histoires de voir

Chemins en Amérique du sud...et ailleurs

25 mars 2007

Le pays des chats qui volent et des arcs en ciel

    IMG_2391_3

*******

    Six mois de voyage, quatre jours de marche, du vent, plus un bon gros rhume : le Paine nous a mis sur les rotules !

    Donc, direction Puerto Natales avec pour unique objectif de prendre quelques jours de repos. Pour ça, nous choisissons comme point d'attache la douillette pension de Nancy et sa famille. Propre et lumineux, petit déjeuner copieux, pas de chauffage dans les chambres, comme d'habitude dans le Grand Sud, mais trois couettes sur le lit ! L'endroit idéal. On est comme à la maison et, du coup, Puerto Natales, chef-lieu de la province d'Ultima Esperanza, nous apparaît comme le pays des merveilles.

IMG_2421_2 IMG_2418_2

IMG_2722_2

     Bon, on devait être vraiment crevés parce qu'en y regardant de plus près, c'est quand même pas très folichon !

    Un alignement de cuadras et des maisons toutes plus ou moins identiques, faites d'agglo recouvert de tôle peinte pour assurer l'isolation.  Avec une bonne volonté qui frise l'héroïsme, quelques bâtiments en bois essayent de lui donner un peu de cachet. Côté curiosités, une surprenante locomotive à vapeur taguée par les grapheurs locaux trône au milieu de la Plaza de Armas, vestige du temps où l'exportation de la laine ou d'un quelconque minerai faisait la fortune de la ville. C'est à peu près tout (si on excepte les conserveries de poisson et le bateau de Navimag qui arrive de Puerto Montt une fois par semaine).

IMG_2419_2

IMG_2427_2 IMG_2429_2

     Que faire donc, quand on a quelques jours à passer à Puerto Natales ? Eh bien, on peut visiter la grotte du mylodon, par exemple.

    Le mylodon, c'est un animal préhistorique et herbivore, une sorte de paresseux géant dont on a découvert les restes (dans la fameuse grotte... on avait deviné !) au début du 20ème siècle. Pendant quelques années, les pilleurs de trésors archéologiques s'en sont donné à coeur joie, tandis que de doctes scientifiques s'empoignaient sur l'authenticité de la découverte et l'éventualité de la survie de la bestiole jusqu'à nos jours. Mais, non, il n'y a plus de mylodon depuis belle lurette !

IMG_2422**

     Nous nous sentons tellement bien à Puerto Natales (ou nous mettons tellement de temps à récupérer) que les deux jours de repos prévus en deviennent trois, puis finalement près d'une semaine.

     C'est que, ce week end, se déroule à quelques kilomètres de là une "doma" internationale, c'est à dire un rodéo. Des gauchos chiliens mais aussi de divers pays voisins : Argentine, Uruguay, Brésil, ont été invités. La plupart des participants ont revêtu des habits de fête traditionnels, et certains ont beaucoup d'allure. On ne peut pas en dire autant des chevaux qui ont plutôt l'air d'avoir été choisis pour leur totale inaptitude à d'autres tâches !

IMG_2458**

IMG_2466_2

IMG_2468_2

IMG_2498_2

Attention, ça va partir ... C'est parti !

IMG_2496_2

IMG_2526**

IMG_2564_2

IMG_2581_2

IMG_2590**

IMG_2704_2

Les "cueilleurs" : chaque fois qu'un concurrent a tenu les huit ou douze secondes du temps imparti, ils viennent le récupérer sur son cheval en furie.

IMG_2650_2 IMG_2667_2 IMG_2653_2

     Évidemment, c'est assez rigolo et excitant de voir ces hommes parfois tout jeunes tenter de s'agripper à leurs montures qui se cabrent, ruent, sautent en tous sens pour tenter de se débarrasser d'eux. Avec succès le plus souvent. Quand ils tombent on crie de déception, parfois on rit ou on ne dit rien, selon la prestation. On se prend au jeu !

  IMG_2491_2

IMG_2517_2

          Mais tout ça est quand même trop violent pour nous plaire vraiment. Violent avec les bêtes, qui se rebellent et sont matées par la force, parfois même la brutalité. Violent avec les hommes qui chutent ou prennent des coups. Mais on sent bien la part de fierté et même d'identité qui vient se nicher la dedans, y compris dans la souffrance et la blessure des corps.

