histoires de voir

Chemins en Amérique du sud...et ailleurs

23 février 2007

Tranquilo

IMG_1268 **

*******    

     Au nord de Chiloé, sur le continent, on trouve Puerto Montt. C'est un port et l'ultime ville d'importance du Chili, à l'exception de Punta Arenas à l'extrême sud du pays.

     A Puerto Montt débute véritablement un autre monde, celui du Grand Sud. Passée la ville, on entre dans la mythique et légendaire Patagonie. La géographie n'a que faire des frontières fabriquées par l'histoire. Aussi, la Patagonie s'étend-elle aussi bien au Chili qu'en Argentine. C'est un pays fait de steppes et de montagnes, de vent, de pluie et de glaciers, territoire de peuples indiens aujourd'hui disparus qui sillonnaient les fjords avec leur famille à bord de leur demeure et unique bien, leur pirogue. D'eux, il ne subsiste aujourd'hui plus grand chose d'autre que leurs noms,  Tehuelche, Onas ou Alacalufes et un dictionnaire Yaghan-Anglais.

IMG_1241_2

     Côté chilien, au delà de Puerto Montt, on ne peut donc plus guère parler de villes. Juste de villages, quelques dizaines en tout, certains plus gros que les autres, et le plus souvent des hameaux ou des fermes isolées. Ces régions, à l'accès et au climat difficiles n'ont été colonisées que tardivement et la plupart des agglomérations, pendant longtemps simples comptoirs, n'ont que quatre-vingt ou cent ans d'âge.

     C'est donc là que commence la Carretera Austral, la Route du Sud, piste taillée dans les montagnes et les forêts à partir des années soixante-dix/quatre-vingt pour développer le sud et exploiter ses richesses naturelles. L'idée en revient officiellement au sinistre Pinochet. Dans les années trente, Hitler avait créé le réseau d'autoroutes en Allemagne : les dictateurs auraient-ils un faible pour le développement des voies de communication ? Quoi qu'il en soit, la Carretera Austral permet de rendre accessibles par voie terrestre des localités qui, jusque là, ne l'étaient que par la mer, les airs... ou l'Argentine !

IMG_1247_2

     Une bizarrerie quand même, le Parc Pumalin, vaste propriété privée qui s'étend de l'océan à la frontière argentine. Il appartient à un milliardaire américain (du Nord !), Douglas Tompkins, qui, depuis les années soixante achète des hectares de nature dans un souci de préservation de l'environnement et d'éducation à l'écologie. De fait, les espèces sont protégées à l'intérieur de Pumalin. Tompkins clame qu'il compte donner au parc un statut de "Sanctuaire naturel" et en faire don à une ONG chilienne. Mais évidemment, un pays coupé en deux par une propriété privée, même pour de louables raisons... le débat fait rage ! D'autant que la Carretera Austral s'interrompt à l'entrée du parc (il faut prendre un ferry pour le contourner) et que Tompkins et l'état chilien doivent encore se mettre d'accord pour la construction du tronçon manquant.

*******

IMG_1254_2

  Chaiten, la place, un soir d'été.

     De Chiloé, sur un océan Pacifique plat comme la Hollande ce jour là, nous avons pris le ferry pour rejoindre Chaiten et la fameuse route. Jusqu'à la dernière agglomération, Villa O'Higgins, il y a 1200 km de forêts, de montagnes, de plantes géantes, de glaciers, de fjords (nos premiers fjords !), de cascades, de torrents, de maisons en bois, de rivières et de lacs, véritables paradis des pêcheurs de truite et de saumon. Un paysage somptueux de nature brute, presque sans blessure, où on se sent minuscule et apaisé.

IMG_1277_2

IMG_1305**

IMG_1300_3 IMG_1264_3

IMG_0998**

IMG_1388_2

Arbres calcinés par d'incontrôlables incendies.

Le plus long, dans les années quarante, a duré trois ans.

IMG_1338**

Le calafate, miam!

     Au delà de Villa O'Higgins la route s'arrête. Ça ne passe plus. Le Campo de Hielo (le Champ de glace), gigantesque étendue de montagnes couvertes de glaciers coupe le Chili en deux. Etrange destin que celui de ce pays étroit.

*******

IMG_1257_2    De Chaiten, où nous avons dormi chez "Violeta" , les bus "Daniela" nous font franchir la première étape jusqu'à Coyhaique. Seize heures tressautantes pour 350 km.

     Coyhaique est une ville sans grand intérêt dont la principale curiosité est sa Plaza de Armas, pour une fois pas carrée mais en forme de pentagone. Du coup, comme une partie des rues reste parallèle aux côtés de la place, on se prend un peu le chou quand on cherche à s'y retrouver... surtout pour qui s'est habitué à l'austère mais pratique quadrillage des villes sud-américaines !

IMG_1506_2

Très tranquille, Tranquilo...

    Après Coyhaique, nous faisons halte à Puerto Rio Tranquilo, au bord du lac General Carrera (beaucoup de noms de militaires dans le coin : la colonisation, encore et toujours) le second lac en étendue d'Amérique du sud après le Titicaca.

IMG_1417_2

Le lendemain...

IMG_1492_2

IMG_1480_2

Tout ça, c'est du marbre, du vrai !

      Après la visite de la "Cathédrale de marbre", nous avons l'intention de faire une excursion sur le Glaciar de los Exploradores (à deux cents mètres d'altitude !). Pour le rejoindre il faut s'éloigner de la Carretera Austral et prendre une autre route qui part plein ouest, vers l'océan. Mais pour atteindre le glacier, il n'y a que des taxis... très chers. Ou alors une combinaison d'auto-stop et de marche à pied !

IMG_1512_2  IMG_1517

     A vrai dire la marche fonctionne mieux que le stop. Au bout de 25 km, quatre heures et quatre voitures de touristes passées devant nous sans s'arrêter (un camion et la camionette d'un éleveur de chevaux nous ont fait faire quelques kilomètres), un pick up s'arrête enfin. Au volant, il y a Thomas, un allemand qui a acheté plusieurs hectares de terrain, un "campo", et s'est installé ici. Avec sa femme, Catherine, et un artisan du coin ils ont construit un hôtel en pleine nature, à des kilomètres de toute habitation.

_2

     Le lendemain, Thomas nous conduit au glacier où nous rencontrons Francisco, le guide, qui a monté sa petite affaire de balades sur le glacier. En attendant l'arrivée des autres touristes avec qui nous allons constituer un groupe, Francisco, un ancien architecte de Santiago qui a craqué pour la Patagonie, nous emmène à travers son "campo", les hectares de forêt qu'il possède, jusqu'au bout de la route, qui s'arrête brusquement.

IMG_1547_2

     On est à environ 60 km de Puerto Rio Tranquilo et à 15 du Pacifique (enfin, du dédale de fjords et de canaux par lequel pénètre le Pacifique.) Une fois que la route sera terminée, l'accès à une des merveilles de la région, la Laguna San Rafael et ses glaciers sera infiniment plus facile. Mais depuis deux ans, le chantier est arrêté. Peut-être que ça ne plaît pas trop à la compagnie de navigation et aux compagnies aériennes qui ont un monopole de fait sur la lagune et y amènent les touristes à prix d'or depuis le Nord.

     En attendant, la terre n'est pas chère ici, d'autant que l'endroit est trop encaissé et le sol trop acide pour être cultivé.

IMG_1549_2

IMG_1550_2

IMG_1557_2

*******

Interlude :

PETITE BALADE SUR GLACIER

IMG_1700**

IMG_1582_2

Sous les cailloux, la glace...

IMG_1599**

IMG_1624_2

IMG_1628_2

IMG_1692_2

IMG_1638_2

IMG_1646_2

Dibujo_1

IMG_1672_2

IMG_1695_2

IMG_1651

IMG_1654_2

IMG_1659_2

IMG_1688_2

IMG_1674_2

IMG_1678_2

IMG_1706_2

IMG_1716_2

IMG_1721_2

(FIN DE L'INTERLUDE)

*******

     Quelques jours plus tôt, à Coyhaique, où l'on trouve les derniers cybercafés et distributeurs d'argent, les deux mamelles du voyage au vingt et unième siècle, nous nous étions rendu compte que les voyageurs qui descendent vers le sud ont un choix d'itinéraire à faire. La plupart passent en Argentine et continuent vers El Calafate et le glacier Perito Moreno. Les autres, ceux qui sont attirés par les "bouts de la route", les "fins du monde", les frontières en tous genres, restent sur la Carretera Austral. Evidemment, nous en sommes !

     Plus on va au sud et moins les bus sont fréquents. Deux ou trois par semaine, guère plus, par tronçon de 300 kilomètres environ.

     Ainsi se constitue une petite communauté de voyageurs, un petit village sur roues dont les habitants se perdent de vue et se retrouvent au gré des haltes, des décalages de bus et des cohabitations dans les peu nombreux "hospedajes". Après Puerto Rio Tranquillo, il y a Cochrane (un parc national, le 47ème degré de latitude sud, et c'est tout), Caleta Tortel, joli village de pêcheurs et de bûcherons au fond d'un fjord où il n'y a pas de rues mais uniquement des passerelles de bois, et enfin Villa O'Higgins. Le bout de la route.

