histoires de voir

Chemins en Amérique du sud...et ailleurs

22 novembre 2006

L'origine du monde

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     On dit de l'Afrique qu'elle est le continent des origines, celui où tout a commencé pour les êtres humains. C'est sans doute vrai.

     Mais de l'Amazonie à l'Altiplano et aux cîmes de la Cordillère, l'Amérique du Sud suscite elle aussi ce sentiment d'être devant un paysage de création du monde.

     Pour les Incas, il n'y avait aucun doute. C'est sur une île du lac Titicaca (la Isla del Sol ou Ile du Soleil) que Viracocha a surgi pour créer le soleil, la lune et les étoiles. Rien que ça.

    Et d'après la légende, c'est des rives du lac qu'est parti Mango Capac, muni de son bâton d'or pour s'en aller fonder Cusco, le nombril du monde, on vous le rappelle. Bon, on va tout de suite régler la question du nom de ce lac qui aura tant fait pouffer ou ricaner des générations de francophones, jeunes et moins jeunes. En aymara, la langue du coin, "titi" désigne le chat sauvage des andes, parfois assimilé au puma, et "caca" signifierait "gris". Un chat gris, donc. Pas de quoi glousser au fond de la classe en cours de géo !

     Aujourd'hui, on considère que c'est ici que sont nées les premières civilisations andines,du moins dans la partie centrale de la Cordillère. La civilisation de Tiwanaku a rayonné dans cette région, jusqu'au Pacifique et très loin vers l'Est et le Sud à la même époque que Chavin, un peu plus au Nord.

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La Porte du Soleil à Tiwanaku

et

le monolithe Ponce, représentation d'un "roi-prêtre" de la cité.

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    Mais si le mot pureté a été inventé, c'est sûrement pour parler du lac Titicaca. Pure la lumière, pure l'eau toute bleue du lac, pur le silence, purs le soleil et l'air. Car il faut dire qu'on est à 4000m d'altitude sur ce haut plateau andin qu'est l'Altiplano. Car si nous avons vu Machu Picchu sous la pluie, Inti, le soleil, s'est montré plus amical pour notre passage près du lac et sur ses îles. Là, sur le lac du soleil, tout n'a été que lumière, douceur et paix.

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     Vous l'aurez compris, on s'est pris une grosse secousse ici!

    Si les villes, Puno ou Copacabana, sont plutôt quelconques, les îles sont toute différentes dès qu'on parvient à éviter le flot touristique (assez relatif il est vrai) qui investit surtout les étonnantes îles Uros. Ce sont des îles flottantes, faites de totora, comme les bateaux qu'utilisaient autrefois les pêcheurs du lac !  C'est un vrai matelas sur lequel on marche, drôle de sensation! La dernière habitante est morte il y a quarante ans, mais les îles restent en place comme attraction touristique.

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     À  Amantani, Jack, un petit garçon de quatre ans est venu nous chercher à la descente du bateau, puis nous a pris par la main pour nous guider jusqu'à sa maison où nous devions loger.

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      L'île est à 4 heures de bateau du "continent" mais compte 2000 habitants. L'électricité y est produite par des panneaux solaires, mais elle semble contingentés et les îliens n'en profitent guère, semble-t-il. Un matin, très tôt, nous avons grimpé jusqu'au temple de Pachatata, une des divinités de la terre, pour contempler le lever du soleil. Nous sommes restés là, silencieux, fascinés par les couleurs et la lumière sur l'eau, le ciel, les pierres et la terre jusqu'au moment où quelques notes de trompette se sont fait entendre. Tout près. Quelques mètres en contrebas. Lorsqu'elles se sont tues, nous nous sommes approchés doucement pour découvrir un habitant de l'île venu ici pour saluer le soleil et le jour naissant et qui poursuivait son rituel par la lecture à voix basse d'un livre. Une prière ? Encore quelques notes de trompette. L'émotion qu'on ressent alors ne s'écrit pas, ne se décrit pas. Il faut la vivre ou l'imaginer.

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     Deux jours plus tard, sur l'Ile du Soleil (qui voisine avec l'Ile de la Lune) nous avons dormi onze heures dans le silence d'un hameau du bord du lac. Pas un bruit autre que celui des vagues. Une vie qui semble faite de travail et de lenteur et, sous nos yeux, le spectacle des troupeaux de moutons qui, à la queue-leu-leu longent la plage matin et soir pour aller vers leurs pâturages ou en revenir. Souvent, ils sont précédés d'un ou deux ânes, vaches ou cochons.

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     Et puis nous avons arpenté un jour durant les sentiers des hauteurs de l'île pour contempler ses criques désertes et ses ruines incas. Car c'est sur cette île que se trouve le fameux rocher où Viracocha s'est installé pour accomplir son oeuvre de création. Viracocha n'apparaît normalement que dans les rêves des humains, mais ici, on arrive à distinguer son visage sur la roche.

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On dirait qu'il aime ce genre de plaisanterie, puisqu'il s'amuse de la même manière sur la falaise d'Ollantaytambo.

     Dans ce lieu sanctuaire, les incas avaient érigé un temple et un palais où vivaient des vierges dont l'une, chaque année, était sacrifiée à Viracocha sur la pierre qui fait face au lac. La tradition s'est maintenue jusqu'à aujourd'hui, puisque chaque 29 novembre, les habitants de l'île sacrifient un lama en offrande, non plus à Viracocha mais à la Pachamama, la terre-mère, pour que l'année soit faste. Les offrandes à la Pachamama sont d'ailleurs quotidiennes; on verse par exemple sur la terre quelques gouttes de liquide avant de boire.

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      Après, on est retournés dans notre petit hôtel au bord de la plage admirer le soleil couchant sur la Cordillère Royale au loin, et regarder passer les moutons.

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      On a juste oublié de vous dire qu'en passant d'une île à l'autre, on a changé de pays. Mais ça, c'est juste de l'histoire contemporaine et ça n'a rien à voir avec ce qu'était ce monde avant l'arrivée des européens. Au revoir le Pérou, bonjour la Bolivie !

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Salut aux botanistes !

 

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11 novembre 2006

Salkantay : sale temps, on s'caille !

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      Bonne nouvelle! La saison des pluies a commencé. Les paysans sont ravis. Nous, moins.

     On a décidé de faire une rando, celle du Salkantay qui, en quatre jours, nous mènera au pied du Machu Picchu.

     On passe donc par l'agence de Marlon (le chico, vous vous rappelez, le frère de la chica d'Arequipa) qui nous propose un tarif abordable. Et pour la première fois, on va partir en groupe avec des gens qu'on ne connaît pas ! Histoire de voir...

     Et c'est comme ça qu'on s'est retrouvés dans un petit village de montagne avec quatre sympathiques et volubiles étudiantes espagnoles avec qui on allait faire le parcours. Enfin, espagnoles... catalanes en fait. Il y a une première Anna, une deuxième Anna (quand elle nous a dit qu'elle s'appelait "Anna, tambien" on a été tentés de la surnommer comme ça, mais ça aurait pas été gentil), Mariona et Montserrat (si elle est pas catalane, celle-là !). Elle finissent leurs études par une thèse de gestion de l'environnement ici, à Cusco.

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      Yjegel, le guide, a à peu près leur âge, 24 ans.

      Bon, c'est l'heure, on part... comme des fusées !

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      Energie de la jeunesse, les autres sont en permanence devant pendant que nous, on rame derrière à la moindre côte; et justement il y en a quelques unes, vu qu'on a environ 1500 mètres à monter. Bon, au bout d'un moment, le guide pense à regarder derrière lui et se rend compte qu'il a un peu de boulot à faire s'il veut préserver l'homogénéité de son groupe ! Il finit par se mettre au milieu et, à partir de là, le trek se déroulera bien jusqu'au dernier jour où il faudra remettre les pendules à l'heure. Mais nous avons compris qu'il manque d'expérience et ne sera pas forcément en mesure de nous apporter les informations que nous cherchons. Il a bien appris ses leçons, mais il est plus calé sur l'histoire ou les cultures andines que sur la botanique.

