19 décembre 2006
Délices sucrés
Mmmmmhhhhh... les vacances !
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On est arrivés à Sucre en se disant qu'on allait rester ici quelque temps parce qu'il faut reconnaître qu'on ressentait le besoin de souffler un peu. C'est bien joli d'être en route depuis quatre mois, d'avoir enchaîné les visites de sites ou de musées, les treks, les nuits (ou les jours, ça change pas grand chose) dans les bus et les changements de ville et d'hôtel. Sans compter l'altitude. Bon, évidemment on va pas se plaindre de notre sort ! Mais n'empêche qu'on est crevés !
Alors, au bout d'un moment, faut se calmer un peu... pour pouvoir repartir de plus belle, parce que notre appétit de voyage, de rencontres et de paysages nouveaux n'est pas encore assouvi !
Et pour se poser, pour faire un peu de farniente, Sucre, c'est idéal.
Déjà, on a perdu 1300 mètres par rapport à Potosi, à 150 kilomètres d'ici. On respire mieux, et en plus c'est le plein été. Bon, d'accord, des fois il pleut, et l'autre jour on a eu un orage à tout casser, mais dans l'ensemble, il fait beau et à 2700 mètres, au milieu des montagnes, les températures ne sont jamais trop élevées. Donc, on est en tee-shirt et sans étouffer. Mmmmhhhh ! Et Noël en plein été, quel chic !
Sucre, Sucre... c'est bizarre comme nom, diront tous ceux qui ont la flemme d'aller faire un tour sur Wikipedia pour se renseigner.
Donc Sucre, c'est un nom propre, celui du Maréchal Sucre, le premier président de la république bolivienne et bras droit de Bolivar, "El Libertador" (ce coup-ci, vous y coupez pas, c'est Wikipedia direct, les amis !)
Sur la place principale de Sucre, le Maréchal Sucre et d'irrespectueux pigeons
Quoi d'autre ?
Ah oui, j'oubliais ! Sucre, c'est la capitale de la Bolivie ! Mais personne n'a l'air de le savoir, surtout pas les habitants (non, on les appelle pas les sucriers !), qui préfèrent avoir la paix et se la couler douce. Donc, c'est une capitale honorifique en quelque sorte, la capitale historique puisque c'est ici qu'a été proclamée l'indépendance. Il ne reste donc que la Cour suprême et quelques administrations. La capitale politique, c'est La Paz et la capitale économique, Santa Cruz, dans les terres basses de l'est du pays.
Ce calme est d'ailleurs surprenant vu qu'il y a un grand débat politique avec les provinces les plus riches (celles de l'est) qui voudraient leur autonomie. Sans parler des désaccords sur la nouvelle constitution et la règle du vote à la majorité des deux tiers ! Les journaux en parlent pas mal, et il y a des bagarres entre partisans des deux camps dans le pays. Au bout du compte tout ça paraît assez embrouillé et difficile à suivre, d'autant que chacun semble surtout occupé à faire des démonstrations de force. Mais l'atmosphère nous paraissait plus tendue à La Paz où on voyait dans les rues des rassemblements, des gens en grève de la faim, des policiers et des militaires .
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Premiers signes de fatigue...
On est arrivés ici avec Christine et Ricardo, qu'on avait rencontrés dans le 4x4 du Salar d'Uyuni. Salut ! Bonjour ! Moi, c'est Annie, lui c'est Stéphane. On a sympathisé, puis on a poussé avec eux jusqu'à Potosi, et après jusqu'ici, où on s'est trouvé un petit hôtel pas cher, calme et plein de verdure. Il y a aussi un canard et une tortue qui nous mordent quand on leur donne pas à manger. C'est l'hôtel Pachamama.
Donc Sucre c'est pas très grand (150 000 habitants), très mignon avec ses maisons blanches et baroques, bourgeois, à la fois tranquille et vivant parce que c'est une ville universitaire.
Alors, on y fait quoi, à Sucre, à part buller ? Ben... on bulle !
Non, quand même, pas juste ça .
On a décidé de prendre quelques cours d'espagnol, histoire de mettre un peu d'ordre dans ce qu'on a appris en vrac depuis trois mois. Deux heures par jour, en tête à tête avec un prof, ça l'air de rien, mais c'est du boulot ! On s'est inscrits à l'Alliance Française, ce qui peut paraître paradoxal, c'est sûr, mais ils enseignent aussi l'espagnol et le portugais.