     Ce jour là, par trois fois, l'ambulance emportera des personnes blessées vers l'hôpital de Puerto Natales, dont une spectatrice écrasée par un cheval qui avait défoncé une barrière.

*******

IMG_2744_2

     Trois cents kilomètres plus au sud, Punta Arenas, la capitale régionale, a une réputation épouvantable. Située sur le Détroit de Magellan et pile sous le trou de la couche d'ozone, c'est depuis toujours le pays du vent. Des vents si violents qu'on prétend qu'on voit parfois les chats voler dans les rues, emportés par les bourrasques ! Même chose pour les cheminées. On nous avait dit qu'à certains carrefours des garde-corps avaient été installés pour permettre aux piétons de s'accrocher quand ça souffle trop fort : on n'en a pas vu. Il n'y avait pas beaucoup de vent ces jours-là à Punta Arenas.

IMG_2764_2

     La ville a connu son heure de gloire au début du 20ème siècle, à la grande époque du Cap Horn. Le détroit de Magellan et le Canal de Beagle permettaient d'échapper (très relativement) à la violence des eaux du Horn et les armateurs de Punta Arenas faisaient fortune. La ville et cette partie de la Patagonie, toute entière consacrée à l'élevage des moutons, étaient à peu de choses près une propriété privée. Elles appartenaient à deux associés richissimes, Braun et Menendez et à leur société, La Anonima.

     Pour contrôler ainsi le pays, il y a bien sûr eu un peu de casse. Comme d'habitude ce sont les indiens qui vivaient là qui en ont fait les frais. Il a bien  fallu les massacrer un peu ! Une sorte de far-west patagon et ici comme ailleurs, l'appât du gain a vite eu raison d'éventuelles réticences morales. Il n'y a plus d'indiens aujourd'hui, mais les musées de la région rendent hommage à ces peuples et ces cultures disparus. Plus cruellement, au cimetière de Punta Arenas, un monument a été érigé, celui d'Indiecito, l'indien disparu en quelque sorte. On vient se recueillir ou demander protection en laissant des fleurs, une plaque ou une piécette. Un peu facile ou un peu cynique, ne peut-on s'empêcher de penser. Mais on sait aussi que les tueurs et les pillards sont venus d'Europe, comme en témoignent tous ces noms espagnols, allemands, français, croates, écossais... qu'on lit sur les tombes du cimetière. Des gens venus chercher fortune ou tout simplement gagner leur vie. N'empêche.

IMG_2863_2**

Indiecito

    IMG_2751_2

     À Punta Arenas, le paysage et le climat aidant, on commence à se sentir au bout du monde, même si certains signes nous rappellent "le pays".

     Le grand jour est arrivé : après plus de 13000 km par toutes sortes de chemins et de moyens de transport nous voyons enfin notre premier...

IMG_2785**

...pinguinus magellanicus !!!

IMG_2832_2 IMG_2803_2

IMG_2806_2 IMG_2798_2

IMG_2804_2

IMG_2843_2

Ce n'est donc pas une légende, les géants de Patagonie...

*******

IMG_2874_2 IMG_2877_2

Le Bahia Azul, extérieur et intérieur

 De Punta Arenas part un ferry qui, par le détroit de Magellan puis le Canal de Beagle rejoint l'île Navarino et sa capitale Puerto Williams (2500 habitants). C'est sans doute le ferry le plus inconfortable du monde (36 heures dans une cabine et des fauteuils dont ne voudrait pas une compagnie de bus bolivienne, quatre couchettes pour une vingtaine de passagers) mais le paysage sur le canal, fait de glaciers, de montagnes, de brumes et de fjords est, une fois de plus, sublime.

IMG_2931**

IMG_2937**

IMG_2958**

IMG_2981**IMG_2979**

IMG_3034**

IMG_3047_2

Puerto Williams

     À Puerto Williams (Chili), on est en face d'Ushuaïa (Argentine), donc plus au sud... d'un cheveu. Ici l'isolement, le fait aussi que l'agglomération fasse partie de la commune dite "du Cap Horn" procure vraiment la sensation d'être au bout du monde. Le cap lui-même est à 150 km, l'Antarctique à moins de mille.