IMG_1770_2

IMG_1767_2

IMG_1768_2

IMG_1760_2

IMG_1798_2

    Le petit village sur roues est un vrai village avec ses affinités et ses inimitiés, ses histoires d'amour fugitives, ses commérages, ses moments de convivialité, ses rumeurs. Nous y croisons Anouk et Pierre, des français qui vivent en Angleterre (encore !) et sont partis en voyage pour six mois, Maragarita l'italienne qui voyage seule, Andres et Johanna, doux suisses rêveurs, Alex, l'énergique infirmier allemand, Koen, le blondinet d'Anvers et Anita sa copine anglaise, Fred et Stéphane, montagnards du Champsaur partis pour randonner sur tout ce qui se parcourt et se grimpe entre Bariloche (Argentine) et Puerto Natales (Chili), Jan le polyglotte et Patricia la chilienne, un pique-assiette américain de l'Idaho dont nous sommes tellement tenus à l'écart que nous ne connaissons même pas son nom, Ferran, retraité espagnol à katogan, Thomas et Debbie, un couple anglais et leur ami Mike, prof de philo et de sciences sociales, qui sera chargé d'une mission de confiance par Annie.

IMG_1800_2

     Un beau jour, tout ce petit monde se retrouve en attente à Villa O'Higgins. Nous y sommes accueillis par un vrai temps patagon : du vent (et pas qu'un peu), de la pluie, du froid et de la neige. Bonne nouvelle, on est en été !

IMG_1806_2

IMG_1823_2

     Sauf qu'en réalité Villa O'Higgins, ce n'est pas vraiment le bout de la route !

     Et tous ceux qui sont là ont le même projet en tête : passer en Argentine par un sentier et un petit col de montagne à pied, à cheval ou en vélo. C'est plus rigolo comme ça !

IMG_1847_2

     L'itinéraire est simple : droit vers le sud ! On prend le bateau qui, deux fois par semaine, traverse le lac O'Higgins, on fait les 25 kilomètres qui séparent les gendarmes chiliens de leurs collègues argentins, on reprend un bateau pour traverser un nouveau lac, la Laguna del Desierto, puis un bus et on arrive à El Chalten, au pied du Fitzroy.

     Nous ferons le parcours en deux jours en ajoutant une excursion en bateau au glacier O'Higgins qui se jette dans le lac plus à l'ouest. Le vent souffle fort et ça secoue dur, ce jour-là. Mais le spectacle du glacier et de ses teintes bleutées est à la hauteur et vaut toutes les douches glacées prises sur le pont du bateau !

IMG_1865_2

IMG_1867**

**IMG_1879

IMG_1901**

**IMG_1891

IMG_1889_2

Avec Felipe.

Le whisky est offert par la compagnie et la glace vient du glacier lui-même !!

(C'est le commandant qui nous l'a dit, donc c'est vrai. Non ?)

     Après une nuit sur la rive chilienne, nous partons à pied tandis que nos sacs sont portés par des chevaux. Nous traversons une forêt aux lumières subtiles, remplie de lengas, de ñires, de coihues, tous de la famille des nothofagus. Ce bon vieux fayard ! Au milieu d'eux nous nous sentons bien, émus de retrouver ces silhouettes et ces sous-bois que nous aimons tant parcourir dans les Cévennes.

IMG_2002_2

IMG_1952_2 IMG_1953_2

IMG_1959_2

IMG_1979_2  IMG_1981**

     A l'arrivée, les flics argentins rigolent et nous chambrent en voyant nos passeports. Hier, il y a eu un match de foot à Paris : Argentine 1, France 0 !

        IMG_1955_2

Posté par anniesteph à 19:31 - 9.Patagonie - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


20 février 2007

Une semaine à Chiloé

Le Blog, le retour ! Après quelques semaines de "vacances", photos et souvenirs s'accumulent. Petite sélection.

*******

IMG_0918_2

IMG_0988_2

*******

L'île de Chiloé n'est pas réputée pour la douceur de son climat : 300 jours de pluie par an et le Pacifique souvent en fureur ! Chiloé, c'est cette espèce de rectangle qu'on aperçoit sur la carte du Chili, juste avant que la côte ne commence à s'effilocher en un entrelacs d'îles et de fjords.

IMG_0947_2

IMG_0939_2

IMG_1003**

IMG_1012_2

A l'Ouest de l'île, sur la plage interminable qui fait face au large, on trouve la nalca aux larges feuilles, une cousine de la rhubarbe. On y récolte aussi une algue, le cochayuyo, fréquemment utilisée dans la cuisine chilote, en particulier pour le délice local, le curanto : porc fumé, poulet (quelle surprise !), moules, palourdes, etc...

IMG_0949_2

IMG_1020_2

IMG_0965_2

IMG_0979_2

Colé-Colé

*******

IMG_0973_2

IMG_0994**

IMG_1046_2

Du bois, du bois, du bois...

IMG_1028_2

IMG_0937_2

IMG_1065_2

IMG_1139_2

IMG_1147_2

IMG_1169_2

IMG_1175_2

Les "palafitos" à Castro, la capitale de l'île...

IMG_1121_0

IMG_1128_2

...et l'église d'Achao. L'Unesco a inscrit une centaine d'églises en bois de Chiloé sur la liste du Patrimoine mondial.

*******

IMG_1097_2

IMG_1102_0

IMG_1118_0

IMG_1160**

IMG_1156_2

A Chiloé nous avons eu le sentiment de rencontrer un Chili plus authentique, en tous cas plus populaire et plus humain. Loin de Santiago, moderne, hyperactive et bureaucratique ou de Pucon, si agréable mais si touristique. Ici la population a le type indien, comme au Pérou et en Bolivie.

La culture aussi est indienne, bourrée de croyances, mythes et légendes de toutes sortes, auxquelles s'ajoutent des pratiques secrètes de sorcellerie. Les jésuites ont évangélisé l'île au 16ème siècle. Comme dans les missions amazoniennes d'Argentine, ils ont défendu les indiens surexploités et maltraités par les colons et l'armée espagnole, mais ils ne sont pas parvenus à éradiquer les croyances ancestrales.

Alors, à Chiloé, certaines nuits, ou certains jours de brouillard, les malchanceux peuvent encore croiser des créatures fabuleuses mais toujours méchantes !

IMG_1185_2 IMG_1187_2 IMG_1188_2

IMG_1186_2

Posté par anniesteph à 21:32 - 8.Chili - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 janvier 2007

"¡ En Chile, todo es posible !"

IMG_0694_2IMG_0673_2IMG_0704_2

IMG_0632_2IMG_0607_2IMG_0664_2

IMG_0567_2IMG_0642_2IMG_0662_2

     Dans le parc Huerquehue, c'est le plein été.Il y a des fleurs, des tas de fleurs et des tas de couleurs.

     Dans le parc Huerquehue, il y a des lacs avec des truites (où on peut aussi se baigner), et puis des pins araucarias. Il y a des sentiers pour randonner pendant des heures, des sentiers qui font mal aux jambes tant ils montent raide. Mais quand on est en haut et qu'on voit le paysage en panoramique...!

IMG_0610_2

     On les a donc arpentés pendant deux jours de crêtes en lacs dans le calme du petit matin.

IMG_0732_2

IMG_0863_2

     Dans le parc Huerquehue , il y a un bien joli refuge au bord du lac Tinquilco. Le cadre est merveilleux, la lumière pure, le silence absolu. Rarement nous avons eu le sentiment d'être autant immergés en pleine nature !

IMG_0749_2

     On est chez Alicia, qui dit vivre "au pays des merveilles" et qui cuisine des plats savoureux, roboratifs et sur demande végétariens pour les randonneurs.

     Depuis le parc Huerquehue, on aperçoit l'attraction de la région, sa plus haute montagne, le volcan Villarica.

IMG_0707**

    

     C'est comme ça qu'un matin, sur le coup des 7 heures, on se retrouve en compagnie d'un guide, des chaussures de montagne aux pieds, et sur le dos un sac rempli de bazar genre guêtres, crampons et piolet. D'autres naïfs qui, comme nous, veulent monter sur le volcan sont de la partie. Il y a Jonathan, un anglais, producteur à la BBC, Anaïs, une jeune prof venue de Nouvelle Calédonie, et Jules qui vit à Tahiti. Sans oublier le guide, Alex, et une élève-guide, Maria Luisa. L'ascension dure normalement entre 4 et 5 heures pour 1000 mètres de dénivelé. Le volcan Villarica n'est pas très haut (2845 mètres) mais malgré tout, des neiges quasi éternelles l'habillent. Aussi la plus grande partie de la marche se fait-elle dans la neige.