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      Le premier jour est un peu morne sur un chemin de terre sans grand intérêt.

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      Le second, en revanche, le paysage change (on a campé à 4000m) et on est vraiment dans la vraie et belle montagne sauvage.

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       Malheureusement, rien n'est parfait. Le ciel s'est chargé et nous montons dans les nuages. La pente est sacrément raide et tout le monde crache ses poumons, mais malgré tout nous avons plus la pêche que la veille : on carbure à la hoja de coca et le cuisinier nous a concocté une triple dose de sucres lents. Minimum. Donc ça va.

       Là haut, petite cérémonie andine, une offrande à Apu Salkantay (qu'on a vaguement aperçu entre deux nuages) à base de feuilles de coca glissées dans "l'apachetera" que nous avons construite au milieu d'autres. Car tous ceux qui passent par là rendent hommage à l'Apu, la montagne. Histoire de pas l'offenser.

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       Puis la descente commence sous la pluie, dans le froid, la boue et un sentier transformé en un petit torrent. Au bout d'une heure ou deux, on est trempés, à tordre. On a 2700 mètres à descendre jusqu'à demain soir. Mais qu'est-ce qu'on rigole !

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Même les poulets ont leur cape de pluie !

Mais eux c'est pour que les aigles les confondent avec des bouts de plastique et ne viennent pas les kidnapper !

       Bon évidemment, là, on fait les malins. Evidemment que c'est frustrant de ne pas voir le paysage, que le ciel soit bouché. Evidemment qu'il y a plus agréable que d'avoir les pieds gelés et qui font flic-floc à chaque pas. Mais bon, ça aussi ça se relativise, parce que c'est pas si grave, que c'est un moment de vie intense, et une autre manière d'être dans la nature.

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       D'ailleurs le soir même elle se fait plus clémente et nous offre un de ces moments de grâce dont elle a le secret : un ballet de lucioles juste avant que se lève la pleine lune... Magie.

       Le troisième jour est moins mouillé et, sur ce versant, on traverse une région de selva alta (forêt d'altitude) où on retrouve de la végétation tropicale. On domine un rio qui débaroule de toutes ses forces; des cascades strient le vert des pentes abruptes à droite comme à gauche... Bref, tout ça ressemble au décor d'un film comme "Aguirre, la colère de Dieu" avec Klaus Kinski.

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       Mais qui dit végétation tropicale dit... moustiques ! Eh oui, il y a des moustiques et autres bêtes qui piquent à 3500 m d'altitude ! On retrouve donc nos petits copains piqueurs.

        On n'a évidemment rien pu faire sécher depuis la veille et les 4 filles, faute de vêtements de rechange, se sont mises en short, pleines de confiance en la qualité de leur anti-moustiques. Tu parles ! Les sales bêtes s'en donnent à coeur joie, un vrai festin ! Mais nous ne sommes pas épargnés.

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        Ce soir-là, le campement n'est pas génial parce qu'on est dans le camping d'un village, lui aussi infesté de moustiques. Nous, on aurait préféré rester en pleine montagne plutôt que de nous retrouver à côté des discothèques.

        Le lendemain, Yjegel nous explique qu'il y a huit ans, en 1998, le village était plus bas, au bord de l'Urubamba, lorsqu'une crue a tout emporté. Il y avait une ligne de chemin de fer et un pont qui étaient le poumon économique de l'endroit.

        Près de 600 morts.

        Puis notre groupe atteint le bord de la rivière. Surprise : pour la traverser, une sorte de nacelle accrochée à un câble. À notre arrivée, la nacelle est justement coincée au beau milieu entre les deux rives et il faudra une dizaine de minutes pour qu'elle parvienne de l'autre côté... Ambiance !

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         On réalise à ce moment là que ce qui est pour nous un petit frisson pour occidentaux gâtés, un petit moment amusant, est le quotidien des habitants de Santa Teresa. Cette nacelle, c'est un lien vital pour leur survie économique. Sinon ce sont des détours de plusieurs heures par des routes de montagne pour rallier Cusco.

         Là où ça se corse, c'est que la reconstruction traîne. Et pourquoi donc ? Eh bien, Perurail, la société privée qui exploite la ligne qui va de Cusco à Aguas Calientes-Machu Picchu et qui desservait ensuite Santa Teresa jusqu'en 1998, n'est pas pressée de voir un nouveau pont et une nouvelle route desservir le village. Perurail n'a pas envie d'être concurrencé par des transports routiers. Et Perurail, société péruvienne appartenant au groupe européen Orient Express, a des appuis puissants.

         De plus on est tout près d'Aguas Calientes et du Machu Picchu où le big bazar touristique bat son plein, avec les conséquences qu'on imagine sur l'environnement. Alors l'Unesco, qui finance une bonne part de l'entretien du site n'est pas chaude non plus pour une nouvelle route qui risquerait d'aggraver la situation dans un pays où la corruption est reine et la protection de l'environnement une bonne blague. L'Unesco menace, si la route était construite, de retirer le Machu Picchu de la liste du Patrimoine mondial de l'humanité.

         Pendant ce temps, les habitants de Santa Teresa continuent à traverser l'Urubamba deux par deux, avec leurs paquets, dans leur petite nacelle.

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        Le trek lui-même se termine au bout de quatre jours à Aguas Calientes par un bon bain dans les eaux thermales soufrées. Moment de délassement pas volé et pas inutile parce que demain c'est

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        Lever : 4 heures du mat.

        Montée : à pied par les "escaliers de l'inca", 4 à 500 m de dénivelé, une heure vingt à transpirer et à ahaner. Mais bon, Yjegel, le guide, donne un bon rythme régulier et on est tout étonnés quand il nous annonce que, ça y est, on est arrivés. Il est 6 heures 30 du matin et les premiers bus amènent les premiers touristes (6$ pour 4 ou 5 kilomètres et idem au retour).

         Comme prévu Yjegel nous laisse à l'entrée du site où il n'a pas le droit de travailler et que nous devons visiter avec un guide officiel.

         Et là, ça commence TRES MAL !

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         D'abord, comme les jours précédents, le temps est bouché et une bonne partie du site disparaît régulièrement dans les nuages. Mais bon, ça, c'est la vie.

          Surtout, on se retrouve d'emblée balancés au milieu d'un groupe avec un guide dont il apparaît vite qu'il raconte n'importe quoi, et comme toujours, au pas de charge. Peu à peu les gens en ont marre, une dame se fout en boule et s'en va. Nous l'imitons.

         Et nous voilà, au milieu du site, sans même le plan que l'agence était sensée nous fournir, sans rien ni personne pour nous expliquer ce que nous voyons. Tant pis, nous décidons de nous balader pendant les heures qui restent, de nous imprégner de Machu Picchu.

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          Et c'est là qu'on se rend compte qu'on est vraiment dans un lieu spécial. Parce que le site te prend, littéralement, il se glisse en toi. Quelles que soient les conditions : la pluie, les touristes, les guides... Peu importe tout ça, un souffle est là !

          De toutes façons, on a peu de certitudes concernant le Machu Picchu, surtout des hypothèses : quand a-t-il été construit ? Pour quoi faire ? Qui l'habitait ?

          Planté sur ses pics, drapé dans ses nuages, Machu Picchu t'enveloppe, Machu Picchu te caresse. Il te murmure, avec les pyramides d'Egypte et les temples d'Angkor, avec les cathédrales et les jardins de Grenade, avec Rembrandt, Michel Ange et Mozart, sans oublier, surtout, les chansonnettes de Trenet ni les recettes de cuisine de ta grand mère que les êtres humains sont aussi capables de créations, d'élans qui nous tirent vers le haut et nous arrachent à notre bourbier quotidien. Merci Machu Picchu, on a besoin de s'en souvenir de temps en temps.