     Avant que le ferry ne reparte vers Punta Arenas, nous irons encore un peu plus loin vers le sud avec lui, jusqu'au tout dernier hameau d'Amérique avant l'Antarctique, desservi une fois par mois seulement : Puerto Toro. Une nouvelle occasion de contempler pingouins, dauphins et albatros et otaries. Dans cette région, il y a trente ans, chiliens et argentins ont failli entrer en guerre pour quelques îlots stratégiques à l'entrée du Canal de Beagle.

IMG_3233**

IMG_3224_2

IMG_3117_2

IMG_3196_2 IMG_3189

IMG_3148_2

L'école la plus australe du monde

     Quelques touristes viennent sur l'île, certains pour le plaisir de naviguer dans ces eaux, ou plus loin encore, vers le Horn et l'Antarctique, d'autres pour faire le trek le plus austral du monde, en cinq jours, Las Dientes de Navarino.

IMG_3413**

     Mais c'est une rando qui ne se prend pas à la légère. Quand nous sommes arrivés à  Puerto Williams, à la pension de Cecilia, Cecilia était très inquiète. Deux jeunes américains étaient partis sept jours plus tôt et n'étaient toujours pas rentrés. Entretemps, malgré l'été, il y avait eu une tempête de neige sur l'île. Le soir même, John et Sarah sont arrivés, épuisés. Ils s'étaient perdus, puis avaient passé deux jours dans leur tente, bloqués par la neige.

IMG_3324 **

IMG_3393_2

     Le climat est à la fois épouvantable et fascinant. Presque chaque jour que nous avons passé sur l'île, nous y avons vu d'étonnants contrastes : neige, pluie, vent, arcs en ciel innombrables et grand beau temps... parfois dans la même journée : le bout du monde se fait respecter !

IMG_3390**

IMG_3066_2 IMG_3298**

IMG_3339**

     Mais cet été, nous a-t-on assuré, "n'est pas normal". Le climat change.

    IMG_3272** IMG_3281**

     Outre son isolement et son climat,  Puerto Williams restera pour nous le pays de l'accueil et de la chaleur humaine. Un soir, Cecilia, sa famille et ses amis pêcheurs organisent un "asado" offert à tous les touristes de la pension pour fêter le retour des deux américains.

IMG_3283** IMG_3278**

     Les jours suivants, ils nous gorgeront de crabe et de congre frais. Le crabe (la centolla et son petit cousin, le centollon), abondant et exporté vers les USA et le Japon, est la grande richesse de la région.

IMG_3330**IMG_3209**

     IMG_3417** Jaime, le pêcheur, vient jouer au mikado avec nous, le soir, et nous aurait bien emmené pêcher le centollon, mais le mauvais temps interdit toute sortie en mer...Pour nous consoler, il nous rapportera des lapas, jolis mollusques en forme de chaussons...

     IMG_3356_2** Eduardo, avocat de Santiago et conseiller juridique de la commune de  Puerto Williams, est tout heureux de nous montrer Puerto Toro et les dauphins du canal de Beagle, de nous emmener grimper sur le Cerro Bandera à côté de  Puerto Williams, de cuisiner pour nous un "caldillo de congrio" (soupe au congre célébrée par Pablo Neruda dans un poème) ou tout simplement de nous parler de ce pays extrême et de sa nature encore vierge et préservée. IMG_3244**                                                                  

IMG_3294

     Tous se disent "honorés" que des touristes viennent ainsi leur rendre visite au bout du monde.

    Les moments que nous avons vécus avec ces amis sont rares. Ils confirment et allègent un peu le sentiment d'être à un tournant de notre voyage (littéralement puisque désormais nous allons remonter vers le Nord... et la chaleur). Au revoir, Cordillère, nous avons fini de te suivre, après 5000 km, et il nous semble que les semaines qui viennent vont être une sorte d'épilogue.

