histoires de voir

Chemins en Amérique du sud...et ailleurs

08 septembre 2006

Le Fil d'un fleuve

        Comment parler de ce voyage d'une semaine et 2000 km sur ce fleuve, le plus long du monde ? Comment parler du paysage, du foisonnement de la flore et de la faune ? Comment parler des gens, de Joao le barreur qui, la nuit, traque les jacarés (crocodiles) de son projecteur, de Maria, la grand mère qui connaît les arbres et les plantes, d'Elie, le cheval fou, et de Jamesson, l'entrepreneur ? Comment parler de ce que notre petit bout de Brésil nous a déjà donné ? Comment parler de ce temps, pour nous "suspendu" comme on dit, à nous imprégner, à nous reposer après le stress du départ et l'arrivée dans un endroit où on dépasse parfois les 40 degrés et où tout est différent ?

        Difficile.

        D'emblée, le ton est donné. Pour passer du Rio Negro à l'Amazone, on navigue dans un igarapé, parfois étroit, et dès l'arrivée dans le grand fleuve, nous sommes comme accueillis par quatre "botos vermeilhos", quatre dauphins roses qui bondissent devant le bateau.

IMG_0708

        Lentement, au fil de l'eau, très lentement, en longeant alternativement une rive puis l'autre pour éviter les hauts fonds, on avance. Ce matin, à 20 mètres du bord, le sondeur disait 28 mètres de profondeur. Le fleuve est immense, comme une mer sans houle, et même en amont de Manaus on croise des navires partis de Rotterdam, Shanghaï ou San Francisco. Entre saison sèche et saison des pluies le niveau de l'eau varie considérablement. En cette période de basses eaux, ici, l'Amazone, le Solimoes comme disent les brésiliens, est bordé de talus de 7 à 8 mètres de haut. Sur 20 km de large, ça fait quand même pas mal de flotte ! Car en réalité, ce fleuve est un dédale de bras, d'îles, de lacs et on ne le voit jamais dans toute sa largeur. Parfois même, on navigue dans une sorte de canal de  quelques dizaines de mètres seulement.

IMG_0840

              IMG_0649

IMG_0650  

         C'est peut-être dans un de ces canaux que les premiers explorateurs de l'Amazone lui ont donné le nom de Solimoes. L'histoire nous a été racontée par Elie, et elle vaut ce qu'elle vaut: les premiers explorateurs, donc, se retrouvèrent pendant des jours et des jours à traverser des régions gorgées de citronniers. Eux qui ne rêvaient que de l'or d'El Dorado, ils avaient sous les yeux "seulement des citrons" , "so limoes" en portugais !

         L'histoire est d'autant plus étrange qu'en Amazonie, on comprend en un clin d'oeil ce qu'est la biodiversité. L'idée même d'une forêt de sapins, d'un bois de hêtres est absurde ici. Tout se mélange, tout se croise dans toutes les nuances du vert. Des milliers d'espèces végétales, autant d'espèces animales, dont 30% seulement sont connues.

        Mais cette richesse est menacée pourtant. Les USA voudraient internationaliser l'Amazonie, hyperprofitable pour les biotechnologies, par exemple. Et des chercheurs anglais assurent que si 40 % de l'Amazonie était déforestée ( éventualité réaliste à l'horizon 2050 au rythme actuel) le régime des pluies serait tant modifié que le reste disparaîtrait ! 

IMG_0889

                         IMG_0640

IMG_0703   

IMG_0662   

 

        L'Amazonie défile sous nos yeux. Nous nous sentons comme au coeur du monde, au coeur de la nature, là d'où tout est venu, là où tout se joue. Cette immensité nous impressionne. Nous passons des heures à regarder le paysage. Evidemment, c'est notre nature contemplative qui nous fait tant aimer ce voyage.

        Au lever et avant le coucher du soleil, sur le fleuve et sur ses rives, la vie animale resurgit : par dessus le ronronnement des machines on entend les piaillements de bandes d'oiseaux, de singes peut-être dans la forêt; d'autres oiseaux sillonnent le ciel; des poissons, des dauphins bondissent hors de l'eau. Et après les fortes chaleurs de la journée, les passagers quittent la quiétude de leur hamac, le bar ou la TV et se regroupent devant le bastinguage pour contempler le spectacle de cette nature bouillonnante, les aridembas (sorte de martin-pêcheurs), les merguilhoes plongeurs, les urubus. Chacun applaudit au saut d'un boto vermeilho, ou s'émerveille d'avoir aperçu un crocodile.

         Et le soir, s'il n'est pas caché par les nuages, le soleil se couche dans une explosion de couleurs et des lumières de création du monde.