          Nous reviendrons !

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10 novembre 2006

Le nombril du monde

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(attention, aujourd'hui on innove, certaines photos marquées ** sont agrandissables en cliquant dessus)

     Cusco ! On va pas prétendre qu'on a fait tout ce chemin pour arriver ici, mais quand même... Se dire qu'on arrive dans la capitale de l'empire inca, au coeur d'une des civilisations les plus évoluées de son temps... Ça fait quequ' chose!

      Arrivée pas terrib' terrib' quand même. Un peu cafardeuse. On a encore passé une nuit dans le bus et on est légèrement froissés. Le ciel est gris, il tombe trois gouttes et la montre dit 6 heures du matin ! Mais bon, on est à 3300 mètres d'altitude, la saison des pluies n'est plus très loin et puis... on est à Cusco ! Alors, on va pas se plaindre.

     Surtout qu'on est attendus et qu'on joue les Père Noël. Parce qu'à Arequipa, Maribel, la chica qui s'occupait de l'hôtel où on était (et de l'agence de voyage qui va avec) tout en veillant maternellement à ce que nous ne prenions que des taxis "seguros", Maribel, donc, nous a demandé de convoyer quelques babioles (dont un cadeau) pour son frère Marlon qui vit à Cusco. Et justement, quelle heureuse coïncidence !, Marlon a aussi une hôtel et une agence de voyage. Il peut nous loger et nous faire profiter (¡ Para ti amigo, un buen precio  !) des circuits qu'il organise, genre trekkings, Macchu Picchu, lac Titicaca, etc... Comme on était arrivés à Arequipa sur les recommendations d'un deuxième frère qui, lui, gère un hôtel à... Nazca, la boucle est bouclée. Une affaire de famille.

      On utilisera les services de Marlon, jovial et commerçant jusqu'au bout des ongles, pour le trek qu'on veut faire. Mais pour le logement, on est hébergés par nos amis Renée et Jean Louis, rencontrés à Iquitos. Iquitos, vous vous souvenez? La ville vroum-vroum !

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     Bien qu'on ait finalement passé peu de temps ensemble, on est super contents de se retrouver, et d'emblée, on se lance dans la première d'une longue série de discussions et de bavardages autour de la table du petit déjeuner. Les rencontres, c'est comme le reste, le pur hasard n'existe pas : qu'est-ce qui nous a amené tous les quatre dans cet hôtel d'Iquitos ? Quand les affinités, les atomes crochus, sont là, impalpables et invisibles, on se met à parler ensemble. Et ensuite, au fil des mots on se rend compte de la similitude des parcours, des histoires de vie, du regard qu'on porte sur elle. Il y a des différences, naturellement, mais au fond c'est tout ça qui fait qu'on se retrouve, en cet instant, en train de bavarder dans une maisonnette de Cusco.

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     Cette maison, pour nous, elle est formidable, parce que c'est la première fois en deux mois qu'on est ailleurs que dans un hôtel. C'est la première fois  qu'on entre dans une maison péruvienne, donc dans un quotidien, une vie réelle. Pour quelques jours elle nous procure, grâce à l'accueil de Jean Louis et Renée, une sorte d'enracinement, la possibilité de rentrer le soir "à la maison". Nous avons un "home sweet home". Les vieilles pierres, on adore ça, mais chacun sait que visiter une ville ou un pays quand on est guidé, orienté et éclairé par des amis, ça permet de comprendre mieux, d'aller un peu plus en profondeur dans la connaissance de ce pays. 

     Donc, avec Renée et Jean Louis, on se balade et on sort. Un concert de musique baroque un soir, la projection d'un de leurs films un autre.

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      Le film parle de Cosqo Maki, une association dont ils sont, comme se plait à dire Jean-Louis, des "électrons libres", et qu'a fondée leur amie Isabelle. Elle vit au Pérou depuis 30 ans. L'association a créé un dortoir pour les enfants qui travaillent dans les rues de Cusco où ils font des petits boulots : cireurs de chaussures, laveurs de pare-brises, vendeurs de bonbons, vendeurs de tout et de rien, tout ce qu'ils peuvent trouver. Environ 12% d'entre eux sont seuls, sans famille ici, orphelins parfois. Certains ont à peine dix ans.

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      Alors Cosqo Maki leur fournit un toit, donc une protection pour la nuit, et un repas chaud. Et puis aussi, les éducateurs présents les écoutent se raconter. Parce que, quand on t'écoute, tu as enfin le sentiment d'exister. D'autres activités permettent d'aller plus loin : bibliothèque, atelier de peinture, apprentissage de la menuiserie, ouverture d'une boulangerie désormais tenue par trois anciens enfants des rues. Bien sûr, toutes les réinsertions ne sont pas réussies,mais quand les structures publiques ne fonctionnent pas, il faut bien que le travail de fourmi des associations prenne le relai pour arracher quelques uns à la misère. Et c'est comme ça que la ville de Cusco s'est peu à peu engagée dans le projet qu'elle finance à un niveau plus élevé chaque année. Un "Dormitorio municipal" hélas unique au Pérou.

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Dante

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       Ce soir là, nous rencontrons aussi Luis Figueroa, un élégant et charismatique monsieur aux cheveux blancs. Il est un des cinéastes de ce qu'on a appelé dans les années soixante "l'école de Cusco". Entre 1955 et 1962, il a réalisé une vingtaine de documentaires. Son long-métrage Kukuli , qui raconte une légende indienne, a été le premier film de fiction tourné en langue quechua.

      Mais en 1970, le négatif a été perdu dans l'incendie du laboratoire où il était stocké, à Buenos Aires. Par chance, trente ans plus tard, deux copies ont été miraculeusement retrouvées et ont pu être restaurées grâce à l'aide de la deuxième chaîne allemande. Le film a ensuite été diffusé plusieurs fois sur ARTE et dans divers festivals de cinéma péruvien.

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      Cusco garde énormément de traces de l'empire inca. Mais ce qu'on voit, ce sont surtout les fameux murs, sur une hauteur de deux ou trois mètres. Ils sont souvent taillés dans d'énormes blocs de granit, ajustés au millimètre en dépit d'un nombre d'angles parfois impressionnant. La face extérieure de ces murs est montée en oblique pour mieux résister aux tremblements de terre. Ces témoignages du passé, les espagnols ont justement voulu les faire disparaître comme pour mieux nier et effacer la culture ancienne. Ils les ont détruits, ont récupéré une partie des pierres et ont reconstruit par dessus une multitude de bâtiments, d'églises en particulier. Des églises, il y en a ici littéralement à chaque coin de rue et leurs intérieurs sont ultra-richement décorés sur les parois, les statues, les autels.

        L'église Santo Domingo avait même été directement construite sur le Coricancha (Temple du Soleil), un des lieux les plus importants de l'empire. Là les soudards venus d'Europe, stupéfaits devant tant d'or et de richesse, avaient découvert le "Trésor des Incas" qui permit de payer la rançon de l'Inca Atahualpa. Mais au 18ème siècle, un tremblement de terre a mis à bas le bâtiment espagnol et fait ressurgir les ruines du Coricancha. Les indiens y virent la promesse d'une renaissance à venir.

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        D'ailleurs, on peut se demander si cette volonté de laminer la culture inca n'a pas aujourd'hui un autre effet. Nous avons parfois l'impression que, dans leur légitime besoin de retrouver une identité bafouée, les péruviens de la sierra ont une vision un peu naïve et idéalisée du monde andin avant l'arrivée des conquistadores. Les guides en particulier véhiculent l'image de civilisations parfaites où régnaient paix, justice et respect de la nature... on peut parfois douter !