     Vers 8h30, les minibus des agences amènent les randonneurs au pied d'un télésiège qui permet d'éviter 400 mètres de dénivellé supplémentaires. Enfin, s'il n'y a pas trop de vent parce que sinon... pas de télésiège! Et dans ce cas il faut monter à pied. Ceux qui l'ont fait nous ont raconté que c'est pas franchement confortable, parce que la pente est couverte d'une sorte de gravier d'origine volcanique et qu'on fait deux pas en avant, un en arrière.

IMG_0757_2

          Pour monter, il faut en plus que le vent ne rabatte pas les émanations soufrées  sur les marcheurs. Donc, il y a des jours où on arrive au pied du télésiège et où le guide annonce : "Désolé, pas aujourd'hui."

IMG_0769_2

       Mais nous, on a de la chance. Malgré un vent justement pas très favorable notre guide décide de faire l'ascension. Le rythme de la marche en haute montagne, très lent, régulier, n'est pas celui des randonnées que nous faisons habituellement. C'est le guide qui l'imprime. Ça nous plaît et au début c'est facile. Celà dit, marcher dans la neige, ça fatigue ! Et puis au bout d'un moment, fatalement, la pente devient plus raide et plus difficile ! Mais on dit rien, question de fierté, et puis c'est bon de chercher ses limites, toujours plus éloignées qu'on ne le croit.

     Un peu après mi-pente, ça se corse encore. Pour éviter les fumées toxiques Alex, qui trouve que le groupe avance bien, décide de suivre un autre parcours que le parcours "classique". C'est juste un peu plus pentu, genre 45 º !

IMG_0786_2    IMG_0783_2

IMG_0786_2   IMG_0783_2

         Dans le groupe, chacun assure. Mais tandis que les uns évitent de trop regarder vers le bas ( Maman, j'ai le vertige !), les autres se régalent du bleu transparent des crevasses en contrebas.

IMG_0789_2

     Comme c'est aussi un peu plus glacé, on enfile les crampons... et le piolet trouve sa véritable utilité !

     Au bout de quatre heures, soufflants et ahanants, notre groupe parvient en haut. Et en ayant fait un détour encore ! Il souffle un vent glacial et à décorner les boeufs. Peu importe, parce que, "Victoire !", on est les premiers à arriver et à pouvoir se pavaner. Deux groupes arrivent peu après nous par le chemin "normal". Mais la plupart des autres ont renoncé à monter aujourd'hui. Petit moment d'auto-satisfaction.

DSC08118_2 DSC08117_2

     Evidemment, là-haut, la vue est plus que magnifique, à 360º, avec tous les lacs et sommets de la région, y compris le Cerro San Sebastian, sur lequel nous étions deux jours plus tôt.

DSC08093_2

     Pour la descente, c'est plus simple et plus rapide. On se met sur les fesses et on se laisse glisser ! Il y a des traces et ça fait comme un toboggan, du bobsleigh ou de la luge, au choix.

     Très rigolo !

     En moins d'une heure on est en bas ! Alors on lève les yeux vers le sommet et on se dit : "Ouais ! J'y étais !"

     Passons rapidement sur la journée suivante : comme on avait envie de se bouger pendant notre séjour dans cette région des lacs, on avait décidé de se faire une petite virée en VTT histoire d'aller voir le lac de Caburga. Oh, pas grand chose, un genre de digestif après le volcan, juste une cinquantaine de kilomètres !

IMG_0805_2

     Le lac a l'air bien joli, mais nous on était tellement nazes qu'on y a surtout fait la sieste. Comme quoi les vaniteux sont toujours punis ! Bien fait !

    Mais pour clore cette semaine mirifique, il fallait encore trouver un truc. Heureusement, à Pucon, le village où on s'est installés, l'offre d'activités est abondante. "Et une petite balade à cheval, ça vous dirait ?" Va pour la balade à cheval... malgré le mal aux fesses qui persiste après la bicyclette.

IMG_0840_2

     Victor, le jeune guide, a bien raison : "¡ En Chile, todo es posible !" Se balader sur les crêtes, grimper sur un volcan, découvrir ou retrouver après des années les sensations d'une promenade à cheval, manger des framboises et du melon au mois de janvier ! Le tout en cinq jours.

     Ouf ! c'est fini. On va se coucher !

IMG_1038_2

*******

Post scriptum : On va maintenant descendre vers la Patagonie avec l'objectif de faire d'autres randos dans d'autres parcs. On risque donc d'être un peu plus éloigné des cybercafés et le blog moins abondant. Mais vous en faites pas, on vous oublie pas et on vous racontera tout ça aussi.

A bientôt !

    

Posté par anniesteph à 20:02 - 8.Chili - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 janvier 2007

Visites chez Pablo

   

IMG_0282_2

*******

       Un escalier biscornu. Une collection de verres de toutes les couleurs. Un lit orienté est-ouest avec une fenêtre à la tête et une autre aux pieds. Des pièces baignées de lumière qui ouvrent sur l'Océan Pacifique. D'autres collections d'objets divers et fantasques, tout un bric-à-brac, en fait. Des pièces petites, des pièces chaleureuses. Une maison pleine de joie et de fantaisie où il doit faire bon vivre.

     Cette maison est à Valparaiso, le grand et mythique port chilien sur le Pacifique, celui où les marins épuisés par les eaux violentes du Cap Horn pouvaient enfin se reposer.

IMG_0252_2

IMG_0247_2

La Sebastiana

     Cette maison, c'est celle de Pablo Neruda. Nous avions déjà croisé le poète à Salta. On le retrouve ici. Une maison pour profiter de cette ville, pleine de lumière et de vie. A Valparaiso, il y a une large baie et plein de "maisons bleues accrochées à la colline". Ou plutôt aux collines, les cerros, auxquels on grimpe par les "asensores", les funiculaires qui donnent à la ville une partie de son image.

IMG_0315 **

IMG_0302_2

IMG_0237_2 IMG_0203_2 IMG_0233_2

IMG_0365_2 IMG_0336_2 IMG_0370_2

     Valparaiso est une ville dont on sent sans cesse battre le coeur. Une ville qui vous agrippe immédiatement pour vous dire de rester là, à écouter le vent du large et profiter de la vie.

     Quand on est touriste à "Valpo", il n'y a pas grand chose à faire sinon se balader sur les rues en pente, parcourir le Musée à ciel ouvert et ses grandes peintures murales... et visiter la Sebastiana, la fameuse maison du poète. C'est ce qu'on a fait.

IMG_0243_2 IMG_0222_2

IMG_0331_2

     Ensuite on a suivi Neruda dans les lieux où il avait bâti d'autres maisons, trois en tout, pour écrire, recevoir ses amis et faire la fête, entreposer les milliers d'objets de toutes sortes, toutes ces choses qu'il aimait collectionner.

     Un poète épicurien et "chosiste", comme il disait. Un homme qui avait installé un bar dans chacune de ses maisons et qui collectionnait bouteilles et verres de couleur "parce que l'eau a meilleur goût dedans".

IMG_0404_2

     Suivre le parcours de Neruda, c'est le suivre lui, bien sûr, mais également l'histoire du 20ème siècle puisque cet homme qui était aussi un diplomate (consul puis ambassadeur du Chili) s'est engagé dans le Parti communiste à partir de la Guerre d'Espagne et qu'il a dû s'exiler, lui aussi, pendant plusieurs années.

IMG_0515_2  IMG_0509**

     Sa maison de Santiago, la Chascona (l'Ebouriffée), construite pour et en l'honneur de sa troisième épouse, Matilde Urrutia, s'étage en trois petits bâtiments séparés, au pied d'une colline. Pendant la dictature de Pinochet les militaires l'ont pillée, saccagée et en partie détruite. La Fondation Neruda, créée sous l'impulsion de Matilde, l'a remise en état et la fait revivre à l'aide des meubles et des objets récupérés dans la maison que Neruda occupait en Normandie, quand il était ambassadeur du Chili en France.

IMG_0452_2

IMG_0397**

     Celle d'Isla Negra, sur la côte Pacifique est la plus émouvante. En forme de navire elle est dédiée à la mer. C'est là aussi que Neruda est mort, en 1973, quelques jours après le coup d'Etat et c'est là qu'il est enterré, avec Matilde, face à l'océan.

IMG_0393_2 IMG_0439**

    Neruda était venu nous faire un signe dès l'Argentine, à Salta, il nous a paru naturel qu'il soit en quelque sorte notre guide pour cette partie du voyage.

IMG_0418_2

*******

     Nos ressentis ici sont proches de ceux de l'Argentine : le Chili, c'est reposant, c'est facile. Dans les hôtels, il y a de l'eau chaude, tout marche, et les draps des lits ont la bonne dimension. Dans l'ensemble, c'est le plus policé des pays qu'on a visités : on laisse les piétons traverser ! Mais du coup, on se croirait presque en Europe !

    Pinochet est mort il y a quelques semaines à peine, mais le souvenir de la dictature reste vif, et nombreux sont les chiliens à réclamer des comptes. Le soir de notre arrivée à Santiago, un rassemblement se tenait près de l'hôtel. Rue de Londres, le "Comité des 119" manifestait devant une maison : "Ici, on a torturé. Ici, on a assassiné !" disaient les affiches collées sur la façade. Des photographies de personnes qui ont disparu dans cette maison les accompagnaient. Un musicien jouait de la flûte pour cette soirée de souvenir, de recueillement et de revendication.