La cour du bâtiment de l'Alliance Française
Et puis, il faut dire que tous les sud-américains qu'on a rencontrés depuis le début du voyage et qui ont appris le français chez eux, le parlent très bien.Du beau boulot !
Du coup, on a osé se risquer à une pièce de théâtre dont le sujet était un tremblement de terre dans le centre du pays en 1998 et ses conséquences (pillages, corruption, détournement de l'aide par les politiques et les militaires). On l'a pas regretté, c'était une bonne illustration de la réalité du pays.
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Sucre et sa région (Tarabuco entre autres), c'est aussi là qu'on trouve les plus beaux tissus de Bolivie, les tissages les plus adroits et les plus beaux motifs. Tissages à la main et teintures naturelles. Les rouges et les roses en particulier viennent de la cochenille, un insecte qu'on trouve sur les figuiers de barbarie. C'est même du continent américain (du Mexique pour être plus précis) qu'on les a importés vers l'Afrique du Nord et l'Europe.
Elevage de cochenilles (quelquepart dans le monde)
Notre séjour en Bolivie tire à sa fin. Avant Noël, ce sera l'Argentine, son Noroeste, sa pampa, ses glaciers et ses pingouins (enfin, la pampa, les glaciers et les pingouins c'est pour plus tard). La Bolivie est tout aussi belle que le Pérou, la nature y est grandiose. Le lac Titicaca et le Sud Lipez comptent sans doute parmi les plus beaux endroits du monde. Mais dans l'ensemble ce pays est plus pauvre, plus âpre, plus difficile aussi. Et puis les différences sociales y sont plus marquées et plus visibles, avec des riches manifestement très à l'aise et des pauvres, très pauvres.
La saison, malheureusement, n'est pas favorable à la visite des régions montagneuses ou de l'Amazonie, pourtant bien tentantes. Alors, au revoir Bolivie, nous avons bien envie de revenir te rendre visite !
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15 décembre 2006
Une jolie ville dure
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"Il fait froid toute l'année, on respire mal, ici," soupire la patronne d'un restaurant de Potosí. "C'est pas naturel de vivre à 4000 mètres d'altitude."
Et c'est vrai qu'en arrivant ici, on a senti comme un manteau de plomb nous tomber sur les épaules. Ciel gris, poitrine oppressée et souffle court à la moindre pente, alors qu'on se croyait à l'abri avec nos semaines d'acclimatation. Et puis, le plus frappant, ce qui serre le plus le coeur : le regard triste et fatigué des habitants. Après la douceur du lac Titicaca, et les splendeurs du Salar d'Uyuni et du Sud Lipez, le contraste est violent.

Elle n'est pourtant pas vilaine, cette ville, avec tous ses bâtiments de style colonial! Maisons, palais et églises baroques foisonnent et donnent un peu de riant et de couleur à une cité qui en manque singulièrement.