     Ce qu'a été l'empire des incas, le degré que leur civilisation avait atteint, on peut s'en faire une idée sur les différents sites proches de Cusco ou dans la Vallée Sacrée qui s'étend entre Cuzco et Machu Picchu, le long du rio Urubamba.

      Saqsahuaman, où les incas livrèrent une de leurs dernières bataille est aux portes de Cusco. La ville aurait été dessinée en suivant la forme d'un puma dont Saqsahuaman aurait été la tête. C'est à la fois un temple et une forteresse, un sanctuaire religieux extrêmement important, extrêmement émouvant pour nous encore aujourd'hui. Il s'en dégage quelque chose de fort parce qu'on sent bien qu'une part de l'histoire du monde s'est jouée ici. Cusco, pour les incas, c'était le nombril du monde (ce que signifie cosqo en quechua). Pour celles et ceux (ils se reconnaîtront) qui sont allés à Delphes, ça rappelle quelque chose ! Et comme à Delphes, il est question de tunnels secrets, d'oracles, de boissons magiques... Comme quoi, il y a des constantes chez les humains.

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       Saqsahuaman respire, Saqsahuaman dégage une présence, une force.

       Plus loin, on découvre d'autres forteresses et des terrasses innombrables, les andenes, moulées sur les replis des montagnes pour gagner des surfaces agricoles. Il y a Pisac sur son perchoir, Tipon avec ses terrasses et son système d'irrigation et Moray où les archéologues pensent avoir découvert une sorte de centre de recherches agronomiques inca. Un peu plus loin, les époustouflantes salines dont les bassins permettent de récolter le sel en pleine montagne. Et puis encore la forteresse non terminée d'Ollantaytambo avec son granit rose ou les gigantesques et apaisantes terrasses de Chinchero.

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Tipon, ses terrasses et son système d'irrigation

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Les terrasses de Moray

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Les salines, antérieures aux incas

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Ollantaytambo, le dernier refuge

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La cité huari de Pikillacta (la ville des puces, texto) ses murailles et ses arbres à poivre (on dit des poivriers ?)

       En fait, les sites pullulent, parfois tout petits et témoignent de l'occupation de la région depuis bien longtemps.

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02 novembre 2006

Juanita des glaces

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     Au début, on n'a pas trop aimé Arequipa.

     Pourtant, c'est une belle ville, en grande partie construite avec une pierre blanche de la région, le sillar. Une pierre volcanique légère et facile à tailler. La sempiternelle Plaza de Armas, où l'on vient nourrir les pigeons, est bordée d'arcades qui lui donnent un air élégant. Mais malgré son nom d'origine quechua, c'est une ville espagnole, une ville coloniale, bourrée de bâtiments qui datent de l'époque de la conquête.

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     En réalité, la matin où on est arrivés, on était crevés et il y avait trop d'agitation pour nous, trop de circulation, trop de bruit.  Arequipa est une grande ville de 700.000 habitants, la deuxième du pays.

     Le premier évènement à éveiller notre sympathie, ça a été une manif des écoliers de la ville pour réclamer que cesse le gaspillage de l'eau. Moins sympathique quand même, les écoliers péruviens portent un uniforme qui permet de distinguer facilement les écoles riches des écoles pauvres.

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     Et tant qu'on est dans l'apparence, il faut reconnaître que les vêtements traditionnels de la région d'Arequipa, brodés jusqu'au chapeau, sont magnifiques!

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Petit à petit, la ville nous apprivoisés, séduits, avec d'autant plus de facilité que le soleil est revenu et avec lui ciel bleu et chaleur. Et c'était beau, bien qu'Arequipa soit posée au milieu du désert sous l'oeil du volcan Misti. pas trop notre genre de paysage a priori.

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     Le Misti et d'autres volcans de la région gardent de drôles de secrets. Juanita, par exemple. Juanita était une jeune (12 ou 13 ans) princesse inca que son peuple a sacrifiée pour apaiser la colère des dieux. Elle a perdu sa jeune vie sur le Nevado Ampato, à plus de 6000 mètres d'altitude et c'est au même endroit qu'elle a éte inhumée. Le glacier l'a ensuite emprisonnée pour 500 ans avant que l'éruption d'un volcan voisin ne fasse fondre la glace sur l'Ampato, libérant ainsi Juanita. Quelques scientifiques qui passaient par là plus ou moins par hasard (plutôt plus dit leur légende, plutôt moins penseront les sceptiques) ont ensuite retrouvé sa momie congelée. C'était au début des années 90.

    Cette momie très impressionante parce que particulièrement bien conservée est exposée au Musée des Sanctuaires Andins. Il est interdit de la photographier, mais gageons qu'en quelques clics ceux que ça intéresse pourront se procurer des images.

    Mais Juanita n'est pas seule dans le musée, puisque 14 momies d'enfants ont en tout été retrouvées au sommet de volcans au Pérou, en Bolivie, en Argentine, c'est à dire sur une partie du territoire de l'empire inca qui, à une certaine époque, s'est étendu du sud de la Colombie au centre de l'actuel Chili. Quant aux flancs du Misti lui-même, ils renfermaient trois enfants enterrés ensemble.

     Le monastère Santa Catalina, fondé moins de 40 ans aprés l'arrivée des Espagnols, est l'autre grande attraction d'Arequipa. Village dans la ville, on se croirait en Andalousie. Enchevêtrement de placettes, de fontaines, de patios, de maisonnettes, farandole de couleurs, dédale, bonheur des yeux, ce couvent est une "leçon d'architecture" selon un architecte portugais venu le visiter. Là, des religieuses souvent venues des milieux les plus favorisés ont mené pendant un siècle une existence confortable dans le havre de paix qu'elels avaient fabriqué : logements privés et domestiques autorisés.

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     Evidemment, tout ça ne pouvait pas durer et les autorités ecclésiastiques ont fini par envoyer une supérieure chargée de mettre de l'ordre là dedans! A partir de là les religieuses ont parfois versé dans un rigorisme qui virait à la mortification, comme en témoignent de curieux sous-vêtements garnis de pointes tournées vers l'intérieur, ou des fouets destinés à la flagellation !

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     Aujourd'hui le monastère, ouvert au public depuis 1970 abrite encore une trentaine de nonnes.

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Pour ceux qui lisent régulièrement le blog,vous pouvez enfin aller voir le "Côté Pratique", on a casé la première note au 5 août puisqu'on décrit nos préparatifs...

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28 octobre 2006

El condor posa !

Autant vous prévenir tout de suite : on a les boules !
On n'a pas fait assez attention et on a effacé toutes les belles photos qu'on avait prises et qui devaient accompagner cette note !

On crie AAAAAAARGH, un bon coup, on respire et on se dit : Dommage, mais c'est la vie et tout ça n'est pas si grave.
Donc celles que vous verrez nous ont été fournies par des copains qu'on a rencontrés pendant le voyage et qui eux aussi ont visité le coin des condors !

Alors on leur dit un grand merci, parce que c'est chic de leur part !

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      Après une journée à Arequipa essentiellement consacrée à récupérer de la nuit précédente, nous partons pour un des incontournables de la région, le Cañon de Colca.
      C'est pas loin.
      Ce qui est bête au Pérou, au bout d'un moment, c'est qu'il y a pas de train ! Y a que des bus.

      Certes, les compagnies veillent au confort des voyageurs en passant de la musique ou des DVD musicaux (On a vu une compil de variétés des années 80 où brusquement est apparu... Adamo ! Oui, lui-même ! Comme quoi, on se croit à l'abri, loin de tout, ben non !), ou encore de films hollywoodiens (après le troisième Jim Carrey consécutif, t'as envie de finir à pied). Mais bon, à la fin, ça lasse, d'autant qu'ils sont pas tous au top, les bus. L'avantage c'est qu'ils sont pas chers.