     Remonter vers le Nord, ça commence par un saut de puce : aller de Puerto Williams à Ushuaïa, de l'autre côté du canal de Beagle. On passe une frontière, mais on reste en Patagonie. Pour ça, il n'y a pas vraiment de service fixe organisé, c'est un peu à la demande. Deux possibilités pour le passage : en zodiac depuis la pointe nord-ouest de l'île Navarino en 40 minutes (+ 2 heures pour venir de Puerto Williams), ou en avion de tourisme depuis Puerto Williams, en 15 minutes. C'est tout. Résultat, un prix stratosphérique. 100 dollars chacun ! Bing sur la tête ! Oui, nous dit-on, mais c'est une liaison internationale ! Ah bon, admettons. On a aussi essayé d'embarquer sur un des voiliers qui font du charter dans le canal de Beagle, vers le Cap Horn ou l'Antarctique, mais on n'a rien trouvé. De toutes façons, le prix aurait été sensiblement le même. Alors, va pour l'avion.

IMG_3420_3

IMG_3436_2 

IMG_3443_2

Ushuaïa d'en haut (et de loin ! )

     Comme Ushuaïa nous avait été décrite comme une ville hyper touristique, le "choc" n'a pas été trop grand et nous nous sommes plutôt bien sentis dans cette ville bizarre. Un slogan, "El fin del mundo", qui sent bon son agence de com', structure toute l'activité touristique. On a en particulier droit à une surprenante mise en avant de l'ancien bagne d'Ushuaïa, avec visite de la prison transformée en musée, vente de costumes rayés comme ceux des détenus, etc... Que du bon goût comme on voit !

IMG_3463_2

     Mais Ushuaïa aura aussi été pour nous le moment où nous avons dit au revoir aux Andes. Une dernière rando, un dernier "cerro", le Cerro Guanaco aux portes de la ville, du haut duquel on découvre une partie du canal, la baie d'Ushuaïa, l'île Navarino et une partie de la Terre de Feu. Mais la grimpette est ardue, la boue au rendez-vous et le froid vif au sommet. Les jambes font mal. On ne prend pas congé des Andes d'un vague bisou !

IMG_3476_2

IMG_3490_2

IMG_3484_2

IMG_3508

IMG_3164**

IMG_3086**

     Alors au revoir à vous aussi, lengas et coihues. Au revoir fjords et pingouins, glaciers, lobos marinos et petits lapins. Au revoir vents, pluies, neige et arcs en ciel. Cet incroyable bout du monde, glacé mais chaleureux, venté mais apaisant nous a séduits et nous a apportés des sensations parmi les plus belles du voyage. Nous ne sommes pas prêts de l'oublier.

     Au revoir Patagonie !

IMG_3051**

 

Posté par anniesteph à 14:39 - 9.Patagonie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


02 mars 2007

Les trois saveurs

VANILLE ...

Dibujo_1

IMG_2084_2

     Au village d'El Chalten, qui n'existe que pour ça, on attrape un chemin qui monte raide, et au bout d'un moment...

IMG_2021**

IMG_2022_2

*******

IMG_2027_2

Le Campamiento Poincenot

IMG_2057_2

IMG_2046_2

IMG_2053_2

Au pied du Fitzroy, la Laguna de los Tres

IMG_2035_2

Hi, Mike ! Le petit village s'est un peu effiloché, mais certains de ses habitants se croisent encore.

IMG_2052**

Le Mont Fitzroy, patron incontesté des lieux. Son nom indien "Chalten", signifie "le fumeur" parce qu'une écharpe de nuages accroche souvent son sommet. Mais aujourd'hui pas de chance, il a dû décider d'arrêter la clope! Enfin, c'est beau quand même, non ?

IMG_2049_2

IMG_2054_2

*******

FRAISE ...

Quatre-vingt kilomètres plus loin...

IMG_2089

Le glacier Perito Moreno

IMG_2092_2

IMG_2097_2

IMG_2102_2

IMG_2138_2

Les montagnes du fond sont à 14 kilomètres. Constamment réalimenté en neige, donc en glace, grâce à une configuration particulière des versants et des vallées dans la région, le Perito Moreno est un des rares glaciers au monde à ne pas reculer au fil des années et du réchauffement planétaire. Il maintient un équilibre et reste en place.