Avec ses 150 000 habitants, Potosí est la "ville d'importance la plus haute du monde" d'après le Routard. Plus haut que Lhassa, au Tibet, même. Et la seule raison de son implantation dans ce coin peu hospitalier, là voilà :
Sous cette montagne, les indiens avaient découvert des gisements de minerais, en particulier d'argent, sur lesquels les espagnols se ruèrent. Fascinés, ils la baptisèrent Cerro Rico (la colline riche). Et pendant deux siècles, Potosí avec son minerai d'argent a été un des endroits-clés du monde. Cette ville a assuré la richesse du royaume d'Espagne, mais elle a aussi causé sa perte quand l'Espagne, comme enivrée, s'est mise à vivre au dessus de ses moyens, à s'endetter, pour finir ruinée à l'aube du 19ème siècle. Potosí a été à l'origine d'un gigantesque trafic maritime vers l'Europe pour y amener le précieux métal, mais aussi de guerres, de conflits incessants avec les rivaux de l'Espagne, surtout l'Angleterre. Potosí, enfin, a permis la naissance du capitalisme européen, disent les historiens. Car l'Europe toute entière a bénéficié de l'argent de Potosí par le biais du commerce (y compris la traite des esclaves), du système bancaire international, ou du vol pur et simple quand les corsaires anglais et français se lançaient à l'abordage des navires espagnols. Une fois accumulé le capital nécessaire, il n'y avait plus qu'à investir dans les industries naissantes, en particulier textiles et plus tard métallurgiques. L'Angleterre, la France, l'Allemagne s'y sont engouffrées pendant que l'Espagne s'effondrait. Le système capitaliste était lancé.
Mais tout ça a eu un prix.
Un prix exhorbitant, un prix effroyable payé par les indiens réduits en esclavage pour extraire le minerai. En deux siècles, ils sont morts par millions sous le Cerro Rico ou à l'extérieur, d'épuisement ou de maladie.
Pour tenir, les mineurs indiens se bourraient de feuilles de coca. Ils pouvaient alors travailler jusqu'à 48 heures d'affilée. D'ailleurs, les espagnols, qui avaient commencé par interdire la consommation de feuilles de coca, ne tardèrent pas à l'autoriser à nouveau lorsqu'ils réalisèrent qu'elle permettait d'améliorer le rendement dans les mines ! Pour un temps, la coca a même été le principal salaire qu'ont reçu les mineurs.
On peut donc dire que c'est à eux, à tous ces morts dont les savants théologiens de l'église catholique se demandaient s'ils avaient une âme, que nous devons, nous occidentaux, notre aisance et notre confort d'aujourd'hui.
La richesse de Potosí a été fabuleuse et ses maîtres l'ont célébrée en bâtissant d'innombrables palais et églises. Sans parler de la Casa de la Moneda, où l'on fabriquait les pièces de monnaie pour une grande partie de l'Amérique latine.
Au couvent de Santa Teresa, les familles riches d'Espagne et d'Europe, pouvaient envoyer leur fille (traditionnellement, la deuxième) dès l'âge de 15 ans. Elles n'en sortaient plus et passaient leur vie dans une coupure totale d'avec le monde. Leur vie durant, elles ne voyaient plus personne, personne n'était autorisé à les voir. Il n'y a que quand elles étaient gravement malades qu'un médecin pouvait intervenir et entrer dans le couvent, sur autorisation de l'évêque.
Le parloir, côté visiteurs
Tout cela se visite, donc. Couvents, églises, palais. Là, s'étale toute la richesse passée de Potosí, toutes ses plaies aussi.
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Dans les Andes, les Christs crucifiés portent des blessures particulièrement nombreuses et sanglantes. C'était, dit-on, une façon pour les artistes d'origine indienne d'exprimer les souffrances de leur propre peuple.
Mais le plus dur et le plus impressionnant reste la visite des mines.
Aujourd'hui, on extrait encore un peu d'argent des mines de Potosí, mais surtout de l'étain et du plomb. L'état bolivien en est toujours propriétaire mais ne les exploite plus. Rentabilité insuffisante, a-t-on décidé dans les années 80 ! Les mineurs ont donc été massivement licenciés, plus de trente mille ! (privés de ressources, beaucoup sont redevenus paysans et se sont mis à cultiver de la coca pour survivre). Quelques années plus tard certains ont été autorisés à reprendre l'exploitation à leur compte mais sans protection sociale, et sans nouveaux investissements dans le matériel.