      Celui d'aujourd'hui est dans une honnête moyenne et avale sans trop de mal les 4800m du col qu'il a à franchir au milieu des alpacas d'élevage (viande et fourrure). Les deux dernières heures, ça a été le bus le plus bourré qu'on ait eu jusqu'à aujourd'hui avec des gens (et leurs poules) assis sur les accoudoirs.
       Pour être juste il faut dire aussi que c'est dans cette région que les femmes portent les costumes les plus fabuleux avec des broderies jusque sur le chapeau.

       Arrivée, au bout de six heures à Cabanaconde. Le village est au bord du Cañon, qui se tire la bourre  avec son voisin, celui de Cotahuasi, pour savoir lequel est le plus profond du monde. Pour  le moment, ils en sont vers  4300m de profondeur, mais avec des endroits où on ne peut aller qu'en canoë ou en Zodiac.

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       Mais pour nous, peu importe, parce que le paysage est de toutes façons prodigieux. Ça plonge, je te dis pas ! Ame sensible, s'abstenir ! C'est pas les gorges du Verdon ou de l'Ardèche... pour ceux qui connaissent ! Non, j'exagère. Mais quand même, il y a des coins où tu préfère rester bien près de la paroi !

        Donc, on descend ses mille deux cent mètres, tranquillou, jusqu'à la rivière. Au passage, on dit bonjour et merci au condor qui a gentiment attendu qu'on passe pour se faire photographier, pendant que ses copains sont en train de tournoyer dans le ciel à la recherche d'une charogne à becqueter  C'est ça, les condors : serviables, majestueux dans le vol et écolos !(Pour le coup de la photo du condor il faudra nous croire sur parole ! Mais c'est dans l'adversité qu'on reconnaît ses amis )

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        En bas, il y a des hameaux aménagés avec des bungalows pour les touristes autour de piscines d'eau thermale. L'ambiance est plutôt bonne franquette et le matin, avant de repartir marcher pour visiter le cañon (700m de dénivelé minimum chaque jour), la patronne te sert des crèpes à la banane d'un cm d'épaisseur : on est tranquille pour la journée ! Quand on n'est pas très sûr de l'itinéraire, pas de problème. On demande à un paysan, il nous montre les traces de "zapatos de gringos" et il n'y a plus qu'à les suivre. Ça marche aussi avec le crottin de cheval ou de mule.

        Le dernier matin, sur le coup de 3 heures, on avale une crêpe, on se colle une chique de feuilles de coca contre la joue, et hop ! on se refait les 1200 mètres dans l'autre sens. Avec un peu d'entraînement, on n'a même pas mal aux jambes en arrivant en haut ! Mais vaut mieux partir tôt, à cause du soleil qui tape à partir de 7h ou 7h30. Ça permet aussi d'attraper un bus et d'aller voir le vol (majestueux) des condors un peu plus loin à un endroit spécialement aménagé (pour nous, pas pour eux!).

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         Bref, le Cañon de Colca, nous, on a craqué, on a adoré parce que les parois, les couleurs, la forme des pierres.

        On a craqué aussi pour la dame qui nous a servi notre dernier petit déjeuner vers 3h du matin, avec son petit dernier endormi sur son dos. Elle nous a dit aussi qu'elle a quatre autres enfants au collège, à Arequipa. Ils sont plus grands maintenant, ils peuvent voyager seuls. Et c'est mieux, parce qu'avant, les premières années de collège, elle ne pouvait les voir qu'une fois par an, en dehors des grandes vacances. Voyage trop long, trop cher...

        C'est beau, les Andes, mais la vie y est pas facile pour tout le monde !

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27 octobre 2006

Vieilles pierres et vieux coucous

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     Nous nous sentons bien à Huaraz. Nous aimons son ambiance de petite ville, son écrin de montagnes enneigées qui explosent dans le ciel bleu, son micro-cinéma où un jeune américain entretient la flamme de la cinéphilie et où nous avons vu "Fitzcarraldo", ses défilés incessants de tout ce que la ville compte de paroisses ou d'écoles, des défilés animés par des fanfares qui semblent toujours jouer le même air.

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      La musique est plus que présente ici. Elle est dans les bus, dans la rue, dans les cafés avec deux "hits" inattendus : la "Lambada" et "El Condor pasa" mis à toutes les sauces, à tous les rythmes. Dans le domaine, celui de l'image, la figure récurrente est celle du Che que nombre de taxis et moto-taxis arborent sans autre slogan.

     Nous commençons à avoir nos petites habitudes aussi : le resto végétarien qui, pour 4 soles (1€), nous procure la ration de légumes et de laitages qui fait défaut au régime péruvien courant, le cybercafé où nous passons de nombreuses heures à lire ou écrire notre courrier ou le blog, la "jugueria" ou nous venons prendre des petits déjeuners à base de jus ou salades de fruits, de yaourts et de galettes de maïs. Le mate de coca fait aussi partie de nos boissons favorites, mais il est difficile d'en trouver servi sous forme de décoction de feuilles. Les cafés et restos préférant se simplifier la vie avec les traditionnelles infusettes.

     C'est bien beau tout ça, mais on a aussi envie d'aller fourrer notre nez dans d'autres coins et il va falloir penser à bouger.

     Mais avant, il nous reste deux choses très importantes à faire.

      La première, c'est d'aller à Chancos. Là, on s'installe, seul ou à deux, dans de petites grottes qui s'enfoncent dans la falaise. Une eau chargée de soufre suinte de la roche et fait régner dans la grotte une température de 50º. On transpire, on se détend, on se fait du bien. Les péruviens y viennent en nombre car c'est, semble-t-il, là encore, une tradition ancestrale.

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     Les bains d'accord, mais ils adorent aussi se faire photographier et se prêtent volontiers au jeu pour nous laisser un souvenir. 

      La seconde, c'est de visiter Chavin. On avait pensé le faire dans le cadre d'un trek avec lamas et tout, et tout, mais finalement on se contentera d'une excursion d'une journée.

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      Eh oui ! C'est bien joli de gambader dans les cîmes, mais de temps en temps, il faut bien se demander, et puis aller voir, ce qui nous a attiré là dans cet endroit du monde. Chavin, c'est le nom d'un site archéologique pas gigantesque, plutôt modeste, caché dans la montagne à trois heures de bus environ de Huaraz. C'est surtout le nom d'une "culture", un nom tiré d'un mot quechua qui signifie "le centre". Belle image parce qu'il s'agit justement d'un centre philosophique et religieux, d'un sanctuaire, d'un foyer culturel autant que d'un véritable état. Chavin, qui, à son apogée, a rayonné sur toutes les Andes centrales, entre 800 et 300 avant JC, c'est à la fois la synthèse de tout ce à quoi les civilisations andines avaient abouti comme niveau de développement culturel , et la matrice des civilisations qui viendront  ensuite, celles de waris, des  nazcas, des moches, des chimus, jusqu'aux incas. Les historiens considèrent que le degré de civilisation qui avait été atteint à l'époque dans cette région du monde  est comparable à celui de la vallée du Gange, de la Chine, ou de l'Egypte des Pharaons. Un symbôle très fort au Pérou.

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      Lauro, notre guide, est enthousiaste: Chavin, selon lui, représente une époque de paix. On a bien envie de le croire, mais au fil de la visite, il est quand même question, une fois de plus de sacrifices humains et d'une société qui ne se résume pas à une "culture"; il y avait malgré tout un état plus ou moins structuré et gouverné par les prêtres.

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     Lauro prend des poses dignes d'un comédien pour nous expliquer l'étendue des connaissances des hommes de Chavin en mathématiques, en astronomie, en géométrie, en architecture. Le 7 et ses multiples sont partout, affirme-t-il, dans les dimensions de la place carré principale (49 mètres de côté), les 7 coupes creusées dans une dalle de pierre à la signification obscure (sacrifices humains, dépôt d'offrandes, observations astronomiques), ou les 56 têtes qui constituent des clés de voûte tout autour de l'enceinte et qui sont des divinités protectrices.

