12 avril 2009
Même pas mal !
MÊME PAS MAL !
ou le Trek du Tour des Annapurnas
Le trek du Tour des Annapurnas, c'est,
- cinq jours où on monte progressivement et tranquillement, entre 1000 et 3500m, le long d'une jolie vallée, celle de la rivière Marsyangdi,
- un jour d'acclimatation à l'altitude,
- trois jours dans la haute montagne, minérale et glacée,
- quatre jours à redescendre dans une autre vallée, le long de la Kali Gandaki, en prenant quand on peut les chemins buissonniers,
- deux jours d'une montée démentielle suivie d'une descente casse-pattes,
- un jour d'épilogue,
- x jours pour s'en remettre !
Soit quinze jours de marche à travers des villages qui font ressentir toute la richesse, toute la diversité culturelle et ethnique du Népal. Quinze jours de marche dans des paysages de montagne mythiques et fabuleux.
Il faut aussi une doudoune pour passer le col "le plus haut du monde", un très bon duvet car les auberges ne sont pas chauffées, aimer le riz et ne pas craindre la monotonie alimentaire.
Le chemin n'est pas très difficile à suivre mais on a choisi de partir avec un guide qui puisse nous parler de son pays et avoir un oeil sur nous pendant les montées en altitude (le mal des montagnes, ça existe) et un porteur pour préserver nos dos vieillissants.
Ça commence un matin, tôt, à Katmandou. Sept ou huit heures de bus plus deux heures de marche au programme. Mais à mi-chemin, tout le monde descend ! Il y a des bandhs. On commence à avoir l'habitude.
(PS : Pour la clarté des débats, on vous a mis un lien vers un site qui propose un lexique de mots népalais.)
On attend. Une heure. Deux heures.
Heureusement il y a plein de beaux camions à photographier.
Bref, on passe le temps comme on peut.
Puis on repart, direction Besi Sahar, porte d'entrée du Parc de l'Annapurna. Mais comme les premiers kilomètres se font sur une piste qu'il faut partager avec diverses jeeps, autant monter dedans et commencer le trek un peu plus loin, sur un vrai bon sentier, spécial piétons et bestiaux. Ces véhicules (les jeeps) semblent scrupuleusement respecter la législation locale qui interdit rigoureusement de dépasser vingt-cinq passagers et leurs bagages (y compris ceux du toit et ceux accrochés aux portières). Ainsi, nous ne sommes pas plus de quatre à l'avant, y compris le chauffeur (17 ou 18 ans), qui passe les vitesses entre le deuxième et le troisième passager. Heureusement, il n'a guère l'occasion d'aller au delà de la seconde.
Au bout d'une dizaine de kilomètres à slalomer entre les nids de poules (doivent être costaudes, les poules d'ici !) et les rochers, à rebondir sur les ressorts de la banquette, à se demander si, cette fois, on va verser dans le ravin, nous passons un pont. A la sortie (du pont), la jeep s'immobilise, un assistant vient dire un truc au chauffeur qui bondit à l'extérieur. On les voit filer comme des dératés, avec quelques autres, et courser un type à travers champs. Auparavant, ils ont eu le temps de s'échanger quelques gnons.
Au bout d'un moment, ils reviennent, bredouilles et très énervés. Le chauffeur gueule, tape sur le capot. Les villageois s'amassent. Ça gueule de partout. On finit par comprendre que le type en question était sur le toit de la jeep et qu'il a essayé de piquer à l'intérieur d'un des sacs à dos. Il a fait main basse sur une savonnette et de la mousse à raser avant d'être pris !
Mais on ne rigole pas avec ça. Question d'image, question d'honneur pour les népalais qui ne tolèrent pas ces comportements. On nous dit que c'est lié aux changements politiques récents et que le nouveau gouvernement se veut inflexible. La victime du vol, un guide népalais, remballe calmement sa marchandise, l'air philosophe et peu concerné. Un flegmatique.
Mais le chauffeur n'en démord pas : il ne bougera pas d'ici tant que les flics n'auront pas chopé le mec. Donc il bloque le pont. Ça promet !
Les flics arrivent, peu motivés. Nouvelles engueulades. Re-tapes sur le capot. Palabres.
Les passagers passent le temps en jouant avec les enfants du village qui profitent de l'aubaine pour s'initier à la photo. Y a du boulot.