IMG_0486_2

     Mais le lendemain, quand nous sommes repassés, tout avait disparu : les affiches avaient été déchirées ou maculées de peinture ! Les antagonismes et les désaccords sont donc encore forts et le pays reste divisé dans le regard qu'il porte sur la dictature, pourtant sanglante (30000 morts).

     Autant Valparaiso est attirante, autant Santiago, la capitale, présente peu de charme. C'est une ville moderne, frénétique et bruyante (la norme latino-américaine, faut reconnaître) et très polluée. Seul bon point, on y trouve beaucoup de parcs et de verdure.

IMG_0502_2  IMG_0476_2

     Nous n'avons donc pas trop envie de traîner par ici, malgré le confort de l'hôtel Paris.

Cap au Sud !

*******

IMG_0511_2**

El Océano Pacífico se salía del

mapa. No había donde ponerlo. Era

tan grande,desordenado y azul

que no cabía en ninguna parte. Por

eso lo dejaron frente a mi ventana.

Pablo Neruda

    

Posté par anniesteph à 00:19 - 8.Chili - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 janvier 2007

La sentinelle de pierre

    

IMAGEN_294_2 **

     Avant de quitter Salta, un monument vient nous remettre en mémoire ce qu'a été le passé récent de nombreux pays d'Amérique latine. Une oeuvre du grand poète chilien Pablo Neruda est gravée sur une pierre pour dénoncer les dictatures et les actes de barbarie qu'elles ont commis dans les années 70 et 80 en Argentine et au Chili, mais aussi en Bolivie, en Uruguay... en fait dans presque tout le continent.

IMAGEN_293_2 **

J'exige un châtiment

Pour ces morts, pour nos morts,
j'exige un châtiment.
Pour ceux qui ont tâché de sang notre patrie,
j'exige un châtiment.
Pour le bourreau par qui cette Mort est venue,
j'exige un châtiment.
Pour ceux qui ont défendu ces crimes,
j'exige un châtiment.
Je ne veux pas qu'ils me tendent leurs mains maculées de notre sang,
j'exige un châtiment.
Je ne les veux pas ambassadeurs,
ou bien tranquilles dans leurs maisons.
Je veux les voir jugés, ici et maintenant.


Pablo Neruda

(Merci Jean Luc pour la traduction !)

     Ici, en Argentine, plusieurs milliers de personnes ont purement et simplement disparu à cette époque, probablement assassinées par l'armée, la police ou les groupes paramilitaires d'extrême-droite. Aujourd'hui leurs familles demandent des comptes et des procès sont en cours.

********

Curieuse ville que Mendoza !

IMAGEN_316_2 IMAGEN_315_2 IMAGEN_317_2

     On avait décidé de se faire un peu violence, nous les sauvages, nous qui fuyons souvent les villes et d'y aller pour passer un réveillon de Nouvel an plus animé que celui de Noël au milieu de la foule, des feux d'artifice, de la musique dans les rues. Danser le tango, qui sait !

     Mais à Mendoza, deuxième ville d'Argentine, à vingt heures le 31 décembre, tout ferme et chacun rentre chez soi ! Le réveillon se passe en famille, à la rigueur avec des amis. Une minorité va au restaurant. Vers minuit les jeunes sortent, font éclater quelques pétards, puis vont en discothèque. On nous a dit que c'était la coutume dans toute l'Argentine.

     Vers 22 heures nous sommes donc partis à la recherche d'un des rares restaurants ouverts... à travers une ville totalement déserte !

     Au bout d'un moment nous en avons trouvé un où semblaient avoir échoué tous les touristes de Mendoza, abasourdis par cette insolite manière de faire la fête. Du coup, l'affluence avait totalement pris au dépourvu le personnel, incapable de faire face. La confusion était donc plutôt grande !

     Mais chacun faisant contre mauvaise fortune bon coeur, et le bon (mais puissant) vin local aidant, la soirée à fini par s'enflammer pour finir au petit matin blême. Blêmes... on l'était un peu aussi !

     Mendoza n'est pas Jujuy ou Salta. D'abord, la ville et sa province sont riches, ça se voit. Le vin ? Oui. Mais aussi le tourisme ou le pétrole. Et l'accueil est moins chaleureux que dans les villes du Noroeste. Les touristes sont systématiquement canalisés par les autorités locales comme par les structures privées vers un certain type de logement, un certain type d'activité. Histoire d'améliorer la rentabilité du secteur touristique, sans doute. Pour ça, certains n'hésitent pas à faire de la rétention d'informations, voire à en donner de fausses, y compris sur le grand site touristique de la région, l'Aconcagua. Certes, Mendoza, n'a pas le monopole de ce type de comportement. On dit même qu'en France... ! Qu'un commerçant cherche à faire tourner au maximum son affaire, c'est légitime. Mais pas au prix du dénigrement, du mensonge ou en prenant ses clients potentiels pour des pions qu'on manipule. Une fois de plus, l'argent vient donc s'immiscer dans les rapports humains et les détériorer. A part quelques cas isolés, c'est la première fois que ça se produit depuis le début du voyage. Jamais à cette échelle. Ni au Pérou, ni en Bolivie, ni dans le Noroeste. Et c'est dommage, car cela va altérer le souvenir que nous garderons de la région de Mendoza.

IMAGEN_330_2

     On l'a déjà dit, l'Argentine est plus proche de l'Europe, la vie y est plus facile et la nourriture plus attrayante ! On s'est donc un peu lâchés ! Et comme en Bolivie la saison des pluies venait de commencer, on ne s'était plus guère approché des montagnes depuis le Salkantay et les douches qu'on y avait prises. Il est temps de s'y mettre un peu !

IMAGEN_318_2

     Ça tombe bien, le Chili et la Patagonie approchent et devraient nous offrir plein de possibilités de randonner dans les parcs nationaux et les massifs montagneux.

     Mais avant ça, impossible de passer sans s'arrêter pour saluer le sommet des Amériques, la "sentinelle de pierre", l'Aconcagua, 6950 mètres.

IMG_0100 **

     On passe d'abord deux ou trois jours dans le village d'Uspallata (où Jean Jacques Annaud a tourné... "Sept ans au Tibet" ! ) à se remettre en jambes et à expérimenter un nouveau type d'hébergement, qui d'ailleurs nous plaît bien et permet de faire quelques économies en faisant nous même la cuisine. Ça permet aussi de ramener quelques légumes sur notre table... A réfléchir pour la suite, car le Chili promet de ne pas être donné !

IMAGEN_286_2

IMG_0002_2

*******

IMG_0085_2

      Nous monterons jusqu'à Confluencia, premier camp de base de l'Aconcagua et pesterons de n'avoir prévu qu'une seule journée à arpenter les flans de la montagne. A vrai dire, l'infrastructure en place nous aurait permis d'y passer deux ou trois jours, même sans avoir apporté de matériel avec nous.

IMG_0110_2

IMG_0113_2

IMG_0116_2

IMG_0125_2

Ça, c'est un glacier !

IMG_0131_2

IMG_0149 **

Confluencia

IMG_0150_2

     La ballade est magnifique, une fois de plus, au milieu de ces "cerros" aux couleurs magiques ! L'Aconcagua, pour nous, c'est un peu comme Nazca. Pas prévu au départ, mais on passe si près que ça aurait été trop bête de ne pas s'y arrêter ! Et puis, le personnel du Parc de l'Aconcagua aime son boulot et nous faisons quelques sympathiques rencontres qui nous montrent les habitants de la région sous un jour plus favorable. Comme quoi, une fois que les droits d'entrée sont réglés et qu'il n'y a plus de question d'argent en jeu....

      Quand même, le soir venu, de retour à l'hôtel, les jambes sont un peu lourdes, et on regrette un peu moins de n'avoir fait qu'un jour de marche !

       Avant  de quitter l'Argentine (provisoirement, on va y revenir, mais plus au sud, en Patagonie), on a juste le temps de goûter un mate, la boisson nationale. Au Pérou, en Bolivie, le mot "mate" veut simplement dire "infusion" et on trouve des mates de coca, de camomille, des mélanges, etc... En Argentine, le terme ne désigne qu'une seule plante, la yerba mate, un peu amère. Elle se boit avec la bombilla, sorte de pipe en métal qui fait aussi office de filtre. Le récipient, lui, est en bois ou fait dans une calebasse. Mais le mate, c'est avant tout un rituel, une façon d'être ensemble à tous les âges, dans toutes les catégories sociales.

IMG_0155_2

*******

IMAGEN_273_2

Cadeau aux amateurs de géologie !