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      Mais la dualité (jour/nuit, masculin/féminin, offrande/protection), composante essentielle de la vision du monde des peuples andins est également présente, en particulier dans une des portes d'accès au temple dont une partie était peinte en noir, l'autre en blanc pour symboliser le jour et la nuit.

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     Il y a 3000 ans, des pèlerins nombreux se réunissaient donc ici, sur cette place pour écouter les oracles des prêtres. Pour améliorer leurs performances divinatoires, ceux-ci tâtaient un peu (ou beaucoup ?) du "cactus de Saint Pierre", franchement hallucinogène. C'était aussi le moment pour les hommes de ce temps de faire des offrandes à leurs dieux. Ces dieux, ils représentaient par des figures hybrides, mi-hommes, mi-animaux. Pas n'importe quel animal, mais le félin, le condor, le serpent.

      D'où venaient-ils ? De près ou de très loin,  peut-être même de la forêt amazonienne, ce qui expliquerait la présence du jaguar et du serpent parmi les divinités.

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      Mais une bonne visite doit être mise en scène et c'est pourquoi celle-ci se termine par les galeries souterraines de Chavin (les chambres de méditation dit le guide) un réseau impressionnant, un dédale à la ventilation parfaite, dont l'élément le plus saisissant est le "Lanzon". Il s'agit d'un pilier sculpté en forme de dague, une représentation divine sur laquelle on a retrouvé des traces du sang des sacrifiés ! Les sacrifices avaient lieu juste au dessus, à l'extérieur, et un orifice avait été ménagé pour que le dieu puisse recevoir son offrande. Cerise sur le gateau, c'est aussi par là qu'une fois par an, le 21 juin, jour du solstice d'été, le soleil vient directement éclairer la pierre . Effet garanti !

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      Pendant le voyage de retour, une fois de plus, s'offre à nous ce spectacle hallucinant des pentes sur lesquelles les hommes viennent s'accrocher pour construire des terrasses et faire pousser quelques graines.

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      Le moment est venu et nous quittons Huaraz après presque trois semaines, en direction du Sud. Nous avons décidé de visiter Nazca et ses lignes avec un bref arrêt à Lima pour changer de bus.

      Lima n'a jamais vraiment fait partie de notre programme, et d'une manière générale, notre voyage a plutôt tendance à éviter les grandes villes. Il y aura sans doute Santiago du Chili, Valparaiso et Buenos Aires, mais guère plus. Malgré tout, il faut bien reconnaître que l'atmosphère de paranoïa qui règne autour de la capitale péruvienne ne nous a guère incités à nous montrer curieux ! "¡Cuidense, cuidense !" (Soyez prudents !) nous répète-t-on à tout bout de champ. Et c'est vrai que le vol est une pratique plus que courante à Lima où les touristes sont des cibles de choix ! Nos copains Agnès et Jeremy se sont fait voler leurs affaires à un feu rouge, dans le taxi où ils étaient, les voleurs n'ayant pas hésité à fracasser les vitres !

       Quand ce genre d'histoire t'arrives, plus de doute ! Tu as bien rejoint la célèbre Gringo Trail, la Piste de gringos, qui conduit touristes nord américains et européens de Lima à Cuzco, via Pisco (hips ! ch'est bon, cha !), Nazca (Pourquoi je les vois doubles, les lignes ?), Arequipa et le lac Titicaca.

       La visite de Lima (pour cette fois) se limitera donc à une visite du Museo de la Nacion, rébarbatif bloc de béton vue de l'extérieur mais qui est une ouverture magistrale sur les civilisations pré-colombiennes : les tissages explosent de couleurs, les poteries rivalisent d'habileté et d'humour, on reste béat devant la reproduction de la tombe du Seigneur de Sipan (un souverain du nord du pays) et la richesse des objets qui y ont été trouvés, des maquettes reconstituent les sites ou la vie quotidienne !

        A peine six heures de bus dans le désert côtier à longer des élevages de poulets industriels et voilà Nazca !

       Nous avons décidé de nous payer le survol des lignes et des dessins dans le désert. L'affaire se déroule dans un petit coucou du genre à te faire regretter d'avoir pris un petit déjeuner.

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       Nous sommes en compagnie de trois autres touristes, hollandais. Il y a un pilote aussi. Décollage, tout va bien. Tiens, un trou d'air ..! Oups..! Ah, les lignes. Où ça, à gauche? Non, à droite ! Là, regardez, dit le pilote, c'est l'araignée, "The spider, the spider !" On a rien vu... Virage sur l'aile. Ouh là là ! Maman ! V'là que ça penche dur ! Un des hollandais a le nez plongé dans un sac en papier. Ah oui, maintenant c'est bon, je l'ai vue (l'araignée, pas maman) !  Et d'une ! Dire qu'Oncle Charles a fait ça pendant quarante ans !

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        Une demi heure comme ça, à scruter serpent, colibri, chien, condor, astronaute (très rigolo), etc... On revient l'estomac révolté et les jambes en coton, mais content parce que ça vaut vraiment le coup. On a quand même vu une des merveilles du monde !

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Il y a un perroquet caché dans ce dessin. Qui saura le découvrir ?

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Là, c'est plus facile.

         Alors bien sûr, à ce point de notre récit, tous les subtils lecteurs de ce blog se posent la même question : c'est quoi ces lignes et ces dessins; est-ce qu'on SAIT depuis le temps qu'on étudie, qu'on réfléchit, qu'on survole; un moment on disait même que c'était une piste d'atterrissage pour extra-terrestres  ! Beh non ! Il semble que depuis un certain temps les scientifiques penchent pour un gigantesque calendrier astronomique, parce que ces civilisations étaient bien plus calées que nous dans ce domaine et qu'elles utilisaient ces connaissances pour mieux programmer les travaux agricoles. Quant aux dessins d'animaux, c'est un peu plus le mystère, mais ils n'ont pas forcément été faits à la même époque que les lignes. Un zodiaque ? Des divinités...?

         A part ça, la ville nous laisse une impression plutôt cool. Annie a une longue discution avec un groupe d'enfants venus lui demander ce qu'elle pensait de la Plaza de Armas de Nazca, et à qui elle donne des explications d'ordre géographique : l'Europe, l'Amérique, l'Atlantique, la Méditerranée, l'Espagne, la France, etc... Puis quand les enfants ont filé, elle recommence avec César, le flic moustachu chargé de la surveillance de la place (¡Cuidado, il y a des "ladrones"!) que le sujet intéresse beaucoup.

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Deuxième chance pour ceux qui ont mal vu parce qu'ils ont mal au coeur en avion !

        La nuit suivante, les transports Flores nous accueillent dans un de leurs bus aux fauteuils défoncés et difficilement inclinables. Dix heures plus tard, nous émergeons, hagards et fracassés à la gare routière d'Arequipa !

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À la prochaine !
 

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19 octobre 2006

Shakespeare dans les Andes

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En redescendant, on est passés près des lagunes de Llanganuco, dans une vallée dominée de part et d'autre par deux des plus hautes montagne du pays, le Huascaran etle Huandoy.

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Et là, Humberto a commencé par nous expliquer qu'une des lagunes est un homme tandis que l'autre est une femme. Puis, il nous a raconté la légende.

Il y a très très très longtemps, comme il se doit, bien avant l'arrivée des espagnols et même celle des Incas, cette vallée marquait la frontière entre deux royaumes, constamment en guerre. A cette époque, c'étaient pas des tendres, et les conflits étaient sanglants. Dans l'un des royaumes, le roi avait un fils. Dans l'autre royaume, il y avait une belle princesse.

Les plus futés d'entre vous ont déjà compris ce qui se passa entre les deux pioupious !

