il y a ici tout à la fois de la lumière et de la laideur, de la douceur et de la violence.
Et à l'arrivée, au petit jour, dans le taxi, des silhouettes qui dorment au bord des rues et des routes, par familles entières.

Et puis, au fil des jours, le pays devient comme un millefeuille : la poussière et la crasse au sol où sont couchés les mendiants, les étals de tissus colorés ou de légumes frais ou de bimbeloterie au niveau du regard, les maisons informes aux teintes incertaines, et quand on lève la tète, tout là-haut le bleu du ciel.
Et puis, et puis, et puis... il y a tout le reste. Les mille parfums, les mille sensations, tout cela alterne, s'oppose, s'allie, se contrarie... les belles femmes dans leurs saris, les mendiants cul de jatte, les temples colores,les bidonvilles, les bouses de vache, les pujas fleuris, les jeunes gens aux regards pesants, les sourires des femmes et des fillettes, le bruit ahurissant et la pollution qui brûle la gorge.
La circulation, d'ailleurs, est comme un ballet fou. Piétons, vélos, rickshaws, vaches, voitures, marchands des quatre saisons, tout s'enchevêtre dans le bruit d'enfer des klaxons et des cris. Les flics, fusil à l'épaule et matraque à la main, tentent d'éviter les débordements, de colmater quelques brèches, pour que le flot continue d'avancer. Ce qu'il fait, canalisé mais inexorable. Et on se laisse emporter.
Il y a la sérénité des temples et des lieux saints.
Il y a Ganesh, le dieu éléphant, divinité souriante et replète qui porte chance à tous au seuil des maisons.
Il y a le Mémorial de Gandhi à Delhi, un souffle de calme et de paix sur le lieu de son assassinat.
Les derniers pas de Gandhi reproduits sur un sol en béton
Plus loin, à Agra, il y a le Taj Mahal, miracle de pureté des lignes fait de marbre translucide. Le Taj c'est une affaire entre la matière et la lumière. Et puis un geste d'amour puisque c'est un mausolée érigé par un empereur moghol pour sa femme décédée. Une façon aussi sans doute de montrer sa puissance, mais bon.
Le Fort rouge d'Agra, encore plus beau que celui de Delhi
Le Taj Mahal et le Gandhi Smrtri. Ce sont de ces endroits où on reprend un peu confiance en l'âme humaine, on on peut se dire qu'elle n'est pas habitée que par le mal et l'obscurantisme mais aussi par des désirs de beauté, de paix, de grâce et qu'il existe des esprits suffisamment ouverts pour nous conduire un jour peut-être vers un universalisme apaisé.
Et quand un pays n'est pas trop facile à aborder, qu'on le ressent un peu rugueux, c'est une bonne idée d'aller rendre visite à ses "grands hommes". ils nous montrent une palette plus étendue de ce que ce pays a produit et apporté à l'humanité. Pablo Neruda nous l'avait montré au Chili, Gandhi a fait de même en Inde.
Varanasi, ville sainte au bord du Gange
HOLI !!!!!!!
A Varanasi, aujourd'hui 11 mars, comme dans l'Inde tout entière, c'est Holi, la fête du printemps, la fête des couleurs, une fête liée à l'eau aussi.
C'est comme un mélange de Pâques, de Carnaval, et de Noël puisque Holi est une occasion de retrouver sa famille. Holi se fête soit en famille, soit dans la rue où les garçons se barbouillent mutuellement de couleurs grâce à des poudres et de l'eau colorée qu'ils se lancent les uns sur les autres. On nous a dit que seuls les voyous se prêtent à ce jeu, qu'ils s'alcoolisent et peuvent être violents.
C'est vrai qu'on a vu des flics partout hier. A force de recoupements d'infos, on pense que le Holi de "débauche" est très cadré au niveau des horaires et effectivement, lorsque à 14 h nous quittons l'hôtel, les rues sont calmes. A la consigne de la gare, et plus tard dans la soirée, on nous a mis ou proposé de la poudre sur le front. Des adultes. Geste suivi d'une embrassade. Rituel plusieurs fois observé dans la soirée, mais sans débordement, juste comme une manière de se souhaiter un bon printemps, plein de lumière et de couleurs.
Holi est la plus grande fête hindoue, une fête fédératrice à laquelle les femmes participent sans sortir beaucoup, semble-t-il. C'est l'occasion d'une débauche commerciale qui dure jusqu'à une semaine ; les infos sont contradictoires. En tous cas, nous voyons tous ces hommes joyeux : on se congratule, on s'embrasse, "Happy Holi!"
Nous avons passe six jours a Varanasi. Les deux premiers consacrés a soigner les bobos qui accompagnent le voyageur et les autres a essayer de pénétrer cette ville étrange. Un guide nous y a aidé en nous faisant visiter ses vieux quartiers. Il nous a aussi aidés à dépasser nos appréhensions, à cesser de négocier les prix à tout bout de champ, même s'ils sont manifestement "spécial touriste", et de nous souvenir que la religion et l'aumône sont parmi les piliers de cette société... à notre grand dam laïque et républicain !