Posté par anniesteph à 11:40 - 7.Argentine - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 décembre 2006

D'un bus à l'autre

IMG_7783_2 

IMG_7801_2     IMG_7803_2

*******

      C'était promis-juré. Finis les voyages de nuit qui nous laissent au petit matin frais comme des serpillères ! Sans parler du dos, en mille morceaux. D'autant plus qu'en Bolivie, l'état du réseau routier et le confort des bus a baissé d'un cran, et même de deux, par rapport au Pérou. Et puis, on n'aime pas trop voyager de nuit parce qu'on ne peut pas profiter du paysage.

    Mais c'était aussi promis-juré par la demoiselle de l'agence de voyage qui nous avait renseignés, avec la compagnie "Imperador" nous aurions "un buen servicio" pour faire, de nuit, le trajet Sucre-Tarija dans le sud du pays. De toutes façons, on n'avait pas le choix : c'était la nuit où alors on en avait pour la semaine !

    Bon, on a donc vaillamment fait nos 16 heures, cette fois au milieu des paquets-cadeaux des autres voyageurs qui partaient pour Noël. Dans la nuit, petit arrêt pour descendre du bus et passer à pied un pont bringuebalant dont on n'a pas compris s'il avait été détruit par la rivière ou s'il était simplement en travaux d'amélioration.

   Au matin, on était 2000 mètres plus bas, en train de descendre encore par de grands lacets dans le paysage somptueux des "vallées". De Tarija, on pensait repartir quelques heures après vers la frontière argentine, puis continuer le lendemain vers la première grande ville, Jujuy (San Salvador de, de son vrai nom). Mais on nous a tout de suite proposé un bus qui partait... 15 minutes plus tard ! On a embarqué et roulé pendant quatre heures dans une Bolivie qui nous était inconnue, plus souriante, où les maisons sont crépies, la végétation plus dense et faite de terres agricoles manifestement plus fertiles que celles de l'Altiplano. Puis, on s'arrête. C'est la frontière : Bermejo d'un côté, Aguas Blancas de l'autre. Il faut descendre, récupérer ses bagages et passer un pont à pied. Au revoir la Bolivie !

IMG_7601_2  IMG_7604_2

   Après "les formalités" (fouille des bagages), encore une heure d'attente et un autre bus nous emmène à Jujuy, où nous arrivons le soir, non sans avoir été arrêtés deux autres fois par la police qui, les deux fois, fait descendre les passagers pour une nouvelle fouille. Bonjour, l'Argentine !

IMG_7605_2

IMG_7611 **

Bien le bonjour (de Jujuy), Oncle Charles !

    30 heures de bus consécutives, quelques centaines de kilomètres sinueux parcourus, mais que de changements !

    D'abord, le climat ! On joue "Amazonie, le retour !". Dans cette région d'Argentine, on n'est qu'à 1200 mètres d'altitude environ et on retrouve une végétation et des températures, qui rappellent celles de l'Amazonie. Mais en moins humide.

    Mais surtout, l'ambiance change du tout au tout. Le monde andin est derrière nous et on est littéralement dans un autre monde ! Le pays est bien plus riche, c'est évident, même si on sent que la pauvreté n'est pas absente et qu'elle n'est pas très loin. Au coin de la rue, en fait. La population est beaucoup plus souvent d'origine européenne, au point que les indiens sont une minorité. Les sourires reviennent, les visages se détendent. Les prix montent en flèche aussi ! C'est l'été et le soir, en se promenant, on va manger des glaces ou des empanadas. Dans les restos, le poulet, le riz et les papas ont enfin des concurrents ! On retrouve aussi le plaisir du vin et du café dans un pays qui, paradoxalement, n'en produit pas, à la différence du Pérou et de la Bolivie (on parle du café, parce que le vin...). Tout, soudain, devient plus facile. On se croirait presque en Europe ! D'ailleurs, Silvio, avec qui nous faisons la causette dans un terminal de bus nous raconte une boutade selon laquelle, quand les argentins passent une frontière de leur pays, ils entrent en Amérique latine !

     Mais l'Altiplano doit quand même nous manquer un peu. Aussi, notre unique journée à Jujuy sera en partie consacrée à la location d'une voiture (pas facile à deux jours de Noël !) pour visiter les environs. Et c'est parti pour cinq jours et 1500 km de puna (la steppe de l'Altiplano), de lacs, de salines, de canyons, de déserts, de cactus, de rochers aux formes hallucinantes taillées par l'érosion et surtout de collines et de montagnes qui mélangent d'invraisemblables et féériques couleurs : des verts, des rouges, des oranges, des blancs, des noirs, des marrons, le tout sur fond de ciel azur.

IMG_8015 **

IMG_7692 **

IMG_7713 **

IMG_7709 **

     Chemin faisant, on rencontre Valeria qui nous attend en plein sur le Tropique du Capricorne !

IMG_7728_2

IMG_7734_2

IMG_7744_2

La puna, c'est ça !

(en dessus et en dessous)

IMG_7735_2

IMG_7749_2

IMG_7748 **

Ben oui, ça ressemble à Uyuni... en moins blanc !

IMG_7885 **

IMG_8078_2

IMG_8094_2

IMG_8090_2

IMG_8108_2

IMG_8117_2

IMG_8125_2

IMG_8153_2

IMG_8157_2

IMG_8179_2

IMG_8176_2

 

     Le Noroeste argentin est une magie. Une fois de plus, il faut regarder, admirer, rêver.
    Dans de la Quebrada de Humahuaca, dans celle de Cafayate ou la vallée du rio Calchaqui, plus au sud, on est écrasé de chaleur. Mais dans les églises,les plafonds et le mobilier sont en bois de cactus. Après les cathédrales surchargées d'or et d'argent de Cusco, La Paz, Sucre (ou celle que nous rencontrerons ensuite à Salta), on retrouve les mêmes sensations que dans une chapelle romane avec ses sculptures en bois toutes simples.

IMG_7619_2

IMG_7915_2

IMG_7621_2

IMG_7924_2  IMG_7921_2

IMG_8149_2

IMG_8060_2

     La soirée de Noël est particulièrement originale pour nous ! Elle se passe à San Antonio de las Cobres, un village au milieu de nulle part, une cité minière battue par le vent de l'Altiplano, tout droit sortie d'un album de Blueberry.

IMG_7868_2  IMG_7820_2  IMG_7816_2

    Nous y avons vu les indiens y venir nombreux à la messe de minuit, célébrer un dieu qui leur a été imposé par les armes il y a 500 ans. Etrange sensation !
   Notre pension, elle, une sommaire construction en adobe, était tenue par le volubile Don Catalino, était une des plus rudimentaires que nous ayons eue depuis le début du voyage. Douce nuit !

IMG_7819_2  IMG_7804_2 IMG_7818_2

     Un peu plus loin, à 4200 mètres d'altitude, le "train des nuages" transportait autrefois des minerais vers les ports du Chili.

IMG_7828_2

IMG_7830_2

*******

     Si on veut réaliser tout notre "programme" et aller jusqu'en Terre de Feu, faut pas traîner : Ushuaïa est quand même à 4000km ! Donc, direction Mendoza, avant l'Aconcagua et le Chili. 1200 km et vingt heures de bus. Mais là, on est comme des gamins, parce que c'est l'occasion d'essayer les luxueux bus-cama argentins dont on nous rebat les oreilles depuis des mois et ménager enfin nos vieux dos fragiles et endoloris. Donc : fauteuils en cuir totalement inclinables, on dort donc allongé comme dans un lit, sans parler du service à bord avec repas, champagne, whisky, etc... Cela dit, on s'en fiche un peu, ce qui nous ravit, ce sont les fauteuils. Un autre monde on vous dit !

IMG_8277_2  IMG_8253_3 IMG_8274_2

Posté par anniesteph à 01:09 - 7.Argentine - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 décembre 2006

Légende d'ici

     Décidément, vous êtes gâtés : un deuxième cadeau de Noël venu des Andes ! On laissera au Professeur Sato le soin de vérifier l'authenticité de ce qui suit...

*******

LA LEGENDE DU LAC TITICACA

Il y a très longtemps, à l'emplacement actuel du lac Titicaca, était une vallée fertile peuplée d'hommes vivant heureux et tranquilles. Rien ne leur manquait : la terre était riche et leur procurait tout ce dont ils avaient besoin. Sur cette terre, on ne connaissait ni la mort, ni la haine, ni l'ambition. 

Les Apus, les dieux des montagnes, protégaient les humains, ils ne leur interdisaient qu'une seule chose : personne ne devait monter aux sommets des montagne où brûlait le Feu Sacré. Pendant longtemps, les hommes ne pensèrent même pas à enfreindre cet ordre des dieux. Mais le diable, esprit malin condamné à vivre dans l'obscurité, ne supportait pas de voir les hommes vivre si paisiblement dans la vallée. Il voulut diviser les hommes en semant la discorde. Il leur demanda de prouver leur courage en allant chercher le Feu Sacré au sommet des montagnes. 

Alors un beau jour, dès l'aube, les hommes commencèrent à grimper aux montagnes, mais à mi-chemin, ils furent surpris par les Apus. Ceux-ci comprirent que les hommes leurs avaient désobéi et décidèrent de les exterminer. 