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On pénètre donc dans cet univers, et on commence par y rencontrer des statues du Tio. Le Tio, c'est le Diable des européens, mais pour les mineurs (tous indiens) qui lui font des offrandes, c'est un protecteur. Car s'ils sont catholiques au dehors, une fois sous terre, les indiens ne connaissent plus que le Tio et la Pachamama, les divinités ancestrales de la terre qui vont leur apporter protection et chance dans la découverte du minerai.
Pour rejoindre ceux qui travaillent sous terre, on commence par marcher dans les galeries. Mais peu à peu, il faut se baisser plus souvent pour passer et éviter les poutres d'étayage. On finit par s'accroupir, puis par marcher à quatre pattes dans des tunnels étroits, avant de descendre des échelles bringuebalantes et retrouver les mineurs.

Là, on tombe sur une réalité terrifiante. On croise des hommes aux traits tirés et aux regards hallucinés harnachés comme des bêtes de somme pour tracter des wagonnets remplis de minerai. D'autres, penchés sur leurs outils remplissent 8 heures durant, et à toute allure, des sacs de terre et de minerai mélangés qui seront remontés à l'aide d'un treuil manuel. Tous se jettent sur les cadeaux que, selon la coutume, nous leur avons apportés : boissons gazeuses, feuilles de coca.
Car l'air, chargé de poussière, est irrespirable.
C'est Germinal !

Entre les accidents du travail et la silicose qui brûle et détruit les poumons, peu de mineurs atteignent l'âge de la retraite pour se retirer avec une pension dont le montant est de toute façon dérisoire. Un "piqueur", dont le travail consiste à attaquer la paroi, même protégé par un masque, ne peut guère espérer exercer son activité plus de quinze ans.

Le salaire a longtemps été misérable. Heureusement, depuis quelques années la hausse du prix des matières premières permet aux mineurs d'avoir un revenu nettement plus conséquent. Mais les cours peuvent chuter et chuteront sans doute. De toutes façons, ceux qui bénéficient le plus de la hausse sont les entreprises qui traitent le minerai après l'extraction. Des entreprises rarement boliviennes, plutôt états-uniennes ou canadiennes, qui, elles, maîtrisent les technologies nécessaires.

Nous sommes ressortis bouleversés de cette visite et de la rencontre avec ces hommes rudes à l'apparence presque sauvage parfois. Plus tard, nous avons appris que d'autres secteurs de la mine sont mieux équipés, avec des ascenseurs et de la machinerie. Nous avons aussi appris que des enfants y travaillent, dès 8 ou 10 ans, soigneusement cachés aux touristes.
La Bolivie est un pays où l'histoire pèse d'un poids écrasant, où elle est un déchirement. Un pays aujourd'hui le deuxième plus pauvre du continent américain, après avoir sans doute compté parmi les vingt plus riches du monde à l'époque de son indépendance en 1825. Un pays où la nature s'est évertuée à fabriquer des merveilles, tandis que les hommes y ont atteint des sommets dans l'horreur. Potosí en est l'image.

08 décembre 2006
Le pays du sel
Des carcasses de locomotives du 19ème siècle qui rouillent en plein désert.
Vestige du temps où Uyuni était un noeud ferroviaire important. Fier de permettre le passage de trains chargés de ces minerais, cuivre, fer, étain, argent... qui, aujourd'hui encore, devraient faire la fortune du pays. Les trains filaient ensuite vers les ports du Pacifique d'où les minerais étaient exportés.
La Bolivie expose ses plaies. Posée au milieu de nulle part à l'extrême sud du pays, Uyuni est séparée de l'océan par la frontière et une mince bande de territoire chilien, autrefois bolivien. Ce bout de désert absent est une tragédie nationale et une des explications à la pauvreté du pays. Petit cours d'histoire : en 1879 a eu lieu la Guerre du Pacifique entre le Chili d'un côté, le Pérou et la Bolivie de l'autre. Le Chili a eu le dessus, et dans le traité de paix qui a suivi, la Bolivie a perdu sa façade maritime et donc la possibilité d'exporter librement ses produits. La blessure est toujours présente, même si les deux gouvernements, récemment élus, tentent de trouver une solution négociée.