                   IMG_0667     IMG_0792    IMG_0788

IMG_0803

         

         En 2000 km, il ne se passera guère plus d'une heure sans que nous apercevions un village, une simple cabane, des pêcheurs, de ces "ribanheiros" innombrables qui vivent du fleuve et des terres qui le bordent. Au fil des escales, nous nous apercevrons que notre bateau, le Fenix, transporte des meubles pour des écoles, des cuisinières pour collectivités, des pneus de tracteur, des oeufs, le courrier... Comme les centaines d'embarcations qui sillonnent l'Amazone, il est pour les riverains, un des seuls liens avec le monde (avec la télé satellite et ses paraboles, omniprésentes, même devant la moindre cabane !)

IMG_0704

IMG_1005 

Au moindre évènement, une escale ou une de ces fréquentes mais brèves avaries de moteur, la petite communauté d'une centaine d'âmes sort de sa torpeur et s'agite, vient aux nouvelles. Progressivement, la timidité s'atténuant et la curiosité aidant, des relations se nouent avec les autres passagers. Nous prenons des photos aussi, ce qui est souvent l'occasion d'un contact. On nous indique les noms des arbres et des animaux. On nous vante les mérites du tambaqui, décidément le poisson-roi de l'Amazone.

IMG_1171

IMG_0841

IMG_0737IMG_0911_2

 

 

 

Le Brésil est en année électorale et nous discutons pas mal avec les gens qui sont unanimes : 80% des hommes politiques sont corrompus. "Des voleurs," entend-on sans cesse dire d'eux. Les gens n'ont aucune illusion. Le président Lula est vu au mieux comme un populiste qui, certes, permet aux plus pauvres de survivre par une politique d'allocations sociales accrues, mais sans engager de réformes de fond. En particulier, l'éducation est vue comme une priorité.

        Pas étonnant que des églises plus ou moins sectaires prospèrent. Pour beaucoup, la religion semble apporter la seule lueur d'espoir, ce qui lui donne une emprise considérable sur la société brésilienne... au point d'être récupérée par des campagne de sécurité routière : "Jusqu'à 80 km/h, Dieu te protège. Au delà, Dieu t'appelle !" disait un panneau à Manaus.   

IMG_0989       

        Et puis, peu à peu, nous quittons le Brésil. Aux escales, certains de nos compagnons débarquent, d'autres passagers montent qui parlent de plus en plus souvent espagnol.

        Au bout de six jours de voyage, la Triple Frontière nous accueille par une musique tonitruante et une activité frénétique. Malgré une sage incursion en Colombie pour boire une "agua de coco" nous ne traînons pas dans ce coin réputé pour toutes sortes de trafics.

        Dès le lendemain, la navette rapide nous conduit en 11 heures jusqu'à Iquitos.

        Nous sommes au Pérou !

PS : Désolés, mais  le lien e-mail "Contactez l'auteur" ne marche pas (pour le moment, patience !) Ecrivez des commentaires ou à nos boites perso. Et oubliez pas de cliquer sur les photos si vous voulez les voir en grand.

Posté par anniesteph à 00:55 - 3. Brésil - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


30 août 2006

Hamac ou cabine ?

On a fini par en avoir marre de ne pas avoir de nouvelles du sac et on s'est un peu énervés contre British Airways à qui on a envoyé un fax un peu sec. Est-ce l'effet du fax ou simplement du fait que le week end était fini? En tous cas, quelques heures plus tard, on avait un coup de fil nous disant que le sac était bien à Sao Paulo et partait le soir même pour Manaus.

Du coup le voyage peut continuer.

Derniers dîners avec Sivio et Valeria, nos nouveaux et gourmands amis : pizza au jambo (l'oseille serait ce qui y ressemble le plus) ou au tacacá, un soir, dans un resto qui en propose d'hallucinantes, genre mozzarella/chocolat; matrixao (poisson amazonien) cuit dans une feuille de bananier un autre soir.

On prend aussi congé des guides associés à l'hôtel qui voulaient à tout prix nous fourguer un "jungle trip" et qui, narquois, s'amusaient de nous voir attendre le sac ("You would be better in the forest, and when you come back, the bag would be here..."). Mais, pas rancuniers, ils nous ont toujours donné un petit coup de main linguistique lorsque nous le leur avons demandé.

Notre projet est de remonter l'Amazone en bateau, six jours de voyage, jusqu'à Tabatinga, à la "Triple frontière" (Brésil, Colombie, Pérou) puis de continuer vers Iquitos au Pérou. Mais on n'achète pas ce genre de voyage comme un billet de TGV. Après avoir repoussé les propositions des multiples rabatteurs qui fourmillent autour des hôtels, il faut aller à la gare fluviale, se faire alpaguer avant d'arriver au guichet par un gars plus ou moins officiel qui vous refile à un "agent autorisé" fort sympathique, lequel vous propose un tarif plus bas que l'officiel et même, allez tiens "para vocêis" (pour vous), un rabais supplémentaire. Nous, on parle pas vraiment portugais... y a du bruit...on se comprend qu'à moitié... on se méfie, mais c'est rigolo aussi, et puis ce bizness c'est le jeu ! On dit "oui, peut-être" ou "il faut voir, on réfléchit et on revient demain".