Des milliers de pumas sortirent des cavernes et se mirent à dévorer les hommes qui suppliaient le diable de les aider. Mais celui-ci restait insensible à leurs suppliques. 

Voyant cela, Inti, le dieu du Soleil, se mit à pleurer. Ses larmes étaient si abondantes qu'en 40 jours, elles innondèrent la vallée. Un homme et une femme parvinrent à se sauver sur une barque en jonc. Quand le soleil brilla de nouveau, l'homme et la femme n'en croyaient pas leurs yeux : sous un ciel bleu et pur, ils étaient au milieu d'un lac immense. Au milieu des eaux flottaient les pumas qui s'étaient noyés et s'étaient transformés en statues de pierre. Ils appelèrent alors ce lac le lac "Titicaca", le lac des "pumas de pierre". 

Les deux seuls humains qui réussirent à échapper aux pumas

Ces 2 personnages engendrèrent un peuple, mais ces hommes vivaient comme des bêtes féroces; ils n'avaient pas de religion, ni de justice, ni de villages. Ces êtres ne savaient pas cultiver la terre et vivaient nus. Ils se réfugiaient dans des cavernes et se nourrissaient de plantes, de baies sauvages et de viande crue. Le Dieu Soleil Inti, décida qu'il fallait civiliser ces êtres. Il demanda à son fils Manco Capac et à sa fille Mama Occlo de descendre sur terre pour bâtir un grand empire. ils enseigneraient aux hommes les règles de la vie civilisée et leur apprendrait à vénérer leur dieu créateur, le Soleil.

Mais avant, Manco Capac et Mama Ocllo, devaient fonder une capitale. Inti leur confia un sceptre d'or en leur disant ceci : "Depuis le grand lac, où vous arriverez, marchez vers le nord; à chaque fois que vous vous arrêterez pour manger ou dormir, plantez ce sceptre dans le sol. Là où il s'enfoncera dans le sol sans le moindre effort, vous bâtirez Cuzco et dirigerez l'empire du soleil."

De Manco Capac et Mama Ocllo, allait descendre le peuple Inca.

Posté par anniesteph à 17:41 - 6. Cadeaux de Noël - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 décembre 2006

Abécédaire de Noël après quatre mois de voyage

En cadeau de Noël on a décidé de vous offrir ce petit abécédaire, qui revendique son côté résolument impressionniste et subjectif, où on parle de trucs qui nous frappent, qui nous plaisent, qui nous amusent, qui nous agacent parfois... histoire d'approcher un peu plus la vie ici, sans se faire trop d'illusions quand même.

*******

AMIGO : "Eh, l'ami !", au Pérou et en Bolivie, c'est comme ça qu'on interpelle quelqu'un qu'on ne connaît pas. C'est quand mème mieux que "sale juif, sale arabe ou sale nègre", qu'on peut entendre ailleurs, non ?

ARRIERO  : On peut traduire par muletier. Pendant les treks, il conduit la mule qui porte tes 30 kilos d'affaires. Après le trek, c'est un gars qui refait en un jour et demi et en sandales ce que tu as mis quatre jours à parcourir !

Dibujo

ARROZ :  (le riz) Deux fois par jour minimum.

BAIGNADES : Pour le moment, on a à notre actif : l'Amazone, le Pacifique et le lac Titicaca. D'accord, ça fait prétentieux, mais ça fait aussi des souvenirs vu qu'on s'est caillés sévère deux fois sur trois.

CHE GUEVARA : On voit son effigie un peu partout. Au Pérou, curieusement, c'est souvent sur les taxis et motos-taxis. Mais c'est en Bolivie, où il est mort, que le summum est atteint, avec une récupération maximale. "Le Che est partout", disait autrefois le slogan, mais ici c'est surtout sur les T-shirts, les tasses à café, les couvertures de cahiers... Bref, sur tout ce qui se vend. On en a même vu sur des bracelets anti-transpiration pour le tennis... ! Sûr qu'il aurait pas apprécié, le camarade ! Heureusement pour lui, dans la "Bolivie profonde", chez les mineurs de Potosi, on sent que la référence est plus politique.

chapeau

CHOLITA : En Bolivie, c'est une dame des classes populaires, souvent une indienne donc, vêtue du costume traditionnel avec plusieurs jupons et jupes empilées et le non-moins traditionnel chapeau-melon. Elle porte aussi de longues tresses toujours très brunes mais qui s'achètent au marché pour celles dont la chevelure donne des signes de faiblesse ! Les cholitas ont des emplois à l'intérieur des maisons, des hôtels, mais elles tiennent aussi souvent les tiendas, ces minuscules et innombrables épiceries de quartier, vendent sur les marchés ou dans la rue, des cigarettes à l'unité ou d'autres produits, pour éviter de sombrer totalement dans la misère. Mais elles sont souvent victimes de petits voleurs qui leurs piquent les cinq bolivianos (0,5 euro) qu'elles ont gagné dans la journée.

CLIMAT : Dans les Andes et sur l'Altiplano, plutôt déroutant. "Le jour, c'est l'été et la nuit, c'est l'hiver." On met et on enlève pulls et imperméables plusieurs fois par jour.

COCA : "¡ La hoja de coca no es droga !" La feuille sacrée des Andes.

CODE DE LA ROUTE : Ouaf ! Ouaf ! Ouaf ! Elle est bien bonne !

COLLECTIVO : Le principe est simple. À ma droite, un combi Toyota. À ma gauche, vingt-cinq personnes. On fait rentrer les unes dans l'autre. Quand c'est plein, on part. Pas cher.

COQUETTERIE : (selon une voyageuse que vous connaissez tous bien)

                                                          IMG_6443_2

     Non ! Elle n'est pas allemande !

CYBERCAFÉ : On y trouve des ¿, des ¡, des á et des ñ pas vraiment utiles au quotidien. En revanche, il faut de la patience pour bien faire tous les é, à, û, ö (heureusement rares en français), l'échec absolu étant atteint avec le charmant oe, impossible à lier.

DIGESTION : Pas toujours facile. 

ÉMOTIONS : Les peuples montagnards n'en montrent guère ! Aussi, on voit peu d'explosions de joie, mais aussi peu de colères, peu d'engueulades, au moins publiquement. Et ça fait tout drôle ! 

FLICS : Il y en a vraiment des quantités invraisemblables dans toutes les grandes villes et sur les routes. Le moindre magasin est gardé. En plus, ils sont armés, et pas avec des lance-pierres ! Aux flics "officiels" vient s'ajouter un nombre impressionnant d'agents de sécurité privés. Pas très rassurant.Ça contribue à entretenir un climat de paranoïa autour de la sécurité ici. Certes, il n'y a pas que des anges ici, mais ça tire pas, ni même ne vole pas, à chaque coin de rue. En plus, évidemment, comme la police est mal payée, elle est souvent corrompue. De toutes façons, d'après un commerçant français rencontré à La Paz, ils ne servent à rien et n'arrêtent jamais que le petit voleur du coin de la rue. Les autres, c'est une autre histoire...

FRUITS : En jus, en salade ou comme ça, c'est l'éclate totale dès le Brésil. Juste faire gaffe aux diverses crèmes qui peuvent y être rajoutées sans qu'on s'y attende.

GESTION DES STOCKS : Il est 21 heures, tu es au resto  et ton copain (ou ta copine) commande une salade composée: "Si, señor(a)". Le serveur s'éclipse. Dans les secondes qui suivent, une cholita bondit de la cuisine et sort. Trois minutes après, elle revient avec deux tomates mal planquées sous ses jupons. En fin de repas, tu te reprendrais bien une petite bière. Tu as vu sur la carte qu'ils en ont des petites et des grandes. Toi, raisonnable: "Una cerveza, una pequeña botella!" - "Si, señor," répond le serveur. Quinze secondes et la cholita, froufroutante, file vers la sortie... et revient deux minutes après de l'épicerie d'à côté avec ta bière. Ça, c'est du flux tendu !

GRINGO TRAIL : (La route des gringos) Lima-Cuzco-Puno et retour: No hay problema, amigo, c'est fléché !

INKA COLA :  À ne consommer qu'en cas de dépression grave. Par ailleurs, motif de fierté nationale au Pérou.

IMG_6846_2  LAMA : "Quand lama pas content, lui cracher !". Ça fait trois mois qu'on essaie de caser dans le blog cette réplique historique que tous ceux qui ont eu droit aux aventures de Tintin avec le biberon auront reconnue. Mais rien à faire, elle résiste... jusqu'à aujourd'hui, mille sabords !

LA PLUS BELLE MONTAGNE DU MONDE : Il y a quelques années a eu lieu à Munich un concours de beauté, arbitré par des gens autorisés, une sorte d'élection d'une Miss Monde des montagnes. Et c'est Miss Pérou qui  a gagné, en la vénérable personne de l'Alpamayo avec ses trois côtés parfaits et parfaitement émoustillants pour les alpinistes (andinistes en l'occurence) du monde entier.