Au bout du bout de l'Altiplano, Uyuni, dans la poussière et sous un soleil souvent éclatant, se donne des airs de petite ville de western. Les 4x4 y pullulent. Mais ce sont de vrais 4x4, sales et déglingués, pas comme ceux des beaux quartiers de La Paz. Chaque matin, ils s'agglutinent dans la rue principale pour embarquer leur cargaison de touristes qu'ils emportent vers le monde du sel.
Dans le nôtre, il y a aussi Angela et Monica, deux soeurs colombiennes, Christine et Ricardo, qui vivent en Suisse. Et puis Agustin, le chauffeur. On part pour trois jours.
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Autrefois, il y avait un océan, ici. Plus tard, les Andes se sont formées, emprisonnant des lacs d'eau salée. Au fil du temps, l'eau s'est évaporée, laissant un désert de sel, une croûte de 20 à 25 mètres d'épaisseur, le Salar d'Uyuni. Les indiens ont une explication plus simple. C'est la Pachamama qui a laissé couler son lait sur le sol pour le fertiliser. Et puis, le lait s'est transformé en sel.
Mais tout ça, ce sont peut-être des histoires qu'on raconte aux touristes. Qui sait?
Bien sûr, ce gisement de sel est exploité, pour la table comme pour l'industrie. Il génère donc des emplois dans la région, mais la récolte se fait sans protection adéquate.
Mais, ah ! tourisme, tourisme ! on s'en sert aussi pour fabriquer diverses babioles ou pour construire des curiosités, comme des hôtels en sel ! Les briques ont intérêt à être bien jointes, car l'hiver (en juillet-août, donc) il fait -15º ici.
Toute la journée, on roule, des kilomètres durant. Le soleil joue avec la pureté des lumières de l'Altiplano et fait apparaître des mirages à la surface du sel : les collines qui se dressent sur le Salar ressemblent à des îles. Nous atteignons l'incroyable Incawasi et ses cactus. L'un d'eux, âgé de mille ans, mesure douze mètres de haut.

Sur le Salar on peut rouler jusqu'à plus soif !
Sur le Salar, on s'amuse à des jeux de perspective.
Il y a aussi les jeux de couleurs,
et ceux de lumière.
En principe, le Salar est protégé. Mais quand on renferme dans son sous-sol la plus grosse réserve de lithium au monde, et que les licences d'exploitation ont déjà été vendues à des sociétés japonaises et américaines (en fait, états-uniennes), on ne peut pas être très sûr de son avenir, n'est-ce pas ?
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Règlement de comptes à San Juan (en plan américain !)
Le cheval de fer est en retard


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Le lendemain matin, nous repartons. En continuant vers le sud en longeant la frontière chilienne, on quitte le pays du sel pour entrer dans celui où la lumière et l'érosion se mêlent pour créer le spectacle naturel le plus saisissant que nous ayons jamais vu. Sur des kilomètres et des kilomètres, c'est une vraie débauche de formes et de couleurs.
Alors plutôt que de commenter cette nature en folie qui nous coupe le souffle, ce paysage de volcans, de déserts et de lacs on va se faire tout petits devant elle... et se taire. Bon voyage !

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PS : On vous rappelle qu'en cliquant sur les photos acconpagnées d'un **, vous pouvez les agrandir.
06 décembre 2006
La Paz
4000 mètres d'altitude à El Alto.
3000 mètres pour San Miguel.
Les pauvres en haut dans la poussière de l'Altiplano, les riches en bas où le climat est plus doux et où on respire mieux car il y a plus d'oxygène.
Entre les deux, à 3500 mètres, le centre ville, turbulent, frénétique, agité, fatigant, autour de la Plaza San Francisco.
Malgré son joli nom, La Paz, capitale la plus haute du monde, n'est pas une ville facile. Sa géographie est compliquée avec ce centre étagé sur deux versants qui se font face. La Paz occupe pleinement les trois dimensions, mais pas à la manière des villes d'Europe, où la troisième dimension, la hauteur, est uniquement celle des hauts immeubles. Du coup, il faut du temps pour s'y retrouver et avoir ses repères. Pour cela, rien de mieux que de grimper d'un coup de "trufi" (taxi collectif où on monte à six ou sept, quelle que soit la corpulence des uns et des autres) jusqu'au "mirador" de Killi-killi pour y contempler la ville.