Finalement, les flics coincent le gars et tout le monde part au poste. Retour une demi heure après. D'autres voitures s'agglutinent sur le pont. Mais le chauffeur est toujours d'aussi méchante humeur. On le comprend vu que le voleur semble avoir été libéré. Re-bourre-pifs. Les villageois donnent leur point de vue, sans nuance dirait-on.
Tout d'un coup, on nous prie de remonter dans la Jeep. Un des assistants (14 ans) s'installe à la place du chauffeur, démarre, et nous fait faire les deux ou trois kilomètres restants.
Arrivés là, Ramesh, notre guide, nous annonce qu'il est trop tard pour marcher maintenant. On verra ça demain.
Premier jour
Bulbhule (950 m) - Jagat (1350 m)
8 heures de marche
Difficulté : Les doigts dans le nez
Ça paraît bien vert, mais en réalité c'est après la mousson, en octobre-novembre, que les champs ont le plus d'éclat.
Graines d'architectes en train de construire un temple.
Gare au vertige ! Ce pont suspendu est le premier (ou presque) parmi des dizaines qu'il faudra traverser.
Deuxième jour
Jagat - Dharapani (1920 m)
5h30 de marche
Difficulté : On rigole
Les porteurs, eux, ne rigolent pas. Ils sont payés au poids qui peut atteindre 80 à 90 kg.
Environ 50 kg par charge.
Troisième jour
Dharapani - Chame (2700 m)
5h15 de marche
Difficulté : C't'une blague !
Annie est contente, elle a repéré les premiers rhododendrons. Hélas, la floraison touche à sa fin.
Le rythme météo est pris : beau temps jusque vers onze heures, puis ça se couvre et pluie en milieu d'après-midi.
On arrive en pays bouddhiste avec stupas et bientôt murs mani, moulins et drapeaux à prières.
Quatrième jour
Chame - Pisang (4200 m)
4h30 de marche
Difficulté : Pas mal la petite côte de ce matin.
Le fourneau présent dans toutes les cuisines, souvent la seule pièce chauffée.
Cinquième jour
Pisang - Camp de base du Pisang Peak (4300 m) - Gyaru (3670 m)
6h de marche
Difficulté : La vache ! C'est raide par ici !
Chaque matin, commencer par faire tourner les moulins à prière (ici, il y en a quand même cent cinquante) histoire d'avoir de la chance pour toute la journée... et justement aujourd'hui on a mille mètres de dénivelé à se taper, histoire de s'acclimater à l'altitude et de se dérouiller les jambes avant de passer aux choses sérieuses ...
Visite de la gompa (temple) locale avant de s'y mettre, comme ça on est parés.
Une fois atteint le fameux camp de base !
Le village de Gyaru.
Sixième jour
Gyaru - Manang (3570 m)
4h30 de marche
Difficulté : C'est pas idiot d'avoir prévu une journée de repos demain !
Toujours passer à gauche !
La gompa de Braga.
Septième jour
Manang (3570 m)
Jour de repos
Difficulté : maximale !
Début de journée...
Les toits plats, c'est bien contre le vent, mais quand il neige...
Huitième jour
Manang - Yak Karkha (4000 m)
4h de marche
Difficulté : Agiles comme des yaks.
Certains porteurs sont en tennis, même dans la neige. Et toutes les agences de trekking ne veillent pas à leur santé !
Un yak, c'est comme une vache. D'ailleurs, ça fait le même genre de fromage qui ressemble à du gouda.
MAIS : ça a des poils plus longs ET ça cavale dans la montagne comme une chèvre.
C'est là qu'on a dormi, dans un hôtel qui s'appelle "Himalayan Moutain View Hotel". Bien trouvé, non ?
Neuvième jour
Yak Karkha - Thorong Phedi (4500 m)
3h de marche
Difficulté : Une formalité !
Sittaram, porteur guilleret et attachant.
Encore des yaks !
Perdu ! Ce n'est pas un yak (les yaks n'utilisent pas de bâtons de marche !)
Arrivée au camp de Thorong Phedi. Ça veut dire le Pied du Thorong. Le Thorong c'est une montagne. Et le Thorong La, le col par lequel on doit passer demain. Une bricole.
Derrière l'hôtel... le tourisme, c'est bien mais...