Des discussions et des débats s'ensuivent entre nous sur le plaisir de dormir en hamac et d'être avec les autres, les risques de vol, l'envie de confort et d'intimité, le prix, etc...Et c'est comme ça qu'après maintes introspections, on se retrouve dans une micro-cabine pas beaucoup plus chère que des hamacs sur le pont, mais avec douche, toilettes et clim. Le luxe... !

Posté par anniesteph à 22:30 - 3. Brésil - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 août 2006

Bienvenue en Amazonie !

        Manaus, les amis, on y est !
        1500 km de forêt de chaque côté !
        Soleil de plomb, chaleur moîte. Il fait chaud, très chaud. Pour bien faire il faudrait une douche tous les quarts d'heure!

        Et nous, penchés au dessus du lavabo pour résoudre une question existentielle : l'eau, dans l'hémisphère sud, se vide-t-elle vraiment dans le sens inverse de chez nous ?
        "ARCHIMEDE", le regretté magazine scientifique d'Arte, a bien dû faire un sujet là-dessus mais on ne l'a pas vu...
Pour le moment,  la réponse n'est pas évidente : un coup c'est à droite, un coup c'est à gauche, dans un gargouillis peu dépaysant !

                                                                        Hypothèse : Serions-nous trop près de l'Equateur ?

IMG_0538

                                              ... La suite de cette passionnante enquête dans quelques semaines plus au Sud !


        Pour le moment, faut dire qu'on est un peu plantés ici par la grâce de British Airways qui a oublié le sac d'Annie à Londres. Il sera là avant-hier ! Mais le Brésil est un pays de bonne humeur, de chaleur humaine et de sourire autant que de pauvreté (il y a donc beaucoup de bonne humeur...). Le contact est facile, nous nous y sentons bien et ne chômons pas.
        Dès le premier soir, malgré  6 heures de décalage horaire, nous avons pu réaliser notre envie d'une soirée à l'Opéra, le Teatro Amazonas... mais sans les jolies petites chaussures achetées spécialement pour ça en France (elles sont dans le sac ) ! Une heure et demie de Mozart devant une salle remplie d'un public de tous âges pour un des nombreux concerts gratuits de l'Orchestre philarmonique de Manaus. Question culture, faut pas mollir ! 


IMG_0185




                                IMG_0187_2

        La place du Teatro Amazonas est devenue notre quartier général. C'est un lieu de promenade et de rendez-vous qui s'anime encore davantage dès la tombée de la nuit, vers 18 h  (l'Equateur, toujours l'Equateur... ) C'est aussi là qu'expérimentant avec une vieille dame la communication non verbale (93% des situations contre 7% à la parole selon certains théoriciens, un soulagement pour les angoissés de la "barrière de la langue" !) Annie a permis notre rencontre avec Silvio.


IMG_0284

        Silvio est vétérinaire et originaire de Fortaleza. Depuis quelques mois il a adopté Manaus. Il nous aide à faire vivre ce qui risquait d'être un temps mort avec une intensité et des émotions inattendues. Promenades dans des bouts de forêt destinés à l'étude et l'observation de la biodiversité. Baignades dans le Rio Negro, un affluent de l'Amazone large de 8km dont l'eau noire  provoque de drôles de sensations... Couchers de soleil sur le fleuve : Wouaououhh !!

    IMG_0522


                                                                                     IMG_0293_2

      Mais Silvio est aussi un gourmand et il n'a de cesse de nous faire découvrir des saveurs nouvelles !

IMG_0329_3

IMG_0330_3

                                     Alors, on déguste. Glaces, jus  de fruits et sorbets innombrables aux noms inconnus et caressants  : açaí, cupuaçu, taperebá, graviola, acerola... et puis des poissons du fleuve, tambaqui et tucunaré... et même des pizzas, tacacá ou jambo, au choix !



IMG_0398

        Dimanche, avec Silvio, Valeria et Isa, un bateau taxi nous a emmenés à travers les bras du fleuve, les igarapés, vers le musée du caoutchouc. Recul d'un siècle, vers un temps où la femme du patron avait sa baignoire installée en plein air au bord du fleuve, pendant que les seringueros extrayaient le latex la nuit et crevaient de la malaria, de faim ou attaqués par les indiens.


IMG_0439


          IMG_0429      

                   

IMG_0461

IMG_0441_2

IMG_0483


Posté par anniesteph à 18:43 - 3. Brésil - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1