IMG_2106_2

De temps à autre, malgré tout, il vient au contact de la presqu'île qui lui fait face. La glace bloque alors le passage de l'eau et le niveau du lac monte. Au bout d'un moment, la pression de l'eau est telle que la glace se fissure et finit par craquer. Grand spectacle assuré !

La dernière fois c'était en 2004.

IMG_2105**

IMG_2120**

IMG_2122**

Un sacré bloc de glace vient de tomber

IMG_2131_2

IMG_2133**

*******

CHOCOLAT !

IMG_2153_2 IMG_2174**

La Patagonie est un espace gigantesque (1,5 fois la France) et peu peuplé. Pour tenter de rattraper son retard économique et compenser les effets de la crise qui, en 2002, a ruiné l'Argentine, elle a misé sur le tourisme. Mais les prix sont astronomiques. Ils le sont pour les touristes, mais aussi pour les habitants.

En revanche la terre, ces grands espaces vierges, est, elle, encore relativement bon marché, du moins selon les standards nord-américains ou européens et souvent rachetée à coup de millions d'hectares par des milliardaires comme Benetton (Vêtements et équipe de Formule 1), Ted Turner (CNN) ou Tompkins, l'homme de Pumalin.

IMG_2183**IMG_2190_2

Voyager, par ici, c'est jouer à saute-frontière... On repasse donc au Chili. Bus et bateau... destination, la rando dite du "W" dans le parc Torres del Paine......

IMG_2626**

Quatre jours de marche ! On crève d'envie de faire le grand tour, mais on manque de temps, de matériel (il faut une tente et tout ce qui va avec), et p'têt aussi un p'ti peu d'énergie !

IMG_2189**

EL PAINE (à gauche, los Cuernos).

IMG_2252_2

IMG_2255_2

IMG_2224**

IMG_2214_2

IMG_2228

IMG_2240**

Au bout de la première branche du W, encore un glacier et son lac : les Grey

IMG_2215**

IMG_2234_2  IMG_2335_0

IMG_2333**IMG_2245**IMG_2227**

Au matin, du deuxième jour, il faut partir très tôt

IMG_2201_2

IMG_2191_2

Au bord du lac Péhoé

IMG_2259**

Le Glaciar del Francés dans... la Valle del Francés ! Qui c'est ce français ? Ben, on sait pas.

IMG_2264**

IMG_2282_2

IMG_2256_2

IMG_2278**

IMG_2276**

IMG_2287**

IMG_2296**

IMG_2315_2

Tempête sur le lac Nordenskjöld.

IMG_2343_2

IMG_2342_2

IMG_2347_2

Le ciruelillo,  Il y en a partout.

IMG_2341_2

IMG_2294_2 IMG_2337_2 IMG_2322_2

IMG_2348**

On approche du refuge Chileno : tant mieux, on n'a plus de jambes !

IMG_2390_2

Dernier jour, dernier effort : grimper ce pierrier

Et tout en haut...

IMG_2350

IMG_2371_2

IMG_2352**

Las Torres del Paine

IMG_2370**

et à côté "les poupées russes"...

IMG_2383_2

A plus, les copains !

******

     On vous doit une explication : pourquoi les trois saveurs ? Un soir, au restaurant, à Puerto Natales, on cherchait un titre pour cette note : les trois merveilles de la Patagonie ? Non. Les trois grâces ? Bof. Trilogie patagone ? Pas terrible. Et puis au dessert, on commande une glace. Au choix : vanille, fraise ou chocolat. Ou alors, suprême raffinement, les trois ensemble, modestement baptisées "Trois saveurs". On se dit "Bingo! Voilà le titre." Le lendemain, l'enthousiasme passé, on s'est bien rendu compte que c'était pas génial non plus, mais bon, on l'a conservé pour garder le souvenir d'une bonne soirée.

      On vous fait la bise.

Posté par anniesteph à 17:51 - 9.Patagonie - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 février 2007

Tranquilo

IMG_1268 **

*******    

     Au nord de Chiloé, sur le continent, on trouve Puerto Montt. C'est un port et l'ultime ville d'importance du Chili, à l'exception de Punta Arenas à l'extrême sud du pays.