IMG_3435 **

MONNAIE : Les commerçants n'en ont jamais et passent leur temps à envoyer les gosses à la boutique du voisin : "Deux de dix contre un de vingt, Don Alfredo! "

MOUSTIQUE : Bestiole qui frappe (enfin, façon de parler) là où on l'attend le moins.

¡NO TE PREOCUPES ! : No problem, my friend ! Relax !

papier PAPIER TOILETTE : Sans doute l'article le plus vendu au Pérou. Sert de mouchoir et de chiffon, en plus de sa destination initiale.

PAPAS : Les patates. Plus de trois cent variétés, quatre cent en Bolivie qui détient le record. Se consomment de préférence à tous les repas, sous toutes les formes, mélangées à du riz ou des pâtes. On en a même trouvé une, une frite pour être précis, planquée dans la mayonnaise d'un avocat garni, au milieu d'autres légumes en morceaux!

PISCO SOUR : C'est de la bombe !

                                                                           pisco

PORTEADOR : Un arriero sans mule. C'est donc lui qui porte trente kilos sur le dos.

POULET : Les boliviens l'aiment tellement qu'ils en ont fait le plat de fête de Noël, alors même qu'ils en consomment chaque jour ! Quant à Puno, grande ville péruvienne au bord du lac Titicaca, elle est la championne nationale de consommation de l'animal, écrasant la production locale de perches et de truites. Systématiquement aux hormones, parait-il, il ne se conçoit qu'avec du riz et des papas. Bon ap' !

PRÉSERVATION DE L'ENVIRONNEMENT : voir CODE DE LA ROUTE.

RESTAURANT VÉGÉTARIEN : Quand il y en a un dans le coin, faut pas le laisser passer !

SPEEDY : Speedy Gonzalez ? Non, Speedy Internet, l'ADSL local.

TOURISTES : Les autres, forcément.

TRANSPORTS COLLECTIFS : Bus publico, bus turistico, bus cama, bus semi cama, colectivo, trufi, bondi, micro, taxi colectivo, taxi seguro, radio taxi, camion... (à suivre)

VOYAGER : Ouvrir les fenêtres, faire entrer de l'air frais, respirer un bon coup.

IMG_6369_2

Posté par anniesteph à 17:40 - 6. Cadeaux de Noël - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 décembre 2006

Délices sucrés

    IMG_7493_2

Mmmmmhhhhh... les vacances !

*******

     On est arrivés à Sucre en se disant qu'on allait rester ici quelque temps parce qu'il faut reconnaître qu'on ressentait le besoin de souffler un peu. C'est bien joli d'être en route depuis quatre mois, d'avoir enchaîné les visites de sites ou de musées, les treks, les nuits (ou les jours, ça change pas grand chose) dans les bus et les changements de ville et d'hôtel. Sans compter l'altitude. Bon, évidemment on va pas se plaindre de notre sort ! Mais n'empêche qu'on est crevés !

     Alors, au bout d'un moment, faut se calmer un peu... pour pouvoir repartir de plus belle, parce que notre appétit de voyage, de rencontres et de paysages nouveaux n'est pas encore assouvi !

     Et pour se poser, pour faire un peu de farniente, Sucre, c'est idéal.

     Déjà, on a perdu 1300 mètres par rapport à Potosi, à 150 kilomètres d'ici. On respire mieux, et en plus c'est le plein été. Bon, d'accord, des fois il pleut, et l'autre jour on a eu un orage à tout casser, mais dans l'ensemble, il fait beau et à 2700 mètres, au milieu des montagnes, les températures ne sont jamais trop élevées. Donc, on est en tee-shirt et sans étouffer. Mmmmhhhh ! Et Noël en plein été, quel chic !

     Sucre, Sucre... c'est bizarre comme nom, diront tous ceux qui ont la flemme d'aller faire un tour sur Wikipedia pour se renseigner.

      Donc Sucre, c'est un nom propre, celui du Maréchal Sucre, le premier président de la république bolivienne et bras droit de Bolivar, "El Libertador" (ce coup-ci, vous y coupez pas, c'est Wikipedia direct, les amis !)

IMG_7571_2

Sur la place principale de Sucre, le Maréchal Sucre et d'irrespectueux pigeons

      Quoi d'autre ?

      Ah oui, j'oubliais ! Sucre, c'est la capitale de la Bolivie ! Mais personne n'a l'air de le savoir, surtout pas les habitants (non, on les appelle pas les sucriers !), qui préfèrent avoir la paix et se la couler douce. Donc, c'est une capitale honorifique en quelque sorte, la capitale historique puisque c'est ici qu'a été proclamée l'indépendance. Il ne reste donc que la Cour suprême et quelques administrations. La capitale politique, c'est La Paz et la capitale économique, Santa Cruz, dans les terres basses de l'est du pays.

IMG_7550_2

     Ce calme est d'ailleurs surprenant vu qu'il y a un grand débat politique avec les provinces les plus riches (celles de l'est) qui voudraient leur autonomie. Sans parler des désaccords sur la nouvelle constitution et la règle du vote à la majorité des deux tiers ! Les journaux en parlent pas mal, et il y a des bagarres entre partisans des deux camps dans le pays. Au bout du compte tout ça paraît assez embrouillé et difficile à suivre, d'autant que chacun semble surtout occupé à faire des démonstrations de force. Mais l'atmosphère nous paraissait plus tendue à La Paz où on voyait dans les rues des rassemblements, des gens en grève de la faim, des policiers et des militaires .

*******

IMG_7356_2  IMG_7179

                                                                                   Premiers signes de fatigue...

      On est arrivés ici avec Christine et Ricardo, qu'on avait rencontrés dans le 4x4 du Salar d'Uyuni. Salut ! Bonjour ! Moi, c'est Annie, lui c'est Stéphane. On a sympathisé, puis on a poussé avec eux jusqu'à Potosi, et après jusqu'ici, où on s'est trouvé un petit hôtel pas cher, calme et plein de verdure. Il y a aussi un canard et une tortue qui nous mordent quand on leur donne pas à manger. C'est l'hôtel Pachamama.

IMG_7465_2

      Donc Sucre c'est pas très grand (150 000 habitants), très mignon avec ses maisons blanches et baroques, bourgeois, à la fois tranquille et vivant parce que c'est une ville universitaire.

IMG_7522_2

IMG_7512_2

IMG_7490_2

IMG_7385_2

IMG_7402_2

      Alors, on y fait quoi, à Sucre, à part buller ? Ben... on bulle !

     Non, quand même, pas juste ça .

      On a décidé de prendre quelques cours d'espagnol, histoire de mettre un peu d'ordre dans ce qu'on a appris en vrac depuis trois mois. Deux heures par jour, en tête à tête avec un prof, ça l'air de rien, mais c'est du boulot ! On s'est inscrits à l'Alliance Française, ce qui peut paraître paradoxal, c'est sûr, mais ils enseignent aussi l'espagnol et le portugais.

IMG_7471_2

IMG_7468_2

La cour du bâtiment de l'Alliance Française

     Et puis, il faut dire que tous les sud-américains qu'on a rencontrés depuis le début du voyage et qui ont appris le français chez eux, le parlent très bien.Du beau boulot !

     Du coup, on a osé se risquer à une pièce de théâtre dont le sujet était un tremblement de terre dans le centre du pays en 1998 et ses conséquences (pillages, corruption, détournement de l'aide par les politiques et les militaires). On l'a pas regretté, c'était une bonne illustration de la réalité du pays.

*******

     Sucre et sa région (Tarabuco entre autres), c'est aussi là qu'on trouve les plus beaux tissus de Bolivie, les tissages les plus adroits et les plus beaux motifs. Tissages à la main et teintures naturelles. Les rouges et les roses en particulier viennent de la cochenille, un insecte qu'on trouve sur les figuiers de barbarie. C'est même du continent américain (du Mexique pour être plus précis) qu'on les a importés vers l'Afrique du Nord et l'Europe.

Cochinel_Zapotec_nests_2

Elevage de cochenilles (quelquepart dans le monde)

IMG_7357 **

IMG_7362_2    IMG_7363_2

IMG_7359_2

     Notre séjour en Bolivie tire à sa fin. Avant Noël, ce sera l'Argentine, son Noroeste, sa pampa, ses glaciers et ses pingouins (enfin, la pampa, les glaciers et les pingouins c'est pour plus tard). La Bolivie est tout aussi belle que le Pérou, la nature y est grandiose. Le lac Titicaca et le Sud Lipez comptent sans doute parmi les plus beaux endroits du monde. Mais dans l'ensemble ce pays est plus pauvre, plus âpre, plus difficile aussi. Et puis les différences sociales y sont plus marquées et plus visibles, avec des riches manifestement très à l'aise et des pauvres, très pauvres.

IMG_7521_2  IMG_7581 **

     La saison, malheureusement, n'est pas favorable à la visite des régions montagneuses ou de l'Amazonie, pourtant bien tentantes. Alors, au revoir Bolivie, nous avons bien envie de revenir te rendre visite ! 