Eh oui, les coquins se débrouillèrent pour se donner des rencards au nez et à la barbe des soldtas chargés de leur protection... et de leur surveillance ! (La légende ne dit pas comment ils s'étaient connus : nous laisserons au Pr Sato, qui nous a déjà brillamment expliqué la force de Coriolis, le soin de combler cette lacune).

Mais ce genre de badineries est voué à l'échec, on le sait bien puisque c'est pareil chez nous avec Roméo et Juliette. Les tourtereaux furent donc surpris au mileu de leurs tendres ébats ! Trahison ! Trahison ! Passage à l'ennemi, et toute cette sorte de choses !

Pour commencer, comme faut pas rigoler, un certain nombre de gardes fautifs furent exécutés dans chaque camp. Cela fait, les pères et leurs conseillers (le Conseil des Sages) se concertèrent pour savoir ce qu'on allait faire des deux amoureux. La décision tomba, porteuse d'un juste chatiment : ils seraient crucifiés l'un en face de l'autre, de chaque côté de la vallée, sur la falaise, comme ça ils pourraient se faire les yeux doux aussi longtemps qu'ils voudraient !

Mais ils s'aimaient pour de vrai et leurs larmes coulèrent tant et tant, pendant si longtemps qu'elles finirent par former deux lacs à leurs pieds. Quant à eux, comme ils s'aimaient trop pour pouvoir se séparer, ils finirent par se transformer en montagnes : lui le Huascaran, elle le Huandoy.

BONNE NUIT LES PETITS !

(SI VOUS ARRIVEZ A DORMIR APRES CE GENRE D'HISTOIRE)

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18 octobre 2006

Histoire sans parole

BONJOUR A TOUS !

IL FAUT LE DIRE QUAND MEME, ON TIENT PAROLE !

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Après, il a fallu rentrer. Mais ça c'est une autre histoire

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Voila, c'était le Trek de Santa Cruz.

avec...

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Fan

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des orchidées

IMG_3421_2  la "plus belle montagne du monde"                                                

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Don Adolfo

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Humberto

CIMG3659_2  Kati et Tino                                                                                                   

                      

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08 octobre 2006

20 kilomètres sans oxygène

Avant tout, un grand merci à tous ceux, connus et inconnus, qui nous lisent, nous suivent, nous écrivent et nous encouragent à tenir ce blog qui représente un volume de travail certain, mais qui donne aussi un sens supplémentaire à notre voyage puisqu'il nous permet de maintenir un lien avec vous et d'essayer de partager ce que nous voyons, vivons et ressentons.

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     Donc, on remonte dans la montagne. Direction la Cordillère Blanche au milieu de laquelle trône le Huascaran, la montagne la plus élevée du Pérou avec ses 6700 et quelques mètres.

     Et comment on monte ? Eh ben, on fait comme d'habitude, on prend le bus . Tous les guides vous le diront, il vaut mieux réserver, parce qu'ici la notion de nombre maximal de passagers a du mal à passer.

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     Aux arrêts, il y a des dames ou des enfants qui grimpent avant que quiconque ait pu descendre et qui nous vendent des fruits, des bonbons, etc... Comment font-ils, c'est un mystère mais ils atteignent le fond du bus.

     Nous voilà partis pour environ 200 km (en huit heures). Un peu chargés, d'accord, mais le paysage est à la hauteur.

      Et puis, il y a toujours des petits incidents amusants pour nous occuper (ici une pierre coincée entre deux pneus)

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   Juste avant d'arriver dans la vallée qui sépare la Cordillère Blanche (because, couverte de neige) de la Cordillère noire (because, pas de neige, on avait compris, merci !), on traverse l'impressionant Cañon d'El Pato (à vos dicos, c'est un nom commun), le site le plus spectaculaire du coin-coin. C'est précisément pour le voir qu'on a pris un bus de jour, et pas un des confortables bus de nuit avec siège couchette, air climatisé, etc... Et comme il est normal, c'est précisément ce moment que choisissent les piles de l'appareil photo pour nous lâcher !

     On arrive à Huaraz, 80000 habitants et principale ville de la région, qui est devenue depuis quelques années la capitale péruvienne de la rando, du rafting, de l'escalade, du dévalage de montagne à bicyclette, etc... Mais en 1970, la région a été dévastée par un tremblement de terre qui a creusé des effondrements dans la montagne, englouti des villages, et fait des dizaines de milliers de morts. Huaraz a été entièrement détruite, et donc reconstruite, plutôt mochement. Mais pour la première fois du voyage, nous avons le projet de nous poser quelques temps dans un endroit, alternant randos de quelques jours et temps consacré au courrier, au blog, aux activités culturelles.

      De toutes façons l'altitude ne nous laisse pas le choix. On est à 3000 mètres et il faut s'acclimater. Le premier jour, mal de crâne, fatigue générale, et dodo presque toute l'après-midi.

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    En attendant le départ de notre première rando, on décide de faire une excursion organisée en bus jusqu'au glacier Pastoruri. Ca nous fera marcher une petite heure en montagne et comme c'est quand même à 5400 m, ça devrait aider pour l'acclimatation. Pour voir le glacier, comme un peu partout dans le monde, il faut se dépêcher, parce qu'avec le réchauffement de la planète il recule d'année en année, parfois de plusieurs mètres !

     C'est dimanche et dans le car, il n'y a que peu de "gringos y gringas". Plutôt des péruviens, dont beaucoup viennent de Lima ou Trujillo, pour passer le week-end ou quelques jours dans la sierra. Le guide fait des blagues dont notre mauvais espagnol nous empêche de saisir toute la finesse et l'atmosphère est plutôt bon enfant.

     En route, quelques arrêts sont prévus.

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     Un peu plus loin, dans un coin de montagne, se dressent des centaines de Puya Raimondi, une plante "préhistorique" qui a la particularité de ne fleurir qu'une seule fois, pendant trois mois, pour une durée de vie d'environ un siècle ! La pollenisation est laissée aux bons soins des "picaflores", les colibris. Magnifique et impressionnante.

                     

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     La route continue à grimper jusqu'aux environs de 5000 m.

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     De là on continue jusqu'au fameux glacier soit à cheval, soit à pied. Fidèles à notre projet, nous choisissons de monter à pied, chaperonnés par Edson, un guide accompagnateur, qui nous a repérés et qui doit préférer nous garder à l'oeil parce qu'entre les (petites) crevasses et le sorroche (mal des montagnes), il peut y avoir quelques soucis.

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      Victoire ! On n'est pas peu fiers de notre premier 5000. Ah, vanité, vanité !

     Au retour l'ambiance est plus somnolente, et la journée se termine par un arrêt dans un resto pour un des ces repas pantagruéliques dont les péruviens ont le secret. Prudents, nous nous en tenons à une soupe, la "Levanta muerto".

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      Deux jours après, c'est le début de la rando. Nous nous sommes entendus, non avec une des innombrables agences à la réputation aussi variable qu'invérifiable, mais avec un guide indépendant, Umberto. Il nous propose un parcours original et a l'air sympa. Pour un prix dans la fourchette normale, nous devons partir avec lui et un porteur.

      Comme convenu, un matin, on retrouve Humberto et son frère, le porteur. Sauf que, gloups !, c'est son petit frère, qui soutient avoir 13 ans !

      Alors là, un truc te tombe dessus qui te fait voir différemment ton beau voyage. T'es touriste et tu voyages à bon compte dans un pays pauvre, un pays où on fait travailler les enfants ! C'est pas normal que les enfants travaillent, qu'à treize ans ils se cassent le dos. Et en faisant cette rando, tu vas alimenter le système. Alors, stop ? On arrête tout ? On annule ?

      Seulement voilà, le gamin est fier et fou de joie à l'idée de venir avec nous. et quand on dit à Humberto que c'est pas possible comme ça, que c'est pas possible que son frère porte un sac qui doit faire dans les 20 kilos, on dirait que c'est à son tour de sentir le ciel lui tomber sur la tête ! Il n'avait pas pensé à notre réaction. Et là, c'est un contrat qui va tomber à l'eau, un boulot qui va lui filer entre les doigts !