     A Puerto Montt débute véritablement un autre monde, celui du Grand Sud. Passée la ville, on entre dans la mythique et légendaire Patagonie. La géographie n'a que faire des frontières fabriquées par l'histoire. Aussi, la Patagonie s'étend-elle aussi bien au Chili qu'en Argentine. C'est un pays fait de steppes et de montagnes, de vent, de pluie et de glaciers, territoire de peuples indiens aujourd'hui disparus qui sillonnaient les fjords avec leur famille à bord de leur demeure et unique bien, leur pirogue. D'eux, il ne subsiste aujourd'hui plus grand chose d'autre que leurs noms,  Tehuelche, Onas ou Alacalufes et un dictionnaire Yaghan-Anglais.

IMG_1241_2

     Côté chilien, au delà de Puerto Montt, on ne peut donc plus guère parler de villes. Juste de villages, quelques dizaines en tout, certains plus gros que les autres, et le plus souvent des hameaux ou des fermes isolées. Ces régions, à l'accès et au climat difficiles n'ont été colonisées que tardivement et la plupart des agglomérations, pendant longtemps simples comptoirs, n'ont que quatre-vingt ou cent ans d'âge.

     C'est donc là que commence la Carretera Austral, la Route du Sud, piste taillée dans les montagnes et les forêts à partir des années soixante-dix/quatre-vingt pour développer le sud et exploiter ses richesses naturelles. L'idée en revient officiellement au sinistre Pinochet. Dans les années trente, Hitler avait créé le réseau d'autoroutes en Allemagne : les dictateurs auraient-ils un faible pour le développement des voies de communication ? Quoi qu'il en soit, la Carretera Austral permet de rendre accessibles par voie terrestre des localités qui, jusque là, ne l'étaient que par la mer, les airs... ou l'Argentine !

IMG_1247_2

     Une bizarrerie quand même, le Parc Pumalin, vaste propriété privée qui s'étend de l'océan à la frontière argentine. Il appartient à un milliardaire américain (du Nord !), Douglas Tompkins, qui, depuis les années soixante achète des hectares de nature dans un souci de préservation de l'environnement et d'éducation à l'écologie. De fait, les espèces sont protégées à l'intérieur de Pumalin. Tompkins clame qu'il compte donner au parc un statut de "Sanctuaire naturel" et en faire don à une ONG chilienne. Mais évidemment, un pays coupé en deux par une propriété privée, même pour de louables raisons... le débat fait rage ! D'autant que la Carretera Austral s'interrompt à l'entrée du parc (il faut prendre un ferry pour le contourner) et que Tompkins et l'état chilien doivent encore se mettre d'accord pour la construction du tronçon manquant.

*******

IMG_1254_2

  Chaiten, la place, un soir d'été.

     De Chiloé, sur un océan Pacifique plat comme la Hollande ce jour là, nous avons pris le ferry pour rejoindre Chaiten et la fameuse route. Jusqu'à la dernière agglomération, Villa O'Higgins, il y a 1200 km de forêts, de montagnes, de plantes géantes, de glaciers, de fjords (nos premiers fjords !), de cascades, de torrents, de maisons en bois, de rivières et de lacs, véritables paradis des pêcheurs de truite et de saumon. Un paysage somptueux de nature brute, presque sans blessure, où on se sent minuscule et apaisé.

IMG_1277_2

IMG_1305**

IMG_1300_3 IMG_1264_3

IMG_0998**

IMG_1388_2

Arbres calcinés par d'incontrôlables incendies.

Le plus long, dans les années quarante, a duré trois ans.

IMG_1338**

Le calafate, miam!

     Au delà de Villa O'Higgins la route s'arrête. Ça ne passe plus. Le Campo de Hielo (le Champ de glace), gigantesque étendue de montagnes couvertes de glaciers coupe le Chili en deux. Etrange destin que celui de ce pays étroit.

*******

IMG_1257_2    De Chaiten, où nous avons dormi chez "Violeta" , les bus "Daniela" nous font franchir la première étape jusqu'à Coyhaique. Seize heures tressautantes pour 350 km.

     Coyhaique est une ville sans grand intérêt dont la principale curiosité est sa Plaza de Armas, pour une fois pas carrée mais en forme de pentagone. Du coup, comme une partie des rues reste parallèle aux côtés de la place, on se prend un peu le chou quand on cherche à s'y retrouver... surtout pour qui s'est habitué à l'austère mais pratique quadrillage des villes sud-américaines !