*******

IMG_7529_2

Posté par anniesteph à 18:52 - 5. Bolivie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 décembre 2006

Une jolie ville dure

IMG_7281 **

*******

      "Il fait froid toute l'année, on respire mal, ici," soupire la patronne d'un restaurant de Potosí. "C'est pas naturel de vivre à 4000 mètres d'altitude."

      Et c'est vrai qu'en arrivant ici, on a senti comme un manteau de plomb nous tomber sur les épaules. Ciel gris, poitrine oppressée et souffle court à la moindre pente, alors qu'on se croyait à l'abri avec nos semaines d'acclimatation. Et puis, le plus frappant, ce qui serre le plus le coeur : le regard triste et fatigué des habitants. Après la douceur du lac Titicaca, et les splendeurs du Salar d'Uyuni et du Sud Lipez, le contraste est violent.

IMG_7288_2

IMG_7193_2

IMG_7198_2

IMG_7192_2

     Elle n'est pourtant pas vilaine, cette ville, avec tous ses bâtiments de style colonial!  Maisons, palais et églises baroques  foisonnent et donnent un peu de riant et de couleur à une cité qui en manque singulièrement.

IMG_7197_2

IMG_7225_2   IMG_7181_2

     Avec ses 150 000 habitants, Potosí est la "ville d'importance la plus haute du monde" d'après le Routard. Plus haut que Lhassa, au Tibet, même. Et la seule raison de son implantation dans ce coin peu hospitalier, là voilà :

IMG_7290 **

    Sous cette montagne, les indiens avaient découvert des gisements de minerais, en particulier d'argent, sur lesquels les espagnols se ruèrent. Fascinés, ils la baptisèrent Cerro Rico (la colline riche). Et pendant deux siècles, Potosí avec son minerai d'argent a été un des endroits-clés du monde. Cette ville a assuré la richesse du royaume d'Espagne, mais elle a aussi causé sa perte quand l'Espagne, comme enivrée, s'est mise à vivre au dessus de ses moyens, à s'endetter, pour finir ruinée à l'aube du 19ème siècle. Potosí a été à l'origine d'un gigantesque trafic maritime vers l'Europe pour y amener le précieux métal, mais aussi de guerres, de conflits incessants avec les rivaux de l'Espagne, surtout l'Angleterre. Potosí, enfin, a permis la naissance du capitalisme européen, disent les historiens. Car  l'Europe toute entière a bénéficié de l'argent de Potosí par le biais du commerce  (y compris la traite des esclaves), du système bancaire international, ou du vol pur et simple quand les corsaires anglais et français se lançaient à l'abordage des navires espagnols. Une fois accumulé le capital nécessaire, il n'y avait plus qu'à investir dans les industries naissantes, en particulier textiles et plus tard métallurgiques. L'Angleterre, la France, l'Allemagne s'y sont engouffrées pendant que l'Espagne s'effondrait. Le système capitaliste était lancé.

     Mais tout ça a eu un prix.

     Un prix exhorbitant, un prix effroyable payé par les indiens réduits en esclavage pour extraire le minerai. En deux siècles, ils sont morts par millions sous le Cerro Rico ou à l'extérieur, d'épuisement ou de maladie.

     Pour tenir, les mineurs indiens se bourraient de feuilles de coca. Ils pouvaient alors travailler jusqu'à 48 heures d'affilée. D'ailleurs, les espagnols, qui avaient commencé par interdire la consommation de feuilles de coca, ne tardèrent pas à l'autoriser à nouveau lorsqu'ils réalisèrent qu'elle permettait d'améliorer le rendement dans les mines ! Pour un temps, la coca a même été le principal salaire qu'ont reçu les mineurs.

    On peut donc dire que c'est à eux, à tous ces morts dont les savants théologiens de l'église catholique se demandaient s'ils avaient une âme, que nous devons, nous occidentaux, notre aisance et notre confort d'aujourd'hui.

    La richesse de Potosí a été fabuleuse et ses maîtres l'ont célébrée en bâtissant d'innombrables palais et églises. Sans parler de la Casa de la Moneda, où l'on fabriquait les pièces de monnaie pour une grande partie de l'Amérique latine.

IMG_7332_2

     Au couvent de Santa Teresa, les familles riches d'Espagne et d'Europe, pouvaient envoyer leur fille (traditionnellement, la deuxième) dès l'âge de 15 ans. Elles n'en sortaient plus et passaient leur vie dans une coupure totale d'avec le monde. Leur vie durant, elles ne voyaient plus personne, personne n'était autorisé à les voir. Il n'y a que quand elles étaient gravement malades qu'un médecin pouvait intervenir et entrer dans le couvent, sur autorisation de l'évêque.

IMG_7230_2

Le parloir, côté visiteurs    

     Tout cela se visite, donc. Couvents, églises, palais. Là, s'étale toute la richesse passée de Potosí, toutes ses plaies aussi.

IMG_7336_2

IMG_7215_2 IMG_7212_2

IMG_7218 **

      Dans les Andes, les Christs crucifiés portent des blessures particulièrement nombreuses et sanglantes. C'était, dit-on, une façon pour les artistes d'origine indienne d'exprimer les souffrances de leur propre peuple.

      Mais le plus dur et le plus impressionnant reste la visite des mines.

Dibujo_2

     Aujourd'hui, on extrait encore un peu d'argent des mines de Potosí, mais surtout de l'étain et du plomb. L'état bolivien en est toujours propriétaire mais ne les exploite plus. Rentabilité insuffisante, a-t-on décidé dans les années 80 ! Les mineurs ont donc été massivement licenciés, plus de trente mille ! (privés de ressources, beaucoup sont redevenus paysans et se sont mis à cultiver de la coca pour survivre). Quelques années plus tard certains ont été autorisés à reprendre l'exploitation à leur compte mais sans protection sociale, et sans nouveaux investissements dans le matériel.

IMG_7235_2

IMG_7248 **

     On pénètre donc dans cet univers, et on commence par y rencontrer des statues du Tio. Le Tio, c'est le Diable des européens, mais pour les mineurs (tous indiens) qui lui font des offrandes, c'est un protecteur. Car s'ils sont catholiques au dehors, une fois sous terre, les indiens ne connaissent plus que le Tio et la Pachamama, les divinités ancestrales de la terre qui vont leur apporter protection et chance dans la découverte du minerai.

IMG_7242_2  IMG_7244_2

     Pour rejoindre ceux qui travaillent sous terre, on commence par marcher dans les galeries. Mais peu à peu, il faut se baisser plus souvent pour passer et éviter les poutres d'étayage. On finit par s'accroupir, puis par marcher à quatre pattes dans des tunnels étroits, avant de descendre des échelles bringuebalantes et retrouver les mineurs.

IMG_7243_2

IMG_7252_2

IMG_7253_2 

     Là, on tombe sur une réalité terrifiante. On croise des hommes aux traits tirés et aux regards hallucinés harnachés comme des bêtes de somme pour tracter des wagonnets remplis de minerai. D'autres, penchés sur leurs outils remplissent 8 heures durant, et à toute allure, des sacs de terre et de minerai mélangés qui seront remontés à l'aide d'un treuil manuel. Tous se jettent sur les cadeaux que, selon la coutume, nous leur avons apportés : boissons gazeuses, feuilles de coca.

     Car l'air, chargé de poussière, est irrespirable.

     C'est Germinal !

IMG_7250_2

     Entre les accidents du travail et la silicose qui brûle et détruit les poumons, peu de mineurs atteignent l'âge de la retraite pour se retirer avec une pension dont le montant est de toute façon dérisoire. Un "piqueur", dont le travail consiste à attaquer la paroi, même protégé par un masque, ne peut guère espérer exercer son activité plus de quinze ans.

IMG_7268

IMG_7271_2

IMG_7276_2 **

     Le salaire a longtemps été misérable. Heureusement, depuis quelques années la hausse du prix des matières premières permet aux mineurs d'avoir un revenu nettement plus conséquent. Mais les cours peuvent chuter et chuteront sans doute. De toutes façons, ceux qui bénéficient le plus de la hausse sont les entreprises qui traitent le minerai après l'extraction. Des entreprises rarement boliviennes, plutôt états-uniennes ou canadiennes, qui, elles, maîtrisent les technologies nécessaires.

IMG_7267_2

    Nous sommes ressortis bouleversés de cette visite et de la rencontre avec ces hommes rudes à l'apparence presque sauvage parfois. Plus tard, nous avons appris que d'autres secteurs de la mine sont mieux équipés, avec des ascenseurs et de la machinerie. Nous avons aussi appris que des enfants y travaillent, dès 8 ou 10 ans, soigneusement cachés aux touristes.

    La Bolivie est un pays où l'histoire pèse d'un poids écrasant, où elle est un déchirement. Un pays aujourd'hui le deuxième plus pauvre du continent américain, après avoir sans doute compté parmi les vingt plus riches du monde à l'époque de son indépendance en 1825. Un pays où la nature s'est évertuée à fabriquer des merveilles, tandis que les hommes y ont atteint des sommets dans l'horreur. Potosí en est l'image.

       IMG_7277

Posté par anniesteph à 18:30 - 5. Bolivie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3   Page suivante »