Nous n'avons pas trouvé à La Paz de charme particulier. La Paz ne nous a pas particulièrement plu. Pourtant, nous y sommes restés presque dix jours ! Dix jours de marchés, de rues "des sorcières" où on vend des gri-gris, des amulettes porte-bonheur et des poudres de perlinpimpin. Dix jours de rues pentues et de boutiques à touristes où l'on trouve les tissus multicolores des mantas et des ponchos.
Au premier plan,"Ekeko", pourvoyeur de tous les biens...
Tout ça, peut-être parce que, à défaut de charme, cette ville possède une personnalité qui vous capte, vous retient et qui, au bout du compte, fait que nous nous y sommes sentis plutôt bien.

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Et puis La Paz possède des musées formidables.
Celui de la coca, par exemple. Il te fait immédiatement passer l'envie de toucher à la cocaïne, si jamais ça t'a effleuré.
On t'y explique avec intelligence la différence entre la feuille de coca, qui donne la pêche, et la cocaïne, qui est une drogue. D'ailleurs, de nos jours, la feuille de coca est en vente libre dans plusieurs pays andins où elle est mastiquée et consommée quotidiennement par des millions de personnes. Jusqu'à l'arrivée des espagnols, la coca structurait la vie dans les Andes, elle aidait à en supporter les difficultés (parce que gratter un sol aussi ingrat à cette altitude, c'est pas de la tarte), ou à vaincre le soroche (le mal des montagnes). Voilà pourquoi elle avait un caractère sacré.
Mais les européens ont réussi à transformer cet aliment sacré en une valeur marchande, en argent. Aujourd'hui, l'hypocrisie règne puisque les occidentaux voudraient faire interdire la culture de la feuille de coca, alors que les produits qui servent à fabriquer la cocaïne viennent de chez eux, que leurs banques recyclent l'argent de la drogue, et qu'une dizaine de pays (devinez lesquels) se sont octroyé le droit d'acheter légalement des feuilles de coca pour fabriquer des médicaments anesthésiants... ou une très célèbre boisson gazeuse vendue dans le monde entier !
Les feuilles de coca s'achètent au marché.
Le musée des instruments de musique est également formidable. Il présente d'innombrables instruments qui ont existé ou existent aujourd'hui. Il laisse libre cours à l'imaginaire et au délire avec des instruments peut-être pas toujours jouables, mais rigolos et totalement fous. Enfin, il montre son ouverture sur le monde en exposant des instruments de tous les pays. Obligatoire !
Quant au musée des arts et traditions populaires ses maquettes et ses figurines racontent l'histoire et la sociéte du pays. C'est aussi le musée des plus incroyables masques de carnaval.
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Dans la partie basse de la ville, San Miguel est un havre de calme où nous sommes allés prendre un café dans un établissement qui distille une musique douce. A travers la vitre, on aperçoit des 4x4 rutilants, des panneaux qui signalent les parcours de golf et des villas somptueuses dont certaines, dit-on, ont été payées avec le trésor de guerre des nazis. Un contraste assez peu soutenable, et nous ne traînons pas.
Heureusement, à proximité, la Vallée de la Lune nous offre son spectacle hallucinant.
Ce paysage de sècheresse et de rocaille aux portes de la ville nous invite à aller plus loin et à retrouver les espaces de l'Altiplano. Notre séjour citadin n'en a plus pour longtemps !

















































































