IMG_1506_2

Très tranquille, Tranquilo...

    Après Coyhaique, nous faisons halte à Puerto Rio Tranquilo, au bord du lac General Carrera (beaucoup de noms de militaires dans le coin : la colonisation, encore et toujours) le second lac en étendue d'Amérique du sud après le Titicaca.

IMG_1417_2

Le lendemain...

IMG_1492_2

IMG_1480_2

Tout ça, c'est du marbre, du vrai !

      Après la visite de la "Cathédrale de marbre", nous avons l'intention de faire une excursion sur le Glaciar de los Exploradores (à deux cents mètres d'altitude !). Pour le rejoindre il faut s'éloigner de la Carretera Austral et prendre une autre route qui part plein ouest, vers l'océan. Mais pour atteindre le glacier, il n'y a que des taxis... très chers. Ou alors une combinaison d'auto-stop et de marche à pied !

IMG_1512_2  IMG_1517

     A vrai dire la marche fonctionne mieux que le stop. Au bout de 25 km, quatre heures et quatre voitures de touristes passées devant nous sans s'arrêter (un camion et la camionette d'un éleveur de chevaux nous ont fait faire quelques kilomètres), un pick up s'arrête enfin. Au volant, il y a Thomas, un allemand qui a acheté plusieurs hectares de terrain, un "campo", et s'est installé ici. Avec sa femme, Catherine, et un artisan du coin ils ont construit un hôtel en pleine nature, à des kilomètres de toute habitation.

_2

     Le lendemain, Thomas nous conduit au glacier où nous rencontrons Francisco, le guide, qui a monté sa petite affaire de balades sur le glacier. En attendant l'arrivée des autres touristes avec qui nous allons constituer un groupe, Francisco, un ancien architecte de Santiago qui a craqué pour la Patagonie, nous emmène à travers son "campo", les hectares de forêt qu'il possède, jusqu'au bout de la route, qui s'arrête brusquement.

IMG_1547_2

     On est à environ 60 km de Puerto Rio Tranquilo et à 15 du Pacifique (enfin, du dédale de fjords et de canaux par lequel pénètre le Pacifique.) Une fois que la route sera terminée, l'accès à une des merveilles de la région, la Laguna San Rafael et ses glaciers sera infiniment plus facile. Mais depuis deux ans, le chantier est arrêté. Peut-être que ça ne plaît pas trop à la compagnie de navigation et aux compagnies aériennes qui ont un monopole de fait sur la lagune et y amènent les touristes à prix d'or depuis le Nord.

     En attendant, la terre n'est pas chère ici, d'autant que l'endroit est trop encaissé et le sol trop acide pour être cultivé.

IMG_1549_2

IMG_1550_2

IMG_1557_2

*******

Interlude :

PETITE BALADE SUR GLACIER

IMG_1700**

IMG_1582_2

Sous les cailloux, la glace...

IMG_1599**

IMG_1624_2

IMG_1628_2

IMG_1692_2

IMG_1638_2

IMG_1646_2

Dibujo_1

IMG_1672_2

IMG_1695_2

IMG_1651

IMG_1654_2

IMG_1659_2

IMG_1688_2

IMG_1674_2

IMG_1678_2

IMG_1706_2

IMG_1716_2

IMG_1721_2

(FIN DE L'INTERLUDE)

*******

     Quelques jours plus tôt, à Coyhaique, où l'on trouve les derniers cybercafés et distributeurs d'argent, les deux mamelles du voyage au vingt et unième siècle, nous nous étions rendu compte que les voyageurs qui descendent vers le sud ont un choix d'itinéraire à faire. La plupart passent en Argentine et continuent vers El Calafate et le glacier Perito Moreno. Les autres, ceux qui sont attirés par les "bouts de la route", les "fins du monde", les frontières en tous genres, restent sur la Carretera Austral. Evidemment, nous en sommes !

     Plus on va au sud et moins les bus sont fréquents. Deux ou trois par semaine, guère plus, par tronçon de 300 kilomètres environ.