Varanasi, ville sainte de la religion hindoue, est connue pour être la ville où les défunts, après avoir été promenés dans la ville sur une civière enveloppés dans un linceul doré, sont incinérés au bord du Gange, sur un des ses quais, les ghats. Il y a bien sûr tout un rituel (et un commerce) autour de ça dont nous nous sommes tenus éloignés, bien que passant a proximité chaque soir pour regagner l'hôtel. Nous avons préféré les promenades en bateau sur le fleuve au coucher du soleil, et à son lever, à l'heure des ablutions et des lumières sublimes.
Le début de la nuit est le moment de la Ganga Aarti, la prière quotidienne à la Mère Gange, ce malheureux fleuve ultra-pollué (1,5 millions de je ne sais plus quelle cochonnerie par cm3 alors que le maximum tolérable est de 500) malgré les efforts des autorités et des ONG. Mais la pollution des eaux, de l'air est une des plaies de l'Inde.
En tous cas, temples hindous et mosquées cohabitent tandis que les sadhus, hommes saints qui ont renoncé à tout bien matériel méditent sur les ghats en posant à l'occasion pour les touristes.
Pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, Sarnath accueille les pèlerins d'une autre religion. Sarnath est un des quatre lieux saints du bouddhisme car c'est là que Bouddha, étant "éveillé" a prononcé le prêche fondateur du bouddhisme où il prônait "la Voie du Milieu" sous un arbre et devant cinq disciples... les cinq premiers.
L'Inde nous épuise, elle nous tourneboule. Plus aucun repère ne fonctionne. Mais elle nous ravit, car c'est en même temps une horreur et une merveille. Nous nous y sentons à la fois mal et bien. Mais le plus déconcertant, c'est de ne pas y comprendre grand chose ! Mais il faut l'accepter aussi, et se dire que les questions qu'on se pose valent bien les réponses qu'on leur trouve. En venant ici, nous savions que nous ne ferions qu'effleurer le pays, et dans ses lieux les plus touristiques en plus ! Nous ne voulions que "tremper un orteil dedans", histoire de tester la température. De ce point de vue c'est réussi !
Un de nos "anges gardiens" nous a envoyé ce texte. On n'est pas oblige d'y souscrire en tout mais il mérite d'être médité :
| "Quand
les adversités se multiplient, c’est qu’intérieurement on est en mesure
de comprendre ce qui se passe et surtout, de changer.
Certes, dans un premier temps, nos repères habituels et nos sécurités s’effondrent et on s’effondre aussi ! Mais ce qui s’effondre, c’est le personnage, non pas l’être intérieur. Au contraire, lui a besoin de l’effondrement du personnage pour éclore et s’épanouir." (Monique C.) Reviendrons-nous un jour ? Peut-être. Différemment ? C'est sûr. Il faut laisser décanter. |
Commentaires
Prem's
Yesss !
Des nouvelles fraiches ! Et des photos...
J'aime beaucoup celle de l'homme seul au bord du Gange. Un fakir ?
Je suis content que vous alliez bien malgré le choc culturel. J'ai une amie qui, partie elle aussi en inde au moment où vous atterrissiez en Amérique du sud, à ressenti exactement la même chose. Ce qu'elle écrit est assez intéressant :
http://lesaventuresdecharlotte.blogspot.com/2007/09/tout-sexplique.html
Bisous à tous les deux !
Ps : on dirait qu'il y a eu un souci sur votre citation car il manque quelques mots.
On y est...
Salut et merci pour les nouvelles !!
On est partagé, comme vous semble-t-il...
Mais quelles belles photos et que de choses superbes !
Le texte est captivant et donne envie d'en savoir toujours plus (bonjour la pression !).
Mais revenez quand même un jour nous raconter tout ça de vive voix !
On vous voit partout !
Salut !
on a pensé à vous en regardant la télé dernièrement.
D'abord, un sujet sur la gestion de l'eau en Inde, et particulièrement sur l'eau du Gange à Varanasi...
Ils ont dénombré 27 millions de bactéries pathogènes au litre d'eau à la sortie de la ville... Les gens se baignent dedans sans être malades... Pour les Indiens du reportage, c'est juste "la foi qui sauve". Le fleuve est sacré. Qu'en pensez-vous après votre passage à Varanasi ?
Autre reportage qui vous fera revenir quelques mois en arrière, on a vu des noctilucas, ces bestioles fluo unicellulaires qui habitent certaines mers de l'Amérique du sud... Souvenirs, souvenirs... C'est mignon comme tout !
Bon voyage !
Merci
Quel plaisir de vous retrouver . Des écrits de belle qualité (J'adore et j'en redemande...), qui nous font bien comprendre que l'Inde vous brasse. Et les photos sont super aussi ! Merci.
Danielle
He ben !!!
En deux mots : chapeaux bas !!
Vraiment impressionnant votre treck...
Mais une question demeure : où est le trucage ?
Parce que vous balader comme ça par monts et par vaux à votre âge c'est impossible...
Peut-être le capitaine Haddock l'a-t-il fait dans Tintin au Tibet mais c'est tout.
Bon, on s'est quand même régalé à vous suivre !!
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