Dixième jour
Thorong Phedi (4500 m) - Thorong La (5400 m) - Muktinath (3800 m)
9h de marche
Difficulté : Gloups !
Alors là, si vous voulez des photos du coin, faudra venir vous les chercher vous-mêmes !
Parce que nous, souffle court et pattes en plomb, on n'a assuré que le minimum. Rassurez-vous, c'était magnifique !
La preuve :
Lever du soleil sur le High Camp (4700m), à trois heures et demi de marche du col .
Ramesh, patient, nous attend. Sittaram a déjà filé vers le col.
La photo à laquelle vous n'échapperez pas !
Le Thorong
Il n'y a plus qu'à redescendre dans la neige et, un peu plus, bas la boue et les gravillons. C'est par là qu'autrefois passaient les caravanes de la Route du sel.
Cinq heures et 1600 mètres plus tard. Muktinath abrite un des plus importants sanctuaires de la religion hindoue.
Une visite ce soir ? Heu, bon, plutôt demain.
Onzième jour
Muktinath - Thinigaon (2900 m)
6h30 de marche
Difficulté : Même pas mal !
Kagbeni, au croisement des vallées du Mustang et du Dolpo.
Lupra, un village qui vaut un petit détour hors des sentiers battus
Les habitants de Lupra sont de religion "bon" (prononcez bheune), religion antérieure au bouddhisme.
Retour dans la vallée de la Kali Gandaki, habitée dans cette partie par les thakalis, maîtres dans les arts de la gastronomie et de l'architecture.
Douzième jour
Thinigaon - Tukuche (2600 m)
4h45 de marche
Difficulté : Un joli petit coin pépère.
Pause de midi pour tous. Au bord du chemin, des fermiers acceptent de nous cuisiner un dhal bhat à la mode thakalie. Madame s'affaire pendant que Monsieur nous confie que celle-ci est sa "small wife" et que sa "big wife" est infirmière...
Treizième jour
Tukuche - Lete (2430 m)
5h15 de marche
Difficulté : On fait un autre trek après celui-ci ?
Le Daulaghiri (8100 m) et son glacier. Pas une seule ascension réussie depuis trois ans, alors que de nombreuses expéditions atteignent le sommet de l'Everest chaque année.
Dans le lit de la Kali Gandaki, on trouve des fossiles et des pierres sacrées vénérées par les adorateurs de Krishna.
Un joli coin, hors de l'itinéraire classique, que le guide a découvert en même temps que nous.
Pause déjeuner et quatrième dhal bhat en trois jours : le "régime Népalais" ! Sauf que eux en mangent midi et soir...
Quatorzième jour
Lete - Tatopani (1150 m)
5h30 de marche
Difficulté : C'est casse-pieds .
Aujourd'hui, l'itinéraire est totalement rasoir. Il suit tout le temps la piste du fond de la vallée. Du coup, on photographie les à-côtés.
La piste est obstruée par des véhicules victimes d'avaries diverses. Par centaines, les pèlerins qui se rendent à Muktinath continuent à pied dans l'espoir de trouver une jeep un peu plus haut. Demain a lieu au sanctuaire une des plus grandes fête de la religion hindoue.
L'Himalaya est réputé pour le grand nombre d'espèces de papillons qui y vivent. Et réchauffement climatique aidant, leur habitat se trouve 500 mètres plus haut qu'il y a quinze ans.
L'épagneul à cornes de l'Himalaya (espèce protégée).
Quinzième jour
Tatopani - Ghorepani
(2900 m)
7h de marche
Difficulté : "Ça monte tout le temps." "Pas tout le temps-tout le temps, quand même?" "Si, si, tout le temps."
C'est toute la journée comme ça et les pauses photos sont bienvenues. Ramesh et Sittaram, eux, papotent comme si de rien n'était.
Si, si, regardez bien ! Sous les paniers, les poussins!
Seizième jour
Ghorepani - Poon Hill (3200 m) - Ghorepani - Tirke Dungha (1525 m)
6h de marche
Difficulté :1700 m de descente en escaliers ! Bonjour les genoux ! (et les cuisses, et les mollets....)
A Ghorepani, quand le temps est beau, on se lève bien avant l'aube pour la cerise sur le gâteau du trek.