     Ainsi se constitue une petite communauté de voyageurs, un petit village sur roues dont les habitants se perdent de vue et se retrouvent au gré des haltes, des décalages de bus et des cohabitations dans les peu nombreux "hospedajes". Après Puerto Rio Tranquillo, il y a Cochrane (un parc national, le 47ème degré de latitude sud, et c'est tout), Caleta Tortel, joli village de pêcheurs et de bûcherons au fond d'un fjord où il n'y a pas de rues mais uniquement des passerelles de bois, et enfin Villa O'Higgins. Le bout de la route.

IMG_1770_2

IMG_1767_2

IMG_1768_2

IMG_1760_2

IMG_1798_2

    Le petit village sur roues est un vrai village avec ses affinités et ses inimitiés, ses histoires d'amour fugitives, ses commérages, ses moments de convivialité, ses rumeurs. Nous y croisons Anouk et Pierre, des français qui vivent en Angleterre (encore !) et sont partis en voyage pour six mois, Maragarita l'italienne qui voyage seule, Andres et Johanna, doux suisses rêveurs, Alex, l'énergique infirmier allemand, Koen, le blondinet d'Anvers et Anita sa copine anglaise, Fred et Stéphane, montagnards du Champsaur partis pour randonner sur tout ce qui se parcourt et se grimpe entre Bariloche (Argentine) et Puerto Natales (Chili), Jan le polyglotte et Patricia la chilienne, un pique-assiette américain de l'Idaho dont nous sommes tellement tenus à l'écart que nous ne connaissons même pas son nom, Ferran, retraité espagnol à katogan, Thomas et Debbie, un couple anglais et leur ami Mike, prof de philo et de sciences sociales, qui sera chargé d'une mission de confiance par Annie.

IMG_1800_2

     Un beau jour, tout ce petit monde se retrouve en attente à Villa O'Higgins. Nous y sommes accueillis par un vrai temps patagon : du vent (et pas qu'un peu), de la pluie, du froid et de la neige. Bonne nouvelle, on est en été !

IMG_1806_2

IMG_1823_2

     Sauf qu'en réalité Villa O'Higgins, ce n'est pas vraiment le bout de la route !

     Et tous ceux qui sont là ont le même projet en tête : passer en Argentine par un sentier et un petit col de montagne à pied, à cheval ou en vélo. C'est plus rigolo comme ça !

IMG_1847_2

     L'itinéraire est simple : droit vers le sud ! On prend le bateau qui, deux fois par semaine, traverse le lac O'Higgins, on fait les 25 kilomètres qui séparent les gendarmes chiliens de leurs collègues argentins, on reprend un bateau pour traverser un nouveau lac, la Laguna del Desierto, puis un bus et on arrive à El Chalten, au pied du Fitzroy.

     Nous ferons le parcours en deux jours en ajoutant une excursion en bateau au glacier O'Higgins qui se jette dans le lac plus à l'ouest. Le vent souffle fort et ça secoue dur, ce jour-là. Mais le spectacle du glacier et de ses teintes bleutées est à la hauteur et vaut toutes les douches glacées prises sur le pont du bateau !

IMG_1865_2

IMG_1867**

**IMG_1879

IMG_1901**

**IMG_1891

IMG_1889_2

Avec Felipe.

Le whisky est offert par la compagnie et la glace vient du glacier lui-même !!

(C'est le commandant qui nous l'a dit, donc c'est vrai. Non ?)

     Après une nuit sur la rive chilienne, nous partons à pied tandis que nos sacs sont portés par des chevaux. Nous traversons une forêt aux lumières subtiles, remplie de lengas, de ñires, de coihues, tous de la famille des nothofagus. Ce bon vieux fayard ! Au milieu d'eux nous nous sentons bien, émus de retrouver ces silhouettes et ces sous-bois que nous aimons tant parcourir dans les Cévennes.

IMG_2002_2

IMG_1952_2 IMG_1953_2

IMG_1959_2

IMG_1979_2  IMG_1981**

     A l'arrivée, les flics argentins rigolent et nous chambrent en voyant nos passeports. Hier, il y a eu un match de foot à Paris : Argentine 1, France 0 !

        IMG_1955_2

Posté par anniesteph à 19:31 - 9.Patagonie - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1