       Finalement, nous lui proposons une solution qui vaut ce qu'elle vaut, mais qui nous permet de maintenir la rando et à lui de gagner sa vie. Nous échangeons nos sacs avec Peter qui portera un de nos petits sacs à dos de 25 litres que nous avions allégés au maximum pour ces quatre jours. Quelques kilos, pas plus. Peter est un peu renfrogné, blessé dans sa fierté. Mais même si nous savons que nous ne changerons rien sur le fond et que nous nous sommes piégés par le simple fait de venir ici en touristes, nous préférons préserver son dos.

      Plus tard, Umberto nous donnera plus d'explications. Peter vit chez lui, à Huaraz, pour aller au collège. Actuellement, il est en vacances scolaires. La veille au soir, d'un coup de téléphone, le porteur prévu a fait faux bond. Peter, ravi, et qui n'en est pas à sa première fois, s'est proposé. Et voilà. Ces détails sont-ils simplement destinés à notre conscience, même si Humberto a l'air sincère et Peter aux anges ?

      Quoi qu'il en soit, penauds malgré tout, nous partons dans la nouvelle configuration que nous avons proposée. La solution trouvée est loin d'être bonne et nous devrons nous montrer plus vigilants à l'avenir.

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      Partis de 3500 mètres, nous remontons une vallée où l'élevage est roi jusqu'au campement prévu, vers 4000 mètres. En chemin, nous rencontrons des huttes dans lesquelles vivent les "veilleurs" quand ils viennent à tour de rôle garder les bêtes. Les paysans d'ici sont organisés en communautés et certaines activités, comme celle-ci, sont collectives. Mais certains d'entre eux vivent dans ce type d'habitat presque toute l'année.

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              Nous rencontrons aussi nos premières fleurs "étranges".   

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      Le deuxième jour, nous continuons la remontée de la vallée jusqu'à un lac glaciaire, 400 mètres plus haut. C'est un aller-retour depuis le campement de la veille qui nous permettra de découvrir le quenual, l'arbre andin qui, au dessus de 3800 mètres prend la place de l'eucalyptus, omniprésent jusque là.

         

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      Ce jour-là aussi, nous nous rendons compte des effets de l'altitude sur l'organisme : souffle court et jambes coupées. Heureusement, même après quelques brèves secondes de pause, on récupère vite. C'est donc d'un bon pas que nous parcourons les vingt klomètres du jour... et sans oxygène !

      Au troisième jour, c'est du sérieux ! Nous grimpons un col à 4600 mètres. Six cent mètres de dénivelé que nous avalons beaucoup moins vite que nous ne l'aurions fait en France. La respiration est hachée, forte. Le coeur tape. Mais c'est pour découvrir sur le chemin et tout là-haut des visions toujours plus extraordinaires. Que ce soient des fleurs qui ressemblent à des rochers ou un troupeau de vigognes.

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     Et puis, Humberto s'avère être un guide expérimenté qui sait doser l'effort de ses clients (et le sien car il porte près de 30 kilos). Le dernier campement est un peu plus bas, près d'une cascade et d'un nouveau lac glaciaire. Un petit paradis des cîmes que ni la pluie, ni les moustiques ne parviendront à gâcher. On y reviendrait volontiers !

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        Au fil du temps, le climat s'est peu à peu détendu, Humberto nous a raconté son parcours, parlé de son pays. Le dernier jour, nous finissons de redescendre dans la vallée sous un ciel qui alterne soleil radieux et petites averses de minute en minute. Nous sommes sidérés par les pentes que les paysans travaillent et où ils font pousser pommes de terre et céréales. Pour finir, on atteint la route où un taxi viendra nous chercher, crevés mais éblouis par les paysages que nous avons vus.

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        Mais, c'est juré, le prochain coup, on part avec un muletier et son âne !

      

    

    

Posté par anniesteph à 19:14 - 4. Pérou - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 septembre 2006

El "Cinco estrellas de la Selva"

    Ça devait nous manquer! Après cinq jours à Iquitos, on a repris le bateau sur le Marañon, riviere qui, après sa jonction avec l'Uyucali, devient l'Amazone.

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    Nous faisons route avec Agnès et Jérémy, un fort sympathique couple de jeunes ingénieurs français qui vivent à Oxford et se sont lancés dans un tour du monde. On les a rencontrés à l'hôtel d'Iquitos et comme il vont au même endroit que nous...

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Ainsi, depuis Manaus, nous remontons vers les sources du Rio Amazonas. Progressivement, nous nous sommes éloignés du monde citadin sur des embarcations de plus en plus sommaires. À la fin, nous avons atteint la Réserve naturelle de Pacaya Samiria pour nous approcher du coeur de la forêt sur un canoë de cinq mètres de long.

   

    À Lagunas il y a 15000 habitants, un château d'eau mais plus d'eau courante depuis deux ans pour d'obscures raisons, et l´électricité de 18 à 24 h). Là, nous avons rencontré notre guide Kleber, personnage haut en couleur, "un peu chamane" selon ses dires, et expert en plantes médicinales. Un conteur volubile aussi, qui a des histoires pour chaque circonstance.IMG_1696_2 

   

   

   

      

      Lui et son assistant, Abram, nous ont entraînés pendant trois jours et deux nuits vers cet "autre monde", celui de la forêt, pour un festival d'arbres de toutes sortes, de lianes, de perroquets, de crocodiles, de fleurs étranges, de grenouilles, de petits singes, de toucans, d'anacondas, d'aigles d'Amazonie, de papillons, de martin-pêcheurs...

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Il y avait même un paresseux.

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    Au fil de l´eau une fois de plus, nous avons vu le soleil se lever et se coucher, nous avons glissé sous les étoiles en scrutant la nuit pour apercevoir les yeux rouges des crocodiles, nous avons entendu les bruits de la forêt et de ses habitants qui ne se taisent que lorsque la chaleur est trop forte.

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     Nous parlions peu, et à voix basse pour partager notre émerveillement ou lorsqu'il fallait descendre du canoë pour les passages délicats. En période de basses eaux, beaucoup d'arbres tombés dans les rios barrent le passage. Nous utilisions alors le "mil hombres", morceau d'écorce d'un arbre bien particulier qu'il fallait poser sur les troncs pour faire glisser facilement le canoë. Sans lui, il aurait fallu "mille hommes" pour faire le travail d'un seul !

   Les "indigenes", les "nativos" (le racisme fait que le mot "indios" est insultant ici) utilisaient la même écorce comme base des préparations destinées à faciliter l'accouchement : une boisson consommée pendant les derniers jours de la grossesse, et un onguent utilisé lors de massages quotidiens sur le ventre de la mère pour affiner la peau et guider l'enfant dans la bonne position (méthode connue en France sous le nom d'eutonie ...terme et orthographe non garantis, on perd un peu son français, à force!)

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IMG_1651En revanche au campement, le "Cinq étoiles de la forêt" que nous avaient aménagé Kleber et Abram, ou lors des arrêts, le silence perdait ses droits.

   Sur les quelques mètres carrés devenus notre domaine on s'animait, on riait, on se baignait (en culotte, pudeur oblige), on mangeait des fruits et les poissons pêchés et préparés par les guides (comme quoi avec pas grand chose on peut faire un excellent repas!).

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On buvait aussi des tisanes et des boissons parfois étranges que Kleber, guide expérimenté, préparait pour préserver nos fragiles intestins occidentaux.

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    Et puis, lors de notre marche en forêt, à nouveau nous avancions sans bruit, à l'affût, et on peut le dire avec respect, dans la crainte de Chapingo, l'Esprit de la forêt.

Posté par anniesteph à 23:16 - 4. Pérou - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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