300 mètres de montée supplémentaire et le lever le soleil sur les Annapurnas depuis le sommet de Poon Hill.
Toute la région est habitée de millions de coccinelles !
Et les rhododendrons sont énormes!
Les escaliers de la Mort, 500m de dénivelé en une heure !
Dix-septième jour
Tirke Dungha - Birethanti (1000 m)
2h de marche
Difficulté : de toutes façons on est sur les rotules !
Des fois on dirait les Cévennes
On s'en est mis plein les mirettes !
Aargh ! des voitures !
C'est fini !!!!
Reste plus qu'à trouver un lit pour dormir une semaine et l'adresse d'un bon salon de massage !
*****
10 avril 2009
Les chemins de Katmandou
Premiers contacts avec le Népal très sympas.
Après une nuit dans un train entre Varanasi et Gorakpur, on enchaîne sur deux heures dans un bus qui avait dû coincer son klaxon et dans la foulée on passe la frontière.
Les flics, charmants et souriants :
- "Vous allez où ?
- Katmandou.
- Ok."
Puis on fait les vingt mètres qui nous séparent de l'arrêt des bus pour Katmandou et là...pas de bus ! Grève dans le secteur. Ah, zut !
Les bus les plus proches sont à 25 kilomètres. Entre les deux, barrages et risques d'agression nous affirme le patron d'une agence de voyage indienne inquiet pour ses clients. Il nous conseille de prendre une chambre d'hôtel ici et d'attendre "que ça se calme". Oui, mais combien de temps ?
Bon. Un couple de français sympathiques, décontractés et connaisseurs de la région (à force de la sillonner l'hiver pour trouver de l'artisanat indo-népalais à revendre sur les marchés de la Drôme l'été) nous disent : "Mais non, pas de problème. Des grèves, des blocages de route, il y en a tout le temps au Népal. Et puis, on ne touche pas aux touristes." Ça correspond à ce qu'on a lu par ailleurs.
- "Quand même, comment faire les vingt cinq kilomètres sans moyen de transport ? A pied ? Avec les sacs, en plus ?
- Mais bien sûr que non ! il y a une autre solution !
- Ah bon, laquelle ?
- Laquelle ? Mais le rickshaw !"
Et voilà comment un pauvre diable se retrouve à pédaler sous le soleil pour nous faire traverser la campagne népalaise sur une route droite comme un "i". N'y circulent que des népalais à pied ou en vélo et des touristes en rickshaw. Au bout d'un moment, on se dit qu'on est vraiment des nuls de ne pas avoir réagi plus tôt et qu'on aurait dû prendre deux rickshaws ! Un chacun. On donnera au jeune gars un pourboire qu'on espère à la hauteur de son effort.
Les terribles barrages "où on risque de se faire agresser par des grévistes en colère"
Arrivés a la fameuse ville... tout est fermé, ou presque ; magasins, banques, restos. Et personne ne sait si ça rouvrira demain. Un bus part pour Katmandou à 19 heures. Douze heures de trajet de nuit. Tant pis, mieux vaut décoller d'ici. On le prend... et une vague de nostalgie nous submerge en repensant au remarquable confort des bus boliviens ! Finalement, le bus fera un détour pour éviter des barrages impromptus et deux heures de trajet en plus.
Katmandou au premier abord n'est pas très engageant : poussiéreux (il n'a pas plu depuis octobre), pollué, une brume qui cache les montagnes. Nombreux sont les habitants qui portent des masques.
Mais même dans l'agitation du quartier touristique ou la frénésie de la circulation, le changement par rapport à l'Inde est énorme. Tout est beaucoup plus détendu, les rabatteurs moins insistants. Il y a une atmosphère zen et les gens semblent fondamentalement gentils et sans agressivité. Il fait aussi moins chaud.
De toutes façons nous n'avons pas l'intention de traîner longtemps ici. Le temps d'écrire le blog et de préparer le trek. Il nous reste à peine un peu de temps pour flâner et admirer l'architecture locale et humer l'ambiance générale. Mais on reviendra.